La géopolitique de l’espace

Le 12 avril 1961, Youri Gagarine était le premier homme à entrer dans l’espace. Depuis, l’espace est devenu un terrain de plusieurs enjeux que ce soit économique, scientifique,  militaire ainsi que géopolitique.

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GPM Core Observatory By: NASA Goddard Space Flight Center - CC BY 2.0

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La géopolitique de l’espace

Publié le 12 avril 2022
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Par Cherkaoui Roudani.
Un article de Conflits

Dans un monde en mutation profonde avec un changement sans précédent des paradigmes de la puissance, les États puissants sont en quête d’un renforcement de leur souveraineté extraterritoriale afin d’asseoir leur suprématie et de fait d’avoir des relais de rééquilibrage stratégique. Dans ce sens, l’espace est devenu le terrain de plusieurs enjeux que ce soit économique, scientifique, militaire ainsi que géostratégique.

La course déclenchée vers l’espace déterminera le sort d’un rapport de force qui établira de nouvelles doctrines politiques, économiques et militaires qui détermineront l’influence stratégique des États. Sans aucun doute, la doctrine spatiale américaine rythmera les relations internationales.

Outre les enjeux géostratégiques de l’espace et les champs de la concurrence qui sont dans son sillage, le monde des vingt prochaines années se construira, entre autres, autour de la coopération internationale spatiale. Néanmoins, les ambitions spatiales des États ne riment pas toujours avec le besoin stratégique que demande une éventuelle exploration et exploitation des matériaux critiques et stratégiques qu’engrange l’espace et particulièrement la Lune.

Cette dernière deviendra un espace géopolitique d’une course aux étoiles en fonction des capacités opérationnelles des forces prétendant à l’hégémonie dans ce domaine. S’il est certain que le développement de l’arme nucléaire a transformé le monde, l’espace sera à l’évidence le prochain nouveau terrain de compétition spatiale.

État des lieux de la course mondiale vers l’espace

L’espace est le futur terrain d’une compétition économique qui va sceller la domination dans un certain nombre de domaines stratégiques dont notamment la défense, l’aéronautique, les technologies spécifiques aux lanceurs, surveillance et systèmes orbitaux.

Les stratégies spéciales déjà existantes, ajoutées à celles en cours d’élaboration vont modifier la perception de la puissance de certains États, principalement les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Union européenne.

Mais cette compétition acharnée restera asymétrique compte tenu des moyens déployés pour tracer les futures frontières spatiales. Il serait nécessaire de rappeler que l’espace constituait déjà un enjeu extrêmement important pendant la guerre froide et qu’à partir des années cinquante l’Union soviétique avait initié une politique spatiale globale qui lui avait permis de surpasser les États-Unis.

La mise en place d’une arsenalisation sous forme d’un déploiement d’armes couplé à une certaine capacité opérationnelle avec des bombardiers à grand rayon d’action capables d’atteindre des objectifs américains avait déclenché une course sans précédent dans ce domaine entre les deux grandes puissances. Le lancement par l’Union soviétique d’un missile intercontinental en août 1957 a été suivi par la mise en orbite de Spoutnik, premier satellite à l’échelle mondiale. Cette petite sphère de 58 cm et de 80 kg environ, qui n’a servi qu’à émettre un petit signal radio, a eu un retentissement mondial tellement spectaculaire que le New York Times avait qualifié l’événement de « Pearl Harbor technologique ».

Continuant sur sa lancée, en novembre 1957, Moscou avait fait une autre démonstration de force extra-atmosphérique en envoyant à bord de son satellite Spoutnik 2 la chienne Laika qui serait restée, semble-t-il, sept jours en apesanteur. L’avantage soviétique allait s’accentuer encore plus en 1959 avec un premier survol lunaire, par l’envoi en 1961 du premier homme dans l’espace, Youri Gagarine, suivi en 1963 par Valentina Terechkova.

Réagissant à cette asymétrie géostratégique, les États-Unis avaient déployé tous leurs moyens pour conquérir l’espace à leur tour. L’illustration fut le lancement du satellite Explorer en 1958 et la signature par le président Eisenhower de la loi instituant la NASA (National Aéronautic Spacial Administration). En 1961, Alain Shepard inaugura une première au niveau mondial, un vol suborbital, sans tourner autour de la Terre à l’instar des Soviétiques.

L’autonomie stratégique spatiale américaine allait se concrétiser après grâce à la navette Friendship 7 et surtout à travers le programme spatial Apollo qui a permis la réalisation du premier alunissage le 21 juillet 1969 et le lancement d’Early bird, le premier satellite géostationnaire de télécommunications.

Développement de la course à l’espace

À partir des années 1970, la compétition spatiale allait prendre une autre ampleur en s’étendant à d’autres planètes du système solaire avec l’utilisation de systèmes de sondes : Venus (URSS) et Viking (USA).

Mais la course vers l’espace n’allait évidemment pas se limiter aux seules puissances précédemment citées. Elle a suscité l’intérêt d’autres pays comme la Chine, l’Union européenne, l’Inde, le Japon, les Émirats arabes unis et même certaines entreprises privées (Hyperloop, Space X, Tesla…).

L’intérêt est aussi important sur le plan économique, ce qui confère à la conquête spatiale une importance considérable. En effet, la possibilité de faire de nouvelles découvertes de ressources naturelles, avec toutes les conséquences probables sur les progrès techniques futurs, synonymes de puissance, exacerbe les tensions et justifie les actions des différents acteurs pour atteindre leurs objectifs.

C’est dans cette perspective que s’inscrit, à titre d’exemple, le projet de ESA (European Spatial Agency) qui vise à créer, à l’horizon 2030, la station orbitale Lunar Orbital Plateforme Gateway, une sorte de station-passerelle de ravitaillement sur la Lune.

Dans un futur plus ou moins proche, il ne serait pas étonnant de voir surgir des bases militaires sur la Lune avec tout ce que cela suppose comme nouveaux types d’armements. À cet égard, la création d’un US Space Force fondé sur la nouvelle doctrine Space Power constitue assurément un signe annonciateur de la future configuration géopolitique et stratégique qui redéfinira les concepts de puissance et d’influence dans les relations internationales.

Sur le web

 

Un article publié initialement le 20 décembre 2021.

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  • L’espace appartiendra à Elon Musk, s’il réussit son pari du starship. L’espace sera donc privé.

  • Il faut des gens qui s’y connaissent pour parler d’espace.

    Les « ressources » sont un fantasme de journalistes et d’agences en recherche de financement. En l’état actuel 1 kilo en orbite coûte 15’000$ et vous pouvez tripler cette somme pour la Lune et la décupler avec les frais d’extraction. À ce stade la ressource n’est même pas revenue sur terre.
    En parlant de ressource, l’Hélium 3, le seul candidat crédible n’a aucun intérêt ni usage actuellement, la fusion nucléaire stagne alors que d’autres pistes sont bien plus intéressantes, faciles et sécurisées.

    Le retour sur la Lune devisé à 30 milliards n’est toujours pas financé depuis les années 90 et on ne parle même pas d’y construire une usine, mais d’un simple saut de puce.

    L’ESA est dans le même état que l’Europe, la « Lunar Orbital Plateforme Gateway » ira rejoindre Hermès et d’autres projets morts-nés dans un contexte pourtant bien plus favorable (1992).

    Pour le militaire, 12’000 têtes nucléaires sont prêtes à partir sur Terre, il y a zéro intérêt à avoir des véhicules armés dans l’espace. Ils n’apporteraient aucun bénéfice tactique ou stratégique et seraient des cibles de choix impossible à défendre et horriblement coûteuse à maintenir.

    Comme dans les énergies renouvelables, c’est la physique qui joue les troubles fêtes. La Terre est un monstrueux puits gravitationnel, la Lune ajoute son lot de difficulté et quand même dévisser un boulon dans le vide est une opération dangereuse et complexe, on souhaite bonne chance pour une usine d’extraction de quoi que ce soit.

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