Panique sur les cryptos !

Les cryptos-monnaies sont-elles vouées à disparaître ?

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Panique sur les cryptos !

Publié le 15 juin 2022
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Depuis quelques semaines, les mauvaises nouvelles sur le front des crypto-monnaies se multiplient. D’aucuns n’y voient qu’une nouvelle occasion d’y investir  — « Buy the Dip ! », telle une incantation chamanique — d’autres prédisent l’effondrement de tout le système crypto. L’hypothèse ici soutenue est que le concept le mieux à même de rendre compte de la phase actuelle est celui de bank run — ou panique sur les banques cryptos.

Le défi actuel du monde crypto est facile à comprendre. Le concept-clef est celui de convertibilité. Il faut distinguer la crypto-monnaie de la banque crypto auprès de laquelle elle est, le cas échéant, inscrite. Toute crypto (par exemple, le bitcoin BTC) est par principe convertible en monnaie classique (par exemple, le dollar). Quand on détient une unité de monnaie crypto, elle est convertible auprès d’un établissement spécialisé — appelons-le banque crypto BINANCE, CELSIUS… — auprès duquel on l’enregistre pour la convertir.

Ainsi la structure du marché des cryptos est-elle similaire à celle du dollar du temps de la convertibilité du dollar en or, quand nous pouvions exiger de la banque détenant nos dollars qu’elle nous remette l’équivalent en or, sur simple demande (oui, cela paraît étrange, c’était avant 1914 et en remontant jusqu’à l’Antiquité c’était la norme !).

Le problème est que pour garantir la convertibilité nombre de ces banques-cryptos détiennent du collatéral — des biens — plutôt que du cash ; le tout pour une valeur sensiblement inférieure aux cryptos inscrites dans leurs registres. Par exemple, si la banque-crypto CELSIUS détient 50 d’assets pour 100 de cryptos, elle est exposée au risque d’un retrait massif de ses clients qui la mettrait dans l’impossibilité de les satisfaire. On ne peut donner que ce qu’on a.

Se couple à ceci, et c’est l’élément fondamental, le fait que la plupart des banques-cryptos ont panaché leurs assets… de cryptos. Telle banque-crypto spécialisée dans la monnaie crypto 1 détient des assets qui consistent, pour partie, en cryptos 2 (souvent le bitcoin BTC). Ainsi des unités cryptos se trouvent-elles garanties par d’autres unités cryptos (détenues par la banque en propre et non pour le compte de ses clients). Ce qui déplace le problème de la convertibilité et, surtout, solidarise de fait l’ensemble des acteurs et banques de l’éco-système crypto. C’est le concept de linkage, consubstantiel à tout bank run systémique. Aggravé par le fait que, dans un contexte de panique, il ne se trouve plus grand monde pour acheter les cryptos : problème de liquidité.

En vertu de ce qui précède, une baisse drastique de la crypto de référence le bitcoin BTC entraîne mécaniquement une diminution substantielle de la valeur des assets des banques-cryptos et de leur liquidité. Qu’une banque-crypto plus exposée que les autres — hier 13 juin, CELSIUS — soit confrontée à des demandes de conversion massives, elle devra suspendre ses opérations, créant un phénomène de panique. Car, les déposants d’une banque-crypto qui choit perdent tout (ou presque). CELSIUS a suspendu les conversions ; dit autrement, elle ne rembourse plus rien :

La panique d’autant plus palpable qu’en l’occurrence, CELSIUS est déjà la deuxième banque-crypto à faire défaut, après TERRA et que, hier, la plus grande banque-crypto BINANCE suspendait la convertibilité pour trois heures (après avoir annoncé trente minutes) suite à un « problème technique » :

C’est le phénomène de bank run, dans toute sa pureté dix-neuvièmiste. On songe à The Panic of 1907, le bank run décrit par Bruner et Carr dans leur ouvrage éponyme.

Le monde de la crypto a déjà perdu deux-tiers de sa valeur (de 3 trillions à moins d’un trillion, hier). Ceux qui ne parviendront pas à convertir leurs cryptos déjà enregistrées auprès des banques-cryptos qui ont failli et vont faillir, perdront tout. D’autres banques-cryptos surnageront ; leurs déposants ne perdront pas leurs mises. À l’instar de ce qui se produisit en 1907 quand J.-P. Morgan — l’homme, pas la banque — prit le leadership pour mettre un terme à la panique, un ou quelques leaders pourraient surgir sur le marché des banques cryptos pour ramener ce minimum de sérénité et de confiance sans lequel aucune opération économique ni financière n’est possible.

 

Les cryptos-monnaies ne vont pas disparaître. Celles qui sont adossées à d’authentiques projets industriels (blockchain) se montreront probablement plus robustes que les cryptos pures.

Voir les commentaires (8)

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  • C’est bizarre, au départ l’intérêt des BTC était de pouvoir commercer librement sans passer par les monnaies fiduciaires. Et maintenant on panique parce qu’ils ne sont pas convertibles en dollars, euros et autres fausses monnaies.
    Quand on veut s’immuniser, on ne patauge pas dans le cloaque.

  • N’étant pas économiste, les cryptos-monnaies m’intriguent. Les monnaies sont en principe les « valeurs » d’échanges qui ont remplacé le troc. Adossé à la monnaie, il y a normalement le travail qui a servi à la manufacture des objets ou aux services rendus. Aujourd’hui toutes ces références ont disparu (l’or a même été supprimé de ces références). Ce qui permet au passage de laisser les états faire n’importe quoi comme augmenter la masse monétaire pour « calmer » le jeu social et faire croire qu’on est plus riche…( fuite en avant qui dévalorise le travail…. et crée l’inflation).
    Les cryptos-monnaies apparaissent comme un « objet de consommation » et semblent décorrélées de la réalité. Certains (beaucoup) s’en servent que pour de la spéculation et non comme valeur d’échange, alors effectivement on peut se poser la question de leur avenir.

    • Ceux qui ont conçu le bitcoin l’ont fait dans l’optique suivante:
      Créer une monnaie équivalente à l’or (un stock fini de pièces en circulation + des découvertes de plus en plus rares) et que l’on peut échanger via le net sans que ça dépende des états et des banques. Le système fonctionne en peer to peer pour ne pas avoir d’entité centrale qui pourrait être corrompue / détruite.

      Donc oui, c’est un « objet virtuel » que l’on peut recevoir, envoyer, diviser. Si personne ne peut vous en donner, vous pouvez l’acheter à quelqun qui veut bien vous en céder sur une bourse d’échange, le cours est exclusivement déterminé par l’offre demande à l’instant T .

    • Dans les échanges classiques, l’Etat s’impose comme tiers de confiance par le biais des monnaies. Il vous garantit (ou prétend vous garantir) que les euros ou les dollars que votre débiteur vous remet ont bien la valeur faciale, et impose en contre-partie tout un tas de nuisances liées à son contrôle de la monnaie. Avec les cryptos, pas de tiers de confiance, juste un enregistrement inviolable de l’échange. Mais ça reste à l’acquéreur de cryptos de décider s’il a payé le juste prix. Comme ce prix est volatil, il y a presque obligatoirement une part de spéculation dans l’échange, et aussi un besoin de repères en monnaie classique. Mais la spéculation ne compromet pas leur avenir. Les détenteurs apprendront.

  • Il faut garder a l’esprit que les fluctuations « normales » du bitcoin varient régulièrement de 1:10 sur des cycles d’environ 4ans. Après un éclatement de la bulle, une division par 3 de la valeur est donc une baisse pour le moment encore modérée, on peut s’attendre a ce que ça continue encore un peu (ou pas…).

  • Petite vidéo humoristique sur le sujet… En anglais mais ça se comprends très bien…

    • Moi, je dirais surtout : ne déposez pas vos bitcoins chez un intermédiaire, gardez-les chez vous : les intermédiaires crashent encore plus souvent que les bitcoins eux-mêmes (j’ai appris à la dure avec MtGox).

  • Les commentaires sont fermés.

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