Même les dictateurs sont gouvernés par la démographie

Si vous vous intéressez à la politique, commencez par la démographie. Cette dernière explique beaucoup d’aspects politiques.

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Même les dictateurs sont gouvernés par la démographie

Publié le 5 mai 2022
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Guerre et pandémies semblent bouleverser la planète. Mais à long terme, ce n’est rien par rapport aux mouvements démographiques. Mon texte sur ce sujet dont je vous donne ci-après de larges extraits reste donc valable. J’y ajoute quelques points d’actualité.

L’actualité démographique : Chine, Allemagne, Inde, retraites françaises

Le recensement chinois de 2021 n’a pas apporté de surprise aux spécialistes, mais a frappé le grand public. Il confirme les conséquences de « la politique de l’enfant unique », à savoir que les générations creuses arrivent à la trentaine, progressant évidemment d’un an chaque année, diminuant à la fois la population active et le nombre de parents potentiels, ce qui va accentuer le problème.

Le fait nouveau est la prise de conscience du président Xi, qui plaide maintenant pour trois enfants et la femme au foyer. Pour l’instant il n’y a aucun signe de réussite de cette politique, et même en cas de succès la diminution de la population active continuera pendant plus de deux décennies, puisque les classes pleines continueront à partir à la retraite. Une augmentation de l’âge de départ serait alors mathématiquement souhaitable, mais politiquement délicate et aurait pour inconvénient de diminuer la garde d’enfants, donc peut-être les naissances !

Un autre fait nouveau est que l’Inde arrive maintenant à un niveau de fécondité permettant tout juste le renouvellement des générations. La population va continuer à augmenter et dépasser celle de la Chine, mais uniquement par vieillissement.

Et il y a bien sûr la guerre en Ukraine et l’émigration de 5 millions d’Ukrainiens vers l’Europe centrale. Ce chiffre est faible par rapport au déséquilibre européen, même s’il est fort à certains endroits comme à Varsovie. Il est par contre catastrophique pour la démographie ukrainienne déjà difficile. Notons que la Russie, qui est également en déclin démographique a vu partir peut-être 500 000 personnes, souvent très qualifiées, vers l’Occident et la Turquie.

Enfin je remarque la persistance de l’aveuglement français sur les retraites. Le projet du président Macron de passage de l’âge de départ à 65 ans a soulevé un tollé, lui a fait perdre beaucoup de voix et le menace de manifestations importantes. La grande presse continue à parler du « problème du financement des retraites », alors que ce n’est pas une question d’argent : même si l’Arabie nous faisait cadeau de son pétrole, cela ne créerait pas les boulangers et les infirmières nécessaires pour s’occuper de nos anciens.

Cela étant précisé, voici l’essentiel de mon texte sur ce sujet.

Alfred Sauvy, père de la démographie

Reprenons Alfred Sauvy (1898-1990) :

« La démographie c’est très simple : c’est constater qu’un enfant de 9 ans en aura 10 l’année suivante. Mais c’est tellement simple qu’on n’y fait pas attention ».

Alfred Sauvy est le père de la démographie opérationnelle en France et probablement dans le monde entier, bien que la Deuxième Guerre mondiale ait mis en avant les démographes américains. J’ai travaillé avec lui à la fin de sa vie lorsqu’il était au Collège de France, institut accueillant des personnalités non universitaires. Avec Gérard-François Dumont, nous avons aidé au fonctionnement de sa chaire lorsque sa santé a décliné.

Alfred Sauvy était en effet un polytechnicien, donc un matheux non-universitaire. Il est à l’origine de la création de l’INSEE et de l’INED, suite au constat qu’à l’époque du Front populaire, les gouvernants n’avaient aucun chiffre à leur disposition tant en économie qu’en démographie.

Des bouleversements invisibles par les contemporains

Une population qui augmente de 2 % par an, ça ne dit pas grand-chose au grand public. Et pourtant cette évolution apparemment faible bouleverse totalement une nation : la population est multipliée par 8 en un siècle, par 40 en deux siècles.

C’est par exemple le cas de l’Égypte qui comptait 2,5 millions d’habitants d’après le recensement lancé par Napoléon en 1800 et qui a maintenant 100 millions d’habitants.

Si la France avait suivi la même évolution en même temps nous serions bien plus de 800 millions…

Notez qu’à 6,3 enfants par femme, soit le triple nécessaire pour le simple renouvellement (2,1 enfants par femme), chaque génération est le triple de la précédente, à mortalité constante… or la mortalité diminue et il y aura trois fois plus de parents, donc beaucoup d’enfants, même si la fécondité baisse. Il faudrait qu’elle soit divisée par trois pour que le nombre d’enfants reste constant et la population continuerait néanmoins à augmenter au fur et à mesure du vieillissement des parents.

Ce triplement à chaque génération était le cas général en Afrique il y a peu, et reste encore vrai dans de nombreux pays.

Voyons maintenant ce qui se passe en cas de faible fécondité, par exemple à 1,4 enfant par femme au lieu de 2,1, c’est-à-dire ce qui est aujourd’hui le cas fréquent en Europe et en Asie.

Les générations ne sont alors remplacées qu’aux deux tiers et donc diminuent de plus de moitié (2/3×2/3) en deux générations… et ce problème démographique est aggravé par le fait que ces générations creuses doivent supporter un nombre disproportionné de vieux, nés à l’époque où les générations étaient plus importantes.

Des évolutions irréversibles

Or ces évolutions sont pratiquement irréversibles : au Nord, où la fécondité est basse, il y aura moins de parents une génération plus tard, faisant donc mathématiquement encore moins d’enfants, et il faudrait que la fécondité remonte énormément pour revenir à l’état antérieur. Et cela seulement pour les enfants de moins de un an. Pour que la population active se reconstitue un peu, il faudrait que cette plus forte fécondité dure 20 ans, et même 65 ans pour reconstituer complètement cette population active.

La basse fécondité et la diminution corrélative de la population active a d’importantes conséquences. Il ne s’agit pas seulement d’économie, mais de puissance militaire et de capacité à nourrir les vieux ou à assimiler des immigrants qu’on aura bien été obligé de faire venir faute de jeunes.

C’est en gros le cas de l’Allemagne et de bien d’autres pays où ce problème devient aigu.

En fait la situation est encore pire car non seulement les vieux sont mathématiquement plus nombreux à mortalité constante, mais ils le sont encore plus du fait de l’augmentation de la durée de la vie. Et, quel que soit le système de retraite, répartition ou capitalisation, ce sont les jeunes qui nourrissent les vieux.

Le cas de l’Allemagne

On comprend donc pourquoi une partie de la population allemande est favorable à une forte immigration, à commencer par les chefs d’entreprise, qui sont les premiers à voir leur main-d’œuvre diminuer et vieillir.

Bien sûr cette idée se heurte au fait qu’une autre partie de la population est choquée par la différence de culture avec les nouveaux arrivants.

En tout cas, même en mettant de côté l’immigration musulmane à laquelle je viens de faire allusion, l’Allemagne ne tient que grâce à un afflux d’immigrés, d’abord de Russes d’origine allemande après la chute du mur, puis d’Italiens et de citoyens de l’Europe de l’Est et des Balkans. Ce qui ne fait qu’aggraver la situation déjà catastrophique de ces pays.

L’Europe est globalement dans la même situation, même si certains pays comme la France ou la Grande-Bretagne se portent moins mal.

Les grands bouleversements démographiques de l’histoire

La chute de l’Empire romain

Ce grand empire, fondateur de l’Occident avec la Grèce antique qu’il a absorbée et transmise, s’est alarmé de son déclin démographique à partir de 300 après J.-C. Faute de recrues internes, l’armée romaine a été obligée de prendre un grand nombre d’auxiliaires barbares, puis leurs familles, puis de leur offrir des terres. C’est ainsi que les Francs, et bien d’autres, se sont installés.

À l’intérieur de l’empire, se sont finalement constitués des royaumes barbares en principe alliés, mais bientôt plus puissants que ce qui restait de Rome. Les Wisigoths se sont installés en Espagne tandis que les Vandales faisait de même au Maghreb et que les Francs consolidaient leur installation dans la future France.

Depuis maintenant 17 siècles, on se demande quel a été la cause de cet effondrement démographique de l’Empire romain qui a totalement modifié l’Europe. Cet effondrement est parallèle au développement du christianisme, mais pourquoi ? Certains accusent le plomb très présent dans la vaisselle romaine d’avoir stérilisé la population…

La France domine l’Europe puis s’y noie

Dès la deuxième partie du Moyen Âge, la France était démographiquement l’homme fort de l’Europe, probablement du fait d’une agriculture favorisée par un climat modéré et d’un ordre public moins catastrophique qu’ailleurs. Je parle géographie et laisse de côté les changements de frontières liés aux péripéties féodales.

L’apogée de cette période se situe probablement sous Louis XIV. Napoléon a aussi bénéficié de cette situation démographique, alors moins nette, car la fécondité française avait commencé à baisser avant celle de ses voisins. Il a dû compter autour de 1810 sur des contingents étrangers, notamment des États alliés de la future Allemagne… qui justement ont fait défection lors de la bataille des nations de 1813.

Parallèlement, notre premier empire colonial – dont les deux tiers de l’Amérique du Nord  – a été perdu pour des raisons démographiques : cet empire était peu peuplé car les Français, relativement prospères, avaient moins de raison de s’expatrier que les Anglais, moins favorisés par la nature.

Cet empire colonial français a donc été mangé par les Anglais en moins d’un siècle, et Napoléon s’est résolu à vendre ce qui en restait, la Louisiane aux États-Unis, faute d’une assez nombreuse population française sur place.

La fécondité française a continué à se détériorer contrairement à celle de nos voisins, et en 1870 la France s’est trouvée en infériorité numérique face à l’armée prussienne. En 1914, c’était pire et l’entente cordiale avec l’Angleterre avait été conclue pour cette raison. Situation analogue en 1940.

Entre-temps l’Amérique et l’URSS avaient pris un poids démographique important qui explique leur pouvoir sur l’Europe…

La période coloniale est d’abord démographique

Les colonisations au sens moderne du terme datent du XIXe siècle.

En Égypte, nous avons vu que Napoléon avait trouvé 2,5 millions d’habitants environ, alors que la France en avait alors 29.

La France a débarqué en Algérie en 1830, et a avalé une par une des tribus dont la population totale était estimée dans une fourchette de 2,5 à 3,5 millions d’habitants, soit environ 10 fois moins que la France. L’actuelle Afrique noire francophone était pratiquement vide. Si la colonisation a eu de multiples raisons, la démographie européenne l’explique largement !

Aujourd’hui, la France a certes 67 millions d’habitants grâce à sa reprise démographique, mais l’Égypte en a environ 100, l’Algérie 45, et l’Afrique francophone 200 ! Il n’est pas étonnant que la colonisation ait disparu.

Parallèlement, l’Europe s’est déversée en Amérique du Nord, dans une grande partie de l’Amérique latine, en Australie, en Nouvelle-Zélande… et le centre de gravité du monde s’est déplacé dans cette direction ; du moins pour l’instant.

Déclin général de la fécondité, surtout en Asie de l’Est

Dans le monde entier, la fécondité baisse, mais le résultat ne s’en remarque que des décennies plus tard, lorsque les générations creuses arrivent à l’âge actif.

Dans les pays à très forte fécondité (sept à huit enfants par femme il y a quelques décennies) c’est plutôt un soulagement. Soulagement relatif car la mortalité ayant beaucoup baissé, le fait d’être tombé à quatre ou six enfants par femme maintient une augmentation très rapide de la population.

C’est le cas de l’Afrique subsaharienne et de quelques autres peuples : les Palestiniens, les Afghans, les Haïtiens…

Par contre la baisse de la fécondité dans les autres pays du monde est une catastrophe qui frappe surtout l’Asie de civilisation chinoise (Japon, Taïwan, Corée du Sud, Singapour et Chine), mais aussi l’Europe orientale et toute la rive nord de la Méditerranée.

Elle commence par la baisse du nombre d’enfants, ce qui n’est pas un problème pour les politiques, d’où leur absence de réaction.

J’ai même entendu le témoignage stupéfiant d’un ministre belge : « Dépenser moins pour des enfants moins nombreux permet de dépenser plus pour les vieux ».

Mais que se passera-t-il plus tard quand il n’y aura plus assez de jeunes adultes pour entretenir les vieux ? Bref c’est un peu « après moi le déluge » ou, plus concrètement : dans 30 ans je n’aurai plus besoin de me faire réélire.

Et quand les générations moins nombreuses atteignent l’âge adulte alors que le nombre de vieux est multiplié, nous avons vu plus haut qu’il est déjà trop tard !

Le rattrapage africain

Nous avons évoqué rapidement la situation démographique de l’Afrique.

Illustrons-le par le cas du Nigéria dont la population va dépasser celle des États-Unis pour atteindre 400 millions d’habitants en 2050.

Comme le reste du monde est en déclin, la population noire représentera une proportion rapidement croissante de la population mondiale. Ce qui ne déplaît pas à plusieurs gouvernements africains qui pensent puissance et non développement.

À cela s’ajoutent les idées populationnistes des variantes locales de l’islam et des églises chrétiennes.

Certains Africains disent même : « L’augmentation de notre population est un rattrapage justifié, après le dépeuplement dû à l’esclavage et à la colonisation ».

S’il est exact que l’esclavage a pesé sur la population africaine, il faut rappeler que c’est principalement du fait de la traite arabe.

Quant à la colonisation, elle a au contraire relancé la croissance démographique en abolissant l’esclavage, en arrêtant la traite arabe ainsi que les guerres tribales et en lançant un début de diffusion de l’hygiène et de la médecine.

Un vieillissement généralisé

La conséquence de la baisse générale de la fécondité est le vieillissement de la population. S’y ajoutent les progrès sanitaires qui ont allongé l’espérance de vie.

Donc ce vieillissement se manifeste dans le monde entier, même dans les pays où la fécondité reste forte : en 2050, 24 % de la population mondiale aura plus de 65 ans !

C’est au Japon que le processus de vieillissement est plus avancé. Les retraites sont donc très faibles, et obligent les habitants à chercher un nouveau travail pour compléter leurs revenus souvent jusqu’à 80 ans. L’alternative est de s’expatrier et d’aller vivre dans les pays pauvres et donc bon marché comme les Philippines.

Le cas le plus important de vieillissement de la population à l’échelle planétaire est celui de la Chine. La stabilité de sa population à 1,4 milliard d’habitants est trompeuse : la pyramide des âges se vide par le bas, mais gonfle par le haut. La proportion de vieux va doubler, passant de 15 % en 2015 à 30 % en 2050.

Et les familles chinoises, drastiquement réduites par la politique de l’enfant unique, doivent loger et nourrir les parents et les grands-parents, souvent directement, car seule une mini-retraite a été très récemment généralisée et les établissements médicaux spécialisés ne peuvent accueillir que 3 % des intéressés. Le montant des retraites et l’âge de départ sont donc devenus un sujet politique important en Chine.

Par ailleurs, la diminution de la population active va finir par freiner le développement, alors que l’Inde va démographiquement dépasser la Chine, avec une population beaucoup plus jeune.

En Europe, si la France se maintient à peu près du fait de sa fécondité et de son immigration, le reste du continent non seulement vieillit vite, mais voit sa population active se diriger massivement vers l’Allemagne.

Je vois venir le moment où l’on demandera à l’Europe de soutenir les retraités italiens, est-européens et balkaniques, qui n’auront plus de cotisants pour les nourrir.

L’Europe demandera donc de verser à ces pays une partie des ressources des caisses de retraites des pays où il y a davantage de cotisants, c’est-à-dire principalement les caisses françaises et allemandes, pourtant déjà en difficulté.

Vous avez remarqué que je ne parle pas des migrations, qui sont un phénomène limité à l’échelle mondiale. En effet, la grande majorité des migrants africains se contentent d’aller dans le pays d’à côté.

Selon le dernier rapport de l’OCDE, seuls 300 000 Africains sont arrivés dans les pays de l’organisation en 2018, obligeant à corriger les images fausses d’une Europe envahie (Le Monde, 18 septembre 2019).

La démographie pèse également sur les politiques intérieures

Mais le peu de migrants (par rapport à l’ensemble de population mondiale) qui finit par arriver dans les pays développés perturbent leur politique intérieure, tandis que dans les pays pauvres, la société est bouleversée par la forte croissance de la population depuis un siècle.

En France, lors de la présidentielle de 2022, la question de l’immigration a renforcé les camps opposés de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen.

Aux États-Unis, la population d’origine européenne ne se renouvelle pas, et sa proportion est donc grignotée un peu par la population noire(en fait de plus en plus multiraciale, comme l’illustre la nouvelle vice-présidente du pays), et surtout par les Asiatiques et par les Latinos, ces deux dernières catégories bénéficiant d’une forte immigration.

Précisons que les Latinos sont une catégorie culturelle et non raciale, principalement composée de blancs et de métis euro-amérindiens.

Les États-Unis sont donc en train de passer d’une population à 90 % blanche avec une petite minorité noire et mulâtre à un ensemble très bigarré.

Le parti démocrate deviendra-t-il structurellement majoritaire de ce fait ? Ce n’est pas certain, car les Noirs, les Asiatiques et les Latinos deviennent progressivement républicains au fur et à mesure de leur embourgeoisement. Et le système électoral favorise les Républicains.

La démographie a transformé les pays arabes

J’ai signalé plus haut l’explosion démographique égyptienne avec l’exemple de la multiplication par 40 en 200 ans de sa population.

La fécondité arabe a maintenant beaucoup baissé, mais, comme nous l’avons vu, cela n’empêche pas la hausse rapide de la population pendant quelques décennies supplémentaires du fait de l’augmentation du nombre de parents.

Cette augmentation très rapide de la population, massive depuis un siècle, a mis une forte pression sur les campagnes où se trouvait la majorité de la population. L’exode rural a donc été massif. Par exemple, Le Caire compte au moins 15 millions d’habitants. Les immeubles haussmanniens de la bourgeoisie cosmopolite partie en 1956 sont surpeuplés, et même les cimetières sont envahis.

L’ancien modèle était rural : chaque jeune était cultivateur, se construisait un logement et trouvait un conjoint à proximité. Il n’était souvent pas scolarisé et avait une pratique religieuse souvent réduite aux principes moraux universels.

Le nouveau modèle est urbain et totalement différent.

Chômage, travail informel misérable, célibat de longue durée, logement minuscule, enfants scolarisés souvent selon un modèle islamiste, adultes à portée de toutes les sollicitations médiatiques, là encore surtout islamistes, accessoirement gouvernementales et minoritairement occidentales. Ces dernières déclenchent les Printemps pro démocratie, mais n’entraînent pas la majorité de la population, ne serait-ce que pour des raisons linguistiques.

D’où des gouvernements populistes, souvent prédateurs et ignorants, indifférents aux conditions du développement…

Remarquons que la Tunisie et le Maroc, où la fécondité a baissé plus tôt et plus profondément que dans le reste de l’ensemble arabe, s’en tirent nettement mieux. Certes, ils ont leurs problèmes de pauvreté rurale et urbaine, sans parler de la ruine de leur tourisme par la pandémie, mais l’ambiance politique et sociale y est moins pire.

Remarquons également qu’ils ont gardé une bonne partie de leurs liens avec la France et l’Occident. Ceci explique largement cela, non seulement intellectuellement et économiquement, mais aussi démographiquement d’après mes propres travaux : la diffusion du français et de l’influence des cousins vivant en France est une des causes de la baisse précoce de leur fécondité.

 

En conclusion, quels seront les prochains bouleversements ?

Le recul de la Chine, le poids croissant de l’Inde et de l’Afrique noire. Quant au naufrage du monde arabe, un espoir à très long terme apparaît avec un début de meilleure information du reste du monde, mais de nombreux bouleversements auront probablement lieu avant qu’ils ne produisent leurs effets.

Bref, si vous vous intéressez à la politique, commencez par la démographie !

Sur le web

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  • On peut estimer qu’il y a déjà au moins 3 milliards d’êtres humains en trop sur la planète. C’est la Cause principale de la réduction de la Biodiversité, un simple problème de place, la pollution étant un problème secondaire aggravant. Personne n’a de solution, si il en existe, il faut au moins une centaine d’années pour corriger. Un autre problème sans solution est la répartition de cette population.
    Ce ne sont pas les dictateurs le problème, aucun pays n’a un régime parfait, la démographie est le problème majeur de toute l’humanité. Bien évidement seul des pouvoirs fort et extrêmement Coercitifs ont pu réussir a agir sur leur démographie.

    -4
    • Yves Montenay
      5 mai 2022 at 9 h 29 min

      La surpopulation est une notion complexe, je vous promets un article sur ce sujet dans quelques semaines. Le problème est que réduire les naissances fait mourir de faim les plus vieux. Donnez-moi votre adresse et je vous envoie directement ce futur article.

    • … et le pouvoir le plus fort et le plus extrêmement coercitif est juste celui de… la nature ! Je ne sais pas si vous avez bien lu l’article, l’auteur y expose pourtant assez clairement les processus à l’œuvre : baisse de la mortalité, suivie quelques décennies plus tard par une baisse de la natalité. Si la transition a été largement forcée en Chine, le reste du monde développée l’a passée naturellement, et le reste du monde tout court est engagé dans le processus.

      Quant à votre « il y a au moins 3 milliards d’humains en trop sur la planète », si vous pensez que c’est réellement un problème contentez-vous d’agir à votre niveau et laissez les autres en paix. En pratique, regardez simplement sur une carte du monde la densité de population par zone. Regardez aussi la capacité de production, qui augmente et s’améliore (plus de production, plus propre, en utilisant moins de ressources) quand on modernise les techniques et qu’on laisse faire, au point que la France a pu doubler sa surface forestière en 2 siècles du fait des terres libérées par l’agriculture. Malthus s’est trompé il y a 2 siècles et persiste à se planter à notre époque, il serait peut-être temps de le mettre au placard – sauf à être dans l’idée que plus ça rate, plus ça a de chances de marcher…?

    • Pour sûr il y a au moins un humain en trop. Vous pouvez avancer sur la résolution de ce problème, allez y.

  • Laissons les couples décider du nombre d’enfants qu’ils désirent. Il n’y a pas un modèle unique de famille, une famille sans enfant et une famille nombreuse ont chacun des avantages et des inconvénients, dans le présent et dans le futur.
    La Chine est sorti de la misère il y a 30 ans grace à l’enfant unique (qui est une politique liberticide), maintenant elle subit le contre coup. Mais les chinois ne meurent plus de faim..

    • Yves Montenay
      5 mai 2022 at 9 h 34 min

      D’accord pour la liberté de taille des familles. D’ailleurs les gouvernements n’y peuvent pas grand-chose, sauf mesures extrêmes comme la politique coercitive chinoise de l’enfant unique. Par contre je suis pas d’accord sur le fait que cette politique aurait favorisé le développement chinois. Il est dû à d’autres causes : https://www.yvesmontenay.fr/2022/04/25/est-ce-la-fin-de-la-croissance-chinoise/ (bien voir en particulier les mécanismes du « rattrapage »)

      • D’après wiki (je sais cela ne fait pas sérieux);
        « L’origine de la politique (de l’enfant unique) fait débat. Certains, dont Susanne Greenhalgh, sont d’avis qu’elle trouve ses racines dans la peur malthusianiste d’une surpopulation. D’autres auteurs, notamment Pascal Rocha da Silva, avancent l’hypothèse que la politique ait eu avant tout une motivation économique. En effet, elle est mise en place par Deng Xiaoping concomitamment avec les Quatre Modernisations. Celles-ci indiquent que la nouvelle légitimité de l’État chinois se trouve non plus dans le dogme mais dans l’amélioration concrète du niveau de vie. Limiter drastiquement le nombre d’enfants permet d’allouer les maigres ressources de l’État plus pleinement à la croissance économique. En 1995, l’État indique que tel est le but de la politique en ces termes : « le planning familial doit servir et être subordonné à la tâche centrale du développement économique ». Une raison secondaire est que les Quatre Modernisations vont entraîner, de manière prévisible, une baisse de la supervision étatique des campagnes : il n’est dès lors plus possible de poursuivre la politique de wan-xi-shao, qui repose sur la structure de la période maoïste (qui permet de surveiller chacun en tout temps »
        Rattrapage c’est sûr, mais mettre les femmes aux travail plutôt qu’être multiparturiente, permet d’avoir une abondance de main d’oeuvre.
        PS Vous citez le livre de Peyrefitte « Quand la chine s’éveillera », c’est un livre de retour d’un voyage diplomatique dans la Chine dans la période de la révolution culturelle et Peyrefitte parle surtout des prouesses de l’acupuncture chinoise. Cela fleur bon la propagande.

      • Une personne, c’est certes deux bras pour travailler, mais c’est aussi une bouche à nourrir. La politique de l’enfant unique a été un mal nécessaire au développement chinois, bien moins grave que la poursuite des famines inéluctables sans régulation en Chine. C’est vrai, la Chine a vieilli exagérément et va le payer. Mais sinon, il n’y aurait pas de vieux Chinois à entretenir, ils seraient morts de faim depuis longtemps ! C’est évident pour quiconque a vu la Chine de la fin de Mao.

  • Article passionnant, merci. Les phénomènes démographiques sont très certainement une force majeure des équilibres mondiaux . C est d ailleurs fort étonnant que cet élément soit si peu mentionné dans les analyses historiques, économiques. Il est aussi remarquable d observer la rapidité des retournements de tendance.

  • Assez étrange, j’ai l’impression de lire un article des années 70. Je pense que les sociétés ont évolué, de grands progrès ont été faits dans de si nombreux domaines que faire de la démographie la panacée me semble complètement décalé. La technologie permet à l’humain, d’abord, de ne pas faire des femmes des couveuses et ensuite, grâce aux robots, de faire accomplir des tâches ne mettant pas en danger la vie d’humains. Il paraît qu’il y a déjà trop d’êtres humains sur la planète pour lui permettre de survivre, alors pourquoi souhaiter en avoir encore davantage ? Je ne comprends pas. De plus, les gens vivent plus longtemps en bonne santé et peuvent donc aussi travailler plus longtemps, ce qui enlève un poids aux jeunes pour le financement des retraites même s’il est permis de penser que des systèmes différents puissent être pensés pour assurer des retraites vivables.

    -2
    • En effet, il reste à démontrer que le progrès économique, bien accompagné par un progrès éducatif, ne suffirait pas à résoudre les problèmes démographiques. La question des retraités n’est pas simplement financière, mais aussi humaine, d’avoir suffisamment de temps de plus jeunes à consacrer à la santé et au confort des anciens. L’aspect financier se résout par la capitalisation. L’aspect démographique demande d’éviter les brusques variations de la natalité, mais n’impose a priori nullement que l’état cherche à la favoriser ou à la décourager. L’équilibre peut probablement être atteint avec une natalité pas trop éloignée du simple renouvellement des générations. L’expérience montre qu’avec le progrès et les techniques contraceptives, et en laissant les couples choisir librement sans les influencer, ils tendent d’eux-mêmes vers cet équilibre. Peut-être néanmoins la démocratie pousse-t-elle les politiciens à favoriser les naissances dans les foyers de leur électorat ?

  • C est pas le premier article de l auteur qui promeut une population en perpetuelle expansion. Il oublie simplement que ce n est qu une fuite en avant, car a un moment les ressources vont manquer (que ca soit la nourriture, l eau ou tout simplement la place). Il ne vaut pas oublier que l accroissement de la population n est pas lineaire mais exponentiel (pour les matheux, c est une suite geometique). autrement dit les 800 millions de francais peuvent etre atteint meme si on a pas le meme taux que l egypte (et inutile de dire qu a 800 millions la qualite de vie du francais moyen sera en chute libre).

    Je suis d accord avec l auteur sur un point: chaque pays a interet a avoir une population plus importante car ca fait plus de soldats qui permettent d envahir le pays d a coté (au final la population globale n augmente pas car vous avez tué et affamé vos voisins comme ca se pratiquait au moyen age).
    Mais meme ca doit etre nuancé. Si Napoleon a eut des succes militaires il le devait certes a une population nombreuse mais aussi au fait que les soldats etaient motivés (en gros les soldats francais se battaient pour un ideal issu de la revolution, les officiers etaient promus par le merite. de l autre coté il y avait surtout des mercenaires et nombres d officiers l etaient grace a leur naissance)
    Et maintenant le nombre joue encore moins ! Une armee moderne, bien entrainee et motivee fait mieux qu une armee nombreuse de bras cassés. Regardez l ukraine face aux russes

    Sur le plan economique, une natalité forte n est un avantage que pour un pays sous developpé (ca fait des ouvriers pas cher dans quelques annees). Si vous voulez un pays high tech, il vaut mieux avoir moins d enfants mais que ceux ci fasse des etudes

    En ce qui concerne le financement des retraites, l auteur a raison. capitalisation ou repartition se valent : au final c est toujours le travail des jeunes qui finance l oisiveté des vieux. La capitalisation a cependant 2 avantages. Elle permet de faire financer ces retraités par les jeunes d un autre pays (par ex les dividendes de total paient les retraites US qui permettent a ces retraités d acheter des produits chinois). Et ca evite au pouvoir politique la tentation clienteliste de choyer les retraités en leur accordant des pensions impayables (aucun rapport avec la situation francaise bien sur) vu qu un systeme privé ferait faillite

    Ceci nous amene a un point complement passé de coté par l auteur: l impact du vieillissement sur la democratie. Aux derniers elections, le poids des retraités a ete determinant pour Macron, les actifs ayant en majorité voté Le Pen. Comme le nombre de retraités va s accroitre, la tendance conservatrice (dans le sens on change rien meme si ca marche pas) va s accentuer

  • La Louisiane à l’époque où elle a été vendue représentait quand même 22 % des Etats-Unis continentaux d’aujourd’hui, des Rocheuses au Mississippi (2 145 000 km²).
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Vente_de_la_Louisiane

  • Voir la démographie comme explication de base aux évènements de l’Humanité me parait bien discutable.
    Napoléon a vendu la Louisiane par besoin d’argent !! il fallait financer les guerres.
    Les jeunes nourrissent les vieux, voilà une vérité de tout temps, avec un bémol : si les vieux ont bien fait leur boulot, ils ont donné les moyens aux jeunes de pouvoir les nourrir et accessoirement de nourrir ces mêmes jeunes. A priori l’un ne va pas sans l’autre.
    Prétendre que la colonisation soit le résultat d’une augmentation de la décolonisation est simplement aberrant. Pour exemple, le Cameroun n’avait que 3,5 millions d’habitants en 1960 au moment de la guerre (violente et horrible) qui a abouti sur son indépendance … et plus de 40 millions aujourd’hui !
    L’Algérie et le Maghreb ont été colonisés par la France suite au départ de l’Empire Ottoman en déclin. La France avait parmi ses missions de mettre fin au piratage des bateaux européens en méditerrannée et à la « traite des blanches », femmes blanches enlevées par centaines de milliers (les chiffres dépassent le million).
    A la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Amérique et l’Urss, avaient des populations nettement moins importantes que l’Europe … ce qui n’a nullement empêcher leur domination !
    Quant à la surpopulation mondiale, c’est un réel problème, problème annoncé depuis des décennies … et aucun régime politique (dictature ou non) n’a réussi à gérer ce problème.
    Ce sont bien les conditions économiques, sanitaires et culturelles (religions comprises) qui font la différence.
    Avec un bémol : Dame Nature intervient aussi ! La surpopulation animale n’existe pas naturellement, elle se solde toujours par une augmentation de la mortalité (les suicides par exemple, les conflits, les maladies …) ou une baisse de la fécondité. L’être humain, apparemment, n’échappe pas à la règle et c’est sans doute sa véritable planche de salut … et celle de la planète !

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croissance chinoise Zéro Covid Shanghai
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