SpaceX : vers une nouvelle ère de la conquête spatiale

Elon Musk (Crédits : OnInnovation, CC-BY-NC-ND 2.0)

La présence de touristes dans l’orbite terrestre basse pourrait aider à rendre l’espace plus sûr.

Par Wendy Whitman Cobb.
Un article de The Conversation

Le 30 mai, deux astronautes américains, Robert L. Behnken et Douglas G. Hurley, ont décollé du Centre Spatial Kennedy en Floride pour une mission à la Station Spatiale Internationale (ISS).

C’est la première fois en neuf ans que des astronautes américains sont envoyés dans l’espace depuis le territoire américain. Plus remarquable encore, ce projet n’est pas chapeauté par la NASA mais par une compagnie privée, SpaceX.

Envoyer des humains dans l’espace est extrêmement difficile et coûteux : les fusées doivent être fiables et les capsules, équipées de systèmes de survie onéreux. Jusqu’à présent, seuls trois pays (la Russie, les États-Unis et la Chine) ont réussi cet exploit.

Les astronautes Douglas Hurley (à gauche) et Robert Behnken avant leur embarquement dans le jet Gulfstream qui les emmènera jusqu’au Centre Spatial Kennedy en Floride.
James Blair/NASA 

En tant qu’expert en politique spatiale, j’estime nécessaire d’insister sur l’importance de ce lancement, à la fois pour SpaceX et pour l’avenir des vols spatiaux en général. Pour l’entreprise, c’est une nouvelle étape de leur chemin vers Mars. Plus globalement, cela démontre que ces vols ne sont pas nécessairement réservés aux États les plus puissants.

Un rêve et une opportunité

L’exploit de SpaceX n’est pas seulement dû au progrès technologique mais aussi aux leçons qui ont été tirées d’un désastre. La destruction accidentelle de la navette spatiale Columbia en 2003 a conduit le gouvernement Bush à mettre un terme au programme de vol en navettes, avec effet en 2010. Le gouvernement a alors chargé la NASA de développer un programme de remplacement, le Projet Constellation, mais du fait de restrictions budgétaires notamment, la NASA n’a pas vraiment progressé sur ce front.

En 2010, le gouvernement de Barack Obama a donc demandé à la NASA de concentrer ses efforts sur les missions dans l’espace lointain et de s’appuyer sur des entreprises privées pour les vols vers l’ISS et dans l’orbite terrestre basse.

La capsule spatiale Crew Dragon de SpaceX peut transporter jusqu’à sept passagers.
Kim Shiflett/NASA 

C’est là que SpaceX est entrée en scène. Frustré par la lenteur avec laquelle ce projet progressait, Elon Musk, qui rêve d’envoyer des colons sur Mars, a fondé SpaceX en 2002. Pour aller jusqu’à Mars, il a estimé qu’il fallait avant tout réduire les coûts des vols spatiaux.

Son idée était de concevoir des fusées de lancement réutilisables et ne nécessitant qu’un minimum d’entretien entre les vols. Au cours de la dernière décennie, SpaceX a ainsi conçu, construit et testé sa série de fusées Falcon. L’entreprise a signé des contrats avec la NASA pour mettre en place un service de ravitaillement pour l’ISS, avec d’autres entreprises et l’armée américaine pour des services généraux de lancement. Plus important encore, SpaceX a démontré que ses fusées étaient bel et bien réutilisables, leur étage central revenant atterrir en douceur.

Cette photo, prise le 13 juin 2007 à Paris, montre l’intérieur de la maquette de la future fusée touristique créée par la branche Astrium de l’EADS (European Aeronautic Defence and Space Company), actuel groupe Airbus.
Olivier Laban-Mattei/AFP 

Le changement de politique spatiale des États-Unis en 2010 a offert à SpaceX une occasion de surfer sur la vague de ses premiers succès.

En 2014, SpaceX et Boeing se sont vus proposer des contrats par la NASA pour des vols commerciaux habités. Jusqu’ici, il semble que SpaceX ait tenu sa promesse de réduction des coûts. Comparé au coût moyen d’une mission en navette spatiale, qui s’élevait à 1,6 milliard de dollars, la NASA ne payera que 55 millions de dollars par passager sur les futurs vols SpaceX à destination de l’ISS.

Des touristes dans l’espace ?

Cette réduction massive des coûts, rendue possible par l’emploi de fusées réutilisables, engendre de nombreux développements dans le domaine de l’aérospatiale. Tout d’abord, elle procure à la NASA un moyen d’accéder à l’ISS sans dépendre des navettes russes Soyouz. Depuis 2011, les États-Unis payent à la Russie plus de 86 millions de dollars par passager sur les vols vers la station spatiale.

Laisser à SpaceX et Boeing le soin d’accéder à l’ISS permet aussi à la NASA de se concentrer sur le projet Artemis, qui a pour objectif de renvoyer des humains sur la Lune d’ici à 2024. L’agence gouvernementale tire aussi profit des capacités commerciales de SpaceX, Blue Origin (la société d’aérospatiale fondée par Jeff Bezos) et d’autres compagnies pour réduire les coûts de ce projet.

Si SpaceX réussit son coup, cela pourrait aussi représenter une opportunité de développement pour le tourisme spatial. Blue Origin et la compagnie Virgin Galactic prévoient de proposer des vols suborbitaux courts qui n’entreront pas dans l’orbite terrestre. SpaceX, en revanche, prend déjà les réservations de passagers pour des voyages de plusieurs jours dans l’espace, au prix de 35 millions de dollars la place. Même Tom Cruise envisage de prendre un vol SpaceX et de tourner un film à bord de l’ISS. Les sociétés privées d’aérospatiale ont depuis longtemps prédit l’avènement du tourisme spatial, mais la capsule Dragon de SpaceX rend cette perspective plus réaliste que jamais.

Plus globalement, la présence de touristes dans l’orbite terrestre basse pourrait aider à rendre l’espace plus sûr. La présence de débris en orbite est un problème de plus en plus préoccupant, de même que les tensions grandissantes entre les États-Unis, la Chine et la Russie dans la course à l’espace. Ces deux facteurs rendent les vols spatiaux encore plus difficiles, dangereux et coûteux.

Pour qu’une économie de l’espace prenne réellement son essor, les pays devront légiférer pour assurer sécurité et fiabilité dans différents domaines, y compris en matière de sécurisation des vaisseaux et de réduction des débris. Comme je le suggère dans mon nouveau livre, le fait d’avoir plus d’humains dans l’espace pourrait inciter les pays à y réfléchir à deux fois avant d’y entreprendre des actions potentiellement dangereuses. Même si le tourisme orbital est encore loin d’être accessible au citoyen lambda, le lancement du vol habité de SpaceX nous rapproche du jour où cet événement extraordinaire deviendra banal.


Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.

Wendy Whitman Cobb, Professor of Strategy and Security Studies, US Air Force School of Advanced Air and Space Studies

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation

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