Retour de la guerre en Europe : un Top 5 des films de guerre

La guerre est devenue un sujet d’actualité. Voici un top 5 des films de guerre.

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Retour de la guerre en Europe : un Top 5 des films de guerre

Publié le 11 mars 2022
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La guerre est de nouveau d’actualité, une guerre filmée par une multitude de téléphones. Il est tentant dans ces circonstances de revenir sur les films de guerre évoquant celles du passé.

Et puis, la mode est au classement. Le Top 5, 10, 15, 20 des meilleurs films… ensuite vous complétez par genre, pays, cinéastes etc.

Peut-on établir un Top 5 du film de guerre ? Très certainement, rien de plus facile pour ceux qui aiment les classements.

Mais les gens comme moi ont tendance à tout compliquer. Je me demande d’abord : le Top 5 de quel type de film de guerre ? C’est déjà un problème.

Deux façons de filmer la guerre

D’abord se pose la question du point de vue visuel. Vous avez au moins deux façons très différentes de filmer la guerre.

D’un côté, la méthode Victor Hugo, le narrateur omniscient, grand écran, foule de figurants, plans pris d’hélicoptères, spectacle à tous les étages : « toute cette cavalerie, sabres levés, étendards et trompettes au vent, formée en colonne par divisions, descendit d’un même mouvement et comme un seul homme… »

De l’autre côté, la méthode Stendhal, le point de vue du troufion de base, focalisation interne, plans rapprochés, gros plans, confusion à tous les étages : « il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n’y comprenait rien du tout… »

Trois grandes familles de films de guerre

Ensuite, se pose la question du point de vue idéologique, tous les films de guerre se partageant grosso modo selon trois grandes familles. Ceux qui sont pour, ceux qui sont contre et ceux qui ne sont ni pour, ni contre, bien au contraire.

Les films bellicistes vous font éprouver une intense exaltation au spectacle des affrontements : vous y criez Vive la mort et vous écrasez sous vos chevaux des masses d’orques puants, car l’ennemi ne saurait être humain.

Les films pacifistes vous font comprendre combien triste est la guerre, que nous sommes tous des frères et que sans ces salauds de politiciens et de généraux, cela irait bien mieux.

La dernière famille est plus difficile à définir par un adjectif, neutre étant sans doute peu approprié au sujet. Ce sont des films descriptifs de la guerre qui n’est ni exaltée, ni dénoncée, mais montrée dans toutes ces dimensions, laissant le soin au spectateur de se faire une opinion sur le sujet.

Mais ce n’est pas si simple

Alors, bien sûr, certains cinéastes s’emmêlent les pinceaux. Ne doutons pas que Sergei Bondartchouk, quand il filme à la Hugo les batailles napoléoniennes de Guerre et Paix et de Waterloo, ne cherche pas à délivrer un message humaniste sur la folie des conflits mais voilà, il lui est difficile, par ailleurs, de masquer son exaltation à animer des masses de figurants aux uniformes rutilants. C’est aussi un peu le problème de Kubrick dans la séquence de bataille de Barry Lyndon (1975) et davantage encore de Francis Ford Coppola dans l’attaque des hélicoptères sur fond de Chevauchée des Walkyries d’Apocalyse Now (1979).

Jean Renoir est tombé dans l’excès inverse, il a voulu dénoncer la guerre dans La Grande Illusion (1937) mais sans jamais la montrer ! Le résultat est fâcheux, le spectateur retenant avant tout le sens du devoir des personnages, comme le sacrifice de Boïeldieu, voire l’exaltation patriotique (séquence de La Marseillaise) aux dépens du message pacifiste.

Alors, le Top 5 de quel type de film de guerre ? Bon, je n’y suis pas arrivé, mais cela donne grosso modo cela, en classant, non par ordre de mérite, ce qui est absurde pour des bons films, mais par ordre chronologique. Je suis historien, c’est plus fort que moi.

Et mon premier film de guerre est…

À l’ouest rien de nouveau de Lewis Milestone (1930) : il reste, à mes yeux, le meilleur film antimilitariste jamais réalisé. Il offre l’originalité de filmer la guerre du point de vue de l’ennemi. Adaptant le fameux roman d’Erich Maria Remarque, qui venait d’être publié, ce film américain suit la destinée tragique d’un petit groupe de jeunes Allemands qui partent à la guerre la fleur au fusil. Ils sont tués l’un après l’autre, une paire de bottes ne cessant de changer de propriétaire. La guerre de tranchées, très réaliste, y est décrite comme une tuerie monotone et sans fin. La fin avec le papillon nous offre un des plus beaux plans de l’histoire du cinéma. Le film fut interdit en Allemagne et censuré en France, signe peut-être qu’il touchait juste.

Pour ceux qui préfèrent, on peut aussi choisir le célèbre Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick (1957), magnifiquement filmé mais davantage démonstratif, où le noble officier campé par Kirk Douglas s’oppose à son supérieur, un George Macready qui sera victime de son ambition, sous le regard patelin d’un excellent Adolphe Menjou, expert dans l’art de faire payer les pots cassés aux autres. Et sinon, côté italien, sur un sujet comparable à Kubrick, Les Hommes contre de Francesco Rosi (1970) qui ne fait pas non plus dans la dentelle avec Alain Cuny en ganache militaire et Gian Maria Volonte en lieutenant soucieux de ses hommes.

Mon second film de guerre regarde du côté des trouffions

Bastogne (Battleground) de William Wellman (1949) où la guerre est filmée de façon stendhalienne, au ras du casque du fantassin de base, casque qui peut servir pour une omelette quand ces pauvres troufions cessent de marcher ou de creuser. Voilà une des représentations les plus réalistes de la guerre, impression renforcée par l’absence de musique intradiégétique, si ce n’est les génériques de début et de fin. Le casting, solide, mais sans stars, y contribue aussi, avec notamment l’inoubliable silhouette pitoyable de James Whitmore.

Bon, si vous préférez un peu plus de spectacle mais toujours dans la même optique, Il faut sauver le soldat Ryan un des meilleurs Spielberg (1998), où dans l’héritage de Wellman, le réalisateur renonce aux flots musicaux qui inondent d’ordinaire son cinéma et filme la guerre au plus proche des combattants, comme dans l’extraordinaire séquence du débarquement.

Mon troisième film de guerre est de nature épique

Zoulou (Zulu) de Cy Endfield (1964) se déroule pendant la guerre anglo-zouloue et évoque un épisode authentique. Au lendemain de leur victoire à Isandhlwana, les Zoulous assiègent un petit poste britannique, Rorke’s Drift, où une centaine de tuniques rouges résistent à 4000 guerriers. Un jeune Michael Caine campe un aristocrate, officier de carrière, qui s’oppose à un ingénieur, Stanley Baker, qui prend le commandement étant plus ancien en grade. Les séquences de bataille sont certainement parmi les plus réussies de toute l’histoire du cinéma dans ce film de guerre qui mérite plus que beaucoup d’autres, le nom de film épique.

Le réalisateur devait signer le scénario de l’Ultime attaque (Zulu Dawn) réalisé par Douglas Hicocks (1979) qui est une sorte de prequel sur les événements qui conduisent au désastre de Isandhlwana. La reconstitution de cette bataille est également très impressionnante et l’on frémit en voyant la marée des Zoulous submergeant les minces lignes rouges britanniques. Peter O’Toole en général infatué de lui-même et bien imprudent et Burt Lancaster en vieux broussard y font merveille.

Mon quatrième film de guerre s’intéresse à ceux qui commandent

Patton du très mésestimé Franlin J. Schaffner (1970), sur un scénario de Francis Ford Coppola, avec une composition extraordinaire de George C. Scott dans le rôle de sa vie. Le portrait d’un chef de guerre flamboyant qui ne vit que par et pour la guerre mis en musique par Jerry Goldsmith. Le prologue du film, un monologue de six minutes sur fond de drapeau américain donne le ton d’un film hors norme qui n’essaie pas, comme trop souvent, de prendre le spectateur pour un imbécile.

Sur le même type de sujet, le portrait d’un commandant, mais traité de façon beaucoup plus sobre, l’Homme de fer (Twelve O’Clock High) d’Henry King (1950) : Gregory Peck vit la guerre depuis la base aérienne d’où il envoie des jeunes gens au casse-pipe. La guerre est cruelle, hélas, mais le commandement a ses exigences impitoyables.

Mon dernier film de guerre est récent…

Dunkerque du parfois surestimé Christopher Nolan (2017) construit sur trois temporalités (semaine, jour, heure) et qui trouve un écho dans le conflit ukrainien récent. Les amateurs de jeux vidéo ont été déçus de la lenteur de la guerre-éclair lancée par les Russes mais, voilà, le temps de la guerre réelle n’est pas le temps du jeu vidéo. La plongée en immersion, comme on dit aujourd’hui, est impressionnante avec le parcours de trois protagonistes ordinaires, le troufion coincé sur sa plage, le pilote dans les airs et le brave pêcheur soucieux de sauver ses compatriotes. Dans notre époque de superhéros à gogo c’est bien reposant de suivre des gens ordinaires et Nolan, malin, combine Victor Hugo et Stendhal.

Le film a suscité d’étonnantes polémiques. L’on a vu tel journal, pourtant bien-pensant et de gauche, se livrer à des couinements patriotiques et cocardiers assez rigolos. Mais où sont les Français ? C’est très simple pourtant, ils étaient dans Week-End à Zuydcoote d’Henri Verneuil (1964) très beau film qui traite aussi Dunkerque, à la fois franchouillard et stendhalien, avec une armée en décomposition et une distribution étincelante (Belmondo, Marielle, Périer, Mondy, Géret) servant au mieux les dialogues de Robert Merle, auteur du roman adapté.

Bien d’autres films de guerre et les noms d’autres réalisateurs éminents pourraient être cités (Raoul Walsh, Samuel Fuller, Pierre Schoendoerffer, Jean-Jacques Annaud, Clint Eastwood entre autres) mais bon, la place manquait et il fallait choisir.

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  • « Dunkerque » ne dit rien des soldats français qui ont retenu les Allemands pendant l' »Opération Dynamo » et ont fini en captivité s’ils n’ont pas été tués. Sans leur sacrifice, l’évacuation des soldats britanniques et français n’aurait pas pu réussir.

    • Bien sûr, on ne peut nier l’armée française s’effondra de manière catastrophique en 1940, principalement en raison de la nullité de son commandement, le « généralissime » Gamelin en tête.
      Mais cela ne doit pas empêcher de juger de manière plus nuancée – parce que documentée – la « performance » des Français, comme à Stonne : une partie des troupes combattit courageusement et intelligemment, ce que des ouvrages récents ont bien analysé. Mais le cliché d’une armée uniquement composée de lâches fuyards a la vie dure, ce qui arrange toujours nos chers « amis » britanniques pour se mettre en valeur en passant sous silence leur faible contribution aux combats de mai-juin 1940.

      Le cas de Dunkerque est emblématique d’une manière biaisée d’exposer un fait historique en commençant à « lire l’ouvrage en sautant le premier tiers ». En clair, il n’est ni sérieux ni honnête de traiter du rembarquement de Dunkerque sans exposer le contexte :
      1) la situation générale était marquée par la hâte des forces britanniques à quitter le front, parfois en empêchant les forces françaises de combattre (blocage de points de passage, destruction de ponts nécessaires à la manœuvre, etc.) ; il ne s’agit pas de crier au coup de poignard dans le dos mais de reconnaître que, à tort ou à raison, dès fin mai 1940, les Britanniques avaient renoncé à combattre sur le continent laissant les Français seuls face à un adversaire devenu très supérieur en nombre et en armement ;
      – le siège de Lille : du 25 au 31 mai 1940, 35 000 à 40 000 Français immobilisèrent 110 000 Allemands considérablement armés (800 chars), ce qui contribua fortement à la réussite de l’opération Dynamo.

      On pourrait longuement poursuivre le débat. Je me bornerai à citer Churchill qui, dans ses mémoires, estima que les défenseurs de Lille donnèrent de précieux jours de répit à l’opération Dynamo :
      « These Frenchmen, under the gallant leadership of general Molinié, had for four critical days contained no less than seven German divisions which otherwise could have joined in the assaults on the Dunkirk perimeter. This was a splendid contribution to the escape of their more fortunate comrades of the BEF »
      [Ces Français, sous la direction courageuse du général Molinié, ont contenu pendant quatre jours critiques pas moins de sept divisions allemandes qui auraient pu participer aux assauts sur le périmètre de Dunkerque. C’était une splendide contribution à l’évasion de leurs camarades plus chanceux du BEF.]
      — Winston Churchill, The Second World War. vol. II. Their Finest Hour, Cassel & Co., 1949, p. 86

      Pour le reste, le très intéressant, parce que réalisé par un ensemble de spécialistes de divers pays dans divers domaines essentiels, ouvrage uchroniste « 1940 : Et si la France avait continué la guerre… » [https://fr.wikipedia.org/wiki/Et_si_la_France_avait_continu%C3%A9_la_guerre] montre bien que les causes essentielles de la défaite furent l’incapacité du commandement de l’armée française et la catastrophique inconsistance du régime de la IIIe République (« À la lueur du désastre, le régime apparaissait dans toute son affreuse infirmité. » : Charles De Gaulle, Mémoires de Guerre, tome 1). On aurait pu faire beaucoup mieux.

  • Merci.
    Je ne connaissais pas une bonne partie de ces films là, ayant surtout vu des récents.
    J’ai beaucoup aimé 1917 aussi qui est filmé en suivant un simple « trouffion » et est très immersif.

  • Les commentaires sont fermés.

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