Lettre aux Français de Macron : la force (faussement) tranquille

Cette lettre confirme qu’Emmanuel Macron souhaite faire de cette élection une formalité mais le refus du débat d’idées montre sa principale faiblesse : sa crainte d’affronter son bilan.

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Lettre aux Français de Macron : la force (faussement) tranquille

Publié le 7 mars 2022
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Si les circonstances géopolitiques l’ont sans doute perturbée, la séquence de jeudi a tout d’une préparation millimétrée pour ne pas dire militaire. Invité du 13 heures de TF1, Jean Castex a annoncé la levée de plusieurs restrictions contre la Covid-19 à compter du 14 mars. Le soir même, alors que les rédactions s’échauffaient depuis plusieurs heures, Emmanuel Macron publiait et faisait publier dans plusieurs journaux sa désormais célèbre Lettre aux Français afin d’annoncer sa candidature à un second mandat.

La publication de ce texte initialement prévue à 20 heures 30 le fut une demi-heure plus tôt, toujours dans un sens aigu de la communication que l’on connaît de la part du chef de l’État.

Un procédé connu

Cette lettre relève d’un procédé connu puisque déjà utilisé par François Mitterrand puis Nicolas Sarkozy. L’idée est ici de proposer une adresse directe aux Français afin tantôt de vanter un bilan, tantôt de proposer un programme. Ces lettres se terminent généralement par une citation d’une figure inspirante pour son auteur : Jean Jaurès pour Mitterrand, Charles de Gaulle pour Nicolas Sarkozy.

Rien de tel pour Emmanuel Macron, qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’une telle lettre a déjà été publiée au moment des Gilets jaunes pour expliquer les modalités du Grand débat.

Autre texte similaire publié depuis 2017 : « Pour une Renaissance européenne », tract politique à peine dissimulé publié dans le cadre des élections de 2019 sur le site officiel de l’Élysée, posant de véritables questions de distinction entre communication présidentielle et campagne électorale.

Un mélange des genres par Macron

Il n’est donc sans doute guère étonnant que la lettre publiée jeudi soir provoque la même polémique.

Comme l’évoquait le magistrat Charles Prats sur Twitter ce vendredi, la publication de cette déclaration de candidature sur un compte « officiel du gouvernement » géré par des salariés de l’Élysée pose à nouveau la question d’une campagne financée par le contribuable.

Cette situation n’est malheureusement guère nouvelle comme nous le rappelons régulièrement dans nos colonnes et que certains esprits justifieront sans doute par le fait que le remboursement des frais de campagne et les subventions aux partis politiques constituent déjà un financement par nos impôts de la vie publique mais oubliant que cela ne rend pas la chose légitime pour autant.

L’autre point que la remarque de Charles Prats soulève est l’absence de distinction nette entre deux corps du président sur Twitter, à l’inverse de ce que les États-Unis ont su faire entre le compte @potus (pour « President Of The United-States ») et le compte personnel du titulaire de la fonction (le plus connu étant celui de Donald Trump définitivement suspendu il y a un an).

La méthode d’un candidat confiant

Pour terminer sur la forme, en analysant comme je l’ai fait jeudi soir les différentes déclarations de candidatures des présidents en fonction, on constate que plus un président est confiant, et plus il se déclare tard. Tel était le cas du Général de Gaulle et de François Mitterrand. Nous sommes ici dans ce cas de figure malgré une annonce initialement prévue fin février.

La méthode est également intéressante à étudier, puisque la lettre publiée dans la presse n’a ni la solennité d’une déclaration gaullienne, le naturel d’un simple Oui mitterrandien ou la fausse spontanéité d’une réponse à une édile avignonnaise comme le fit Jacques Chirac en 2002.

La forme macronienne est sobre, naturelle, presque anecdotique et confirme une fois de plus que cette élection ne sera pour le chef de l’État qu’une formalité.

Une formalité toutefois compensée par une mise en scène de plusieurs vidéos par le cabinet du Palais et largement contrôlée de par le contenu du texte.

Une république technocratique

Le texte commence par l’évocation des différentes crises du quinquennat. L’usage du nous permet de créer un passif commun face à l’adversité. Un nous maintenu lorsqu’Emmanuel Macron évoque son bilan et l’avenir du pays.

Selon Emmanuel Macron, beaucoup aurait été fait et il est à porter à son crédit de ne pas réfugier son bilan derrière les crises contrairement à certains de ses prédécesseurs. Le chef de l’État profite toutefois de la situation géopolitique pour masquer sa volonté de fuir le débat présidentiel mais nous y reviendrons plus tard.

Il admet également à demi-mot son inexpérience passée et note que les crises qui se sont succédé ont été des épreuves qui l’ont forgé pour affronter le tumulte annoncé.

Face à cet avenir sombre, il appuie ses propositions sur un mot fort et qu’il est impossible de ne pas saluer : l’indépendance. Une indépendance qu’il souhaite assurer par l’investissement dans différents secteurs stratégiques.

Autres points important de cette lettre : le modèle social par la lutte contre les inégalités et la prise en charge des personnes âgées, nouvel enjeu social du macronisme depuis plusieurs mois.

Enfin, la troisième partie porte sur le mode de vie républicain sans le rattacher à l’histoire hexagonale qui l’a pourtant fait naître.

Pour conclure, le chef de l’État explique ne pas pouvoir faire campagne comme il l’aurait souhaité.

Le texte peut donc se résumer ainsi : Emmanuel Macron était inexpérimenté. Les crises l’ont forgé. Il se dit désormais prêt à affronter les tempêtes internationales qui s’annoncent en renforçant l’indépendance et les difficultés que le pays connaît en interne par la défense du modèle social et culturel républicain.

Emmanuel Macron se positionne donc ici sur une posture non plus social-démocrate ou même social-libérale mais bien en républicain héritier de cette tradition politique consensuelle pour l’immense majorité des Français.

Cela suppose un sens du consensus qui n’étonnera personne puisqu’il est ni plus ni moins que dans la continuité technocratique de ce quinquennat.

Un président Macron qui ne dit rien

Sur le fond donc, très peu de propositions concrètes, une vacuité qu’expliquait chez nos confrères de CNews Benjamin Morel, docteur en sciences politiques, maître de conférences en droit public à l’université Panthéon-Assas comme un moyen de ne pas donner de munitions à l’opposition et maintenir un électorat se retrouvant sur le bilan du quinquennat mais moins sur l’avenir du pays. Cet électorat tutoierait selon certains sondages les 30 % d’intentions de vote voire les dépassent selon certains.

L’Emmanuel Macron président devenu président-candidat est ainsi l’antithèse de l’Emmanuel Macron candidat, puisque ce dernier, en 2017, était régulièrement accusé de cliver.

En fin de lettre, le président de la République promet de détailler son projet. Une fois de plus, cette séquence présidentielle nous laisse une impression de fuite de la part d’Emmanuel Macron devant la campagne présidentielle.

Cette situation est d’autant plus problématique qu’en France, la présidence de la République est malheureusement l’alpha et l’omega de toute la politique nationale, à la manière des régimes d’Europe orientale.

Rappelons que si Emmanuel Macron se positionne en opposant à Vladimir Poutine, sa pratique ne saurait être exempte de comparaisons avec le président russe. Un rapprochement qui est loin de se limiter à des questions constitutionnelles.

Au final, cette lettre confirme qu’Emmanuel Macron souhaite faire de cette élection une formalité mais le refus du débat d’idées montre sa principale faiblesse : sa crainte d’affronter son bilan.

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  • Dans sa lettre, il précise « qu’il n’a pas tout réussi ». A part quelques mesurettes techniques du début de son mandat, c’est une succession d’échecs et de catastrophes qu’il a lui-même déclenchées.
    La réforme des retraites dont personne, lui compris, ne savait plus ce qu’elle contenait, la fiscalité « écologique » sur le carburant qui venait couronner une longue série de déclarations méprisantes, de limitation de vitesse à 80 km/h incompréhensible, qui a donné les gilets jaunes, le Covid dont il suffit de regarder les statistiques de l’INSEE (par exemple : https://www.insee.fr/fr/statistiques/serie/001744911) pour se rendre compte qu’il est peut-être un crise de l’organisation sanitaire de notre pays mais certainement pas une crise sanitaire majeure et pour lequel l’économie du pays a été ravagée et les libertés fondamentales violées allègrement, en passant par les différents épisodes navrants (Benalla, Ferrand, Griveaux, …) et pour terminer en beauté, la guerre en Ukraine dont, jusqu’à preuve du contraire, nous ne sommes pas bélligérants et n’avons pas les moyens de l’être, mais par contre on fait de grandes déclarations pour déclarer la guerre économique à la Russie… Tant d’incompétences donnent le tournis. Merci à Brigitte de dire au petit Emmanuel d’arrêter de jouer avec les allumettes et de lui dire que la vraie vie n’est pas « call of duty »…
    Ceci étant, une réussite incontestable est le climat de peur qu’il est parvenu à installer dans le pays. Souhaitons que les sondages se trompent et que nos concitoyens ne revoteront pas pour cet amateur qui a montré toute l’étendue des dégâts dont il est capable.

    • Brigitte lui a appris, au contraire, les effets théâtraux qui assurent de conserver le pouvoir et ses avantages. Pour ces gens-là, la vraie vie n’est pas tant « call of duty » que la série « serviteur du peuple ».

    • Entièrement d’accord. Il a également divisé le pays comme jamais. Mais c’était certainement voulu, un pays divisé va plus facilement disparaître pour devenir un état d’Europe Fédérale, comme il veut la construire. En ce sens, cette division est une réussite.
      Il me faudra plusieurs jours pour digérer sa réélection…

  • Désolé, je n’ai pas pu lire cette lettre, je ne comprends pas la langue de bois, malheureux ceux qui le peuvent.

  • Macron -Poutine ; l’un ne peut plus se passer de l’autre ; on s’appelle tout les jours et les conversations durent de plus en longtemps
    -Poutine a besoin d’un petit Européen pour faire semblant d’écouter un démocrate
    -Macron a besoin de faire croire que seul il pourra résoudre la guerre en Ukraine ( et empêcher Poutine de mettre l’Europe en récession énergétique)
    Au moment où tout le monde comprend qu’il faut faire un effort pour ( contrer le climat ????) et rester la tête haute alors que les fossiles traditionnels deviennent de plus en plus rares et donc de plus en plus chers ; certains déclenchent des guerres qui ne font que précipiter le monde dans la misère et la haine ; cette vue très courte de nos politiques et dirigeants est fatale pour le futur de la planète ; il serait temps que notre élite scientifique remette les pieds sur terre pour remettre nos politiques dans les réalités de demain

  • Il aurait du indiqué « n’a tout raté ou presque » il mène une campagne à la Poutine surtout ne pas débattre contre ses adversaires, la guerre c’est le covid en Ukraine c’est un distorsion spatio-temporelle, le traitement organiser par le préfet de Paris aux gilets jaunes comme un certain » papon  » en 1961 etc.

  • Mais qu’a t-il réussit ?
    A fracturer la société, à désespérer les Français surtout les retraités (gilets jaunes ), à enrichir ses amis avec la vente d’Alstom, à fermer des hôpitaux une vingtaine en 2021, à fermer Feisenheim , à s’assoir sur le réferundum de Notre-Dame -des- Landes , à faire la carpette de la repentance en Algérie …

  • Le livre d’Agnès Verdier-Molinié « Le vrai Etat de la France » est un véritable plaidoyer pour son bilan !!! Bien entendu je rigole… Jupiter a été le plus grand fossoyeur de la France sous la 5ème République. Même capitaine pédalo n’avait pas fait pire.
    Ce qui me fait également rire c’est quand j’apprends qu’une grande partie de son électorat se trouve chez les retraités !!! Ils n’ont certainement pas lu sa lettre aux français car, en subliminal, les retraités vont être re traités au laminoir macron.
    Mais, comme d’habitude, ils diront : Je ne savais pas !!!
    Les temps qui s’annoncent vont être très douloureux pour les européens et les français. Quand je pense que macron, pour se ménager quelques voix des escrologistes, a fermé Fessenheim, c’est à pleurer.
    Bref, l’histoire retiendra que la France a été gouvernée pendant 5 ans par un jeune amateur dont l’hubris était son principal moteur.

    • Ils sont vraiment amnésiques les retraités : ils ont oublié la hausse de la csg qui a été parmi ses 1ères décisions ?

      • Oh non! Le retraité que je suis n’a rien oublié, et je ne voterai pas Macron. Cependant aucun des candidats déclarés ne répond à mes critères, et c’est bien le problème d’une majorité d’électeurs ( enfin juste les lucides !

  • A renvoyer non ouverte avec mention « Retour à l’emmerdeur »

  • Les commentaires sont fermés.

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