La mise en place de « dictatures démocratiques »

La démocratie, c’est bien tant qu’on est d’accord avec le gouvernement, mais il ne faut pas pousser, comprenez-vous ?

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French Police by Bob White (CC BY-NC-ND 2.0)

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La mise en place de « dictatures démocratiques »

Publié le 7 février 2022
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La semaine dernière, le monde découvrait un peu étonné que les Canadiens, loin d’être un peuple de mammifères mous et polis, comportait quelques individus qui, tout en restant fort corrects, ne voulaient pas se laisser faire : alors que la vaccination devenait obligatoire pour passer la frontière américano-canadienne, les routiers ont décidé de protester contre cette obligation en allant paralyser Ottawa, la capitale du pays.

Les premiers heures de stupeur passées, les médias grand public ont fini par relayer un peu la nouvelle tout en n’omettant pas d’abord de minimiser l’ampleur du phénomène : insistant sur le fait que ce mouvement ne représentait qu’une faible tranche d’une population de toute façon un peu marginale tant l’ensemble des mesures covido-sanitaires semblent acceptées par tous avec gourmandise, les journalistes de terrain n’ont pas hésité à tenter de dépeindre les individus concernés comme les inévitables suprémacistes blancs néo-nazis mangeurs d’enfants communistes. Malheureusement, le discours bien rôdé de ces grands médias a mal survécu à la collision avec les images, très nombreuses, en provenance des réseaux sociaux, qui montraient des familles, des échanges cordiaux, des petits groupes joviaux de Canadiens s’entraidant et s’échangeant des embrassades ou de la nourriture dans une ambiance bon enfant.

Dans ces mêmes chaînes d’informations, signalons aussi l’interprétation particulièrement hardie de certains journalistes qui ont vu derrière ce rassemblement spontané de camions et de tracteurs la marque certaine d’un complot ourdi par les Russes, jamais en retard d’un coup fourré pour enquiquiner l’Occident alors même que – tout le monde le sait, c’est évident, voyons, ne discutez pas – Poutine va envahir l’Ukraine. Ce Vlad, quel méchant !

La consternation – logique – qui a accompagné cette interprétation farfelue ne s’est guère calmée lorsque Justin Trudeau, l’actuel Premier ministre canadien, en a remis une couche. On se souvient qu’il avait discrètement pris la fuite déclaré un petit covid bien commode pour se mettre en quarantaine loin de l’agitation camionneuse. Il n’était pas réapparu devant la presse du pays avant plusieurs jours qui lui ont manifestement été nécessaires pour pondre un discours dont la substance n’a pas réellement apaisé les tensions.

Plutôt qu’ouvrir un utile débat sur la fin des obligations et des restrictions mises en place pour lutter contre une pandémie dont tout indique qu’elle touche maintenant à sa fin, le Premier ministre a choisi la voie douteuse d’un bon jet d’huile sur le feu en décrivant les camionneurs comme des mâles blancs suprémacistes, racistes, sexistes et transphobes et ce alors que leurs demandes, clairement exprimées et résumables en « fin de l’obligation vaccinale, fin des restrictions sanitaires », ne laissent planer aucune ambiguïté. Sans grande surprise, Trudeau s’est donc copieusement ridiculisé avec ce discours, et ce d’autant plus qu’il apparaît maintenant qu’une majorité de Canadiens (54 %) partagent les mêmes points de vue que les camionneurs. La « petite minorité » dépeinte par le clown progressiste actuellement à la tête de l’État canadien est en fait une majorité de plus en plus solide et qui supportera de moins en moins d’être ainsi insultée.

Et alors que d’autres villes canadiennes commencent à observer les mêmes phénomènes routiers (Québec, Toronto), que la province d’Alberta envisage de faire sauter toutes les restrictions sanitaires (pass compris), la presse et certaines officines gouvernementales continuent de présenter avec application les mouvements engendrés comme autant de petits prurits d’irréductibles minoritaires, auxquels il serait maintenant envisagé de répondre… avec l’armée.

En réalité, si la question a bien été évoquée par des forces de police complètement débordées et très peu suivies par la population, l’intervention de l’armée pour faire dégager les rues d’Ottawa (et des autres cités canadiennes à présent) ne semble pour le moment pas sur la table. On peut s’en réjouir tant une telle intervention serait lourde de sens, mais justement, le fait même qu’elle soit évoquée en dit assez long sur la propension de nos beaux démocrates, Trudeau en tête, à accepter les protestations (pourtant pacifiques) de la population.

Encore une fois, la démocratie et l’expression populaire sont parfaitement acceptables tant qu’elles suivent l’agenda des gouvernants : on sera même parfaitement prêt à accepter quelques « débordements » (lire : émeutes, homicides et incendies criminels) tant que les revendications des émeutiers correspondent à la mise en place d’une politique souhaitée par le gouvernement. On se souviendra à bon escient de ce qui s’est passé aux États-Unis en 2020 lorsque les médias ont fait assaut d’inventivité pour transformer des pillages en manifestations légitimes et « globalement pacifiques ».

Ici, la situation est diamétralement à l’opposé : les rassemblements de camionneurs (et de fermiers à présent) sont calmes, déterminés mais clairement non violents et la presse se bouscule pourtant pour tenter d’y trouver des groupuscules fascistes et des exactions abominables qui justifieront l’emploi des méthodes de répression les plus fermes – l’armée étant évoquée très vite, rappelant en cela les méthodes habituelles des pires régimes totalitaires du globe.

On pourrait croire à une légère exagération, mais la façon dont les manifestations néerlandaises furent réprimées, à balles réelles en novembre dernier, donne une indication parfaitement claire de la réalité de terrain : si vous manifestez avec des revendications défavorablement sanctionnées par le pouvoir en place et les médias qu’il subventionne, tous les coups seront permis et l’écrasement des protestations éventuellement jusqu’au style Tiananmen ne fera pas rougir les grands défenseurs de la démocratie et des droits humains fondamentaux.

Du reste, la mue progressive des forces de police, auparavant destinées à protéger le citoyen des racailles, en une force d’occupation intérieure, mue visible dans l’attirail et les outils habituels, dans ses couleurs (on est rapidement passé du bleu au noir par exemple), ne doit rien au hasard : politiquement, le peuple est devenu un paramètre encombrant des politiques publiques actuelles et sa répression un outil clairement utilisé pour faire passer des réformes et des contraintes de plus en plus impopulaires.

Il apparaît clair que la démocratie dont se gargarisent politiciens et médias n’existe plus depuis un moment et à mesure que les manifestations se font plus nombreuses, que les mouvements populaires gagnent du terrain, on sent poindre l’envie de répression de plus en plus ferme.

Jusqu’à quel point ?


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  • L’appel à interner les non-vaccinés, à faire intervenir l’armée pour réprimer les opposants, à bannir les mal-pensants climatiques ou autres …

    Comme quoi l’extrême centre est largement aussi dangereux que l’extrême gauche ou l’extrême droite. Peut-être même plus à cause des soutiens financiers (connivence oblige) et médiatiques (infiltrations) dont il bénéficie.

    19
    • Plus dangereux aussi car difficile à contrer. Alors que « l’extrême-droite » (abus de langage mais bon) aura toujours des milliers d’opposants pour surveiller et dénoncer le moindre de ses « dérapages ».
      L’extrême-centre se revendique de la démocratie et plus personne ne se pose la question de savoir si la politique suivie c’est vraiment de la démocratie ou pas. Sans parler bien sûr des journalistes largement achetés, plus compliqué à faire pour la droite affirmée.

    • Comme toujours si on crie très fort qu’on est gentil, on a alors le droit d’être TRES méchant.
      Dite « je suis antifasciste » et hop, on vous laisse tabasser à mort si besoin vos opposants.
      Dites « je suis anti-raciste » et personne n’ira regarder que vous avez des idées ultra racistes
      Dites « je suis féministe » et votre misanthropie passe comme une lettre à la poste.

      Faut juste crier treès fort. Les médis n’ayant plus le niveau intellectuel pour évaluer la logique et la cohérence d’une position la vérité est désormais déterminée par qui crie le plus fort (et aussi qui tape le plus : la répression des BLM et autres antifa est « légère » : les forces de l’ordre savent que s’ils chargent, ça répliquera sévère en face… Alors que de manifestants en loden avec poussettes et bambins sur les épaules… là c’est « open bar »).

      Fort avec les faibles, faible avec les forts, c’est la devise de nos gouvernants « démocratiques » qui aiment désormais les minorités vocales plus que les majorités silencieuses !

    • et le plus beau la défense de la liberté d’expression est une idée d’extreme droite..
      la haine est illégale… on peut le chanter de façon haineuse dans la rue: salauds de haineux on vous hait..

      je suis charlie fut un moment clef pour moi, au nom de la liberté d’expression je t’interdis de dire je ne suis pas charlie..un grand moment..

  • Vous avez raison de pointer le rôle collaborationniste des médias, sans qui rien de tout cela ne serait possible.
    Ce n’est pas mieux chez nous. La dernière sortie d’Apathie sur les Français qui puent des pieds a au moins le mérite de nous éclairer sur ce que ce monde politico médiatique pense de nous.
    Pour rester dans le style raffiné et élégant de ce brillant analyste de notre vie politique, je lui conseillerais de faire attention à ne pas puer de la gueule, à force de lécher le cul du pouvoir !

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  • J’aime bien la petite moustache involontaire sous le nez de Trudeau. Elle lui va très bien 😉

  • La démocratie…. Hé hé hé, ça existe réellement ?
    Ce sont toutes des dictatures de minorités situées en haut de la pyramide sociale. Nous, on n’a pas le bol, notre crème est plutôt avariee.. Darmalin a même dit sans sourire que les français adoraient le président !..

    • La démocratie est également une dictature de la majorité. En Suisse, deux référendums en faveur des mesures oppressives ont été acceptées par 60% des votants.

      En réalité, le fondement idéologique du libéralisme n’est pas la démocratie, mais le droit naturel.

      Le libéral défend la liberté individuelle, même si celle-ci est bafouée par une majorité démocratique.

      • En effet la citation (apocryphe semble-t-il) du bon Benjamin Franklin est d’une actualité extrême :

        « La démocratie c’est deux loups et un mouton qui votent pour savoir qui sera le dîner, la liberté c’est le mouton bien armé qui dit aux loups d’aller se faire voir ! »

        Ne confondons surtout pas la démocratie (dictature de la majorité) et la liberté (respect des droits de la plus petite minorité, l’individu)

      • @Jusnaturaliste
        Bonsoir,
        « 60% des votants »
        Ca sent le novlangue pour ne pas évoquer le vrai pourcentage des citoyens qui ont voté pour ces référendums et mettre sous le tapis le nombre et le pourcentage d’abstention. J’ai l’impression que le compte des votes prend le virage nauséabond qu’a pris celui pratiqué en France : les seuls qui comptent sont ceux récoltés par les candidats ou obtenus à la majorité des députés presents/votants à l’A.N.

        • La participation était plutôt bonne, et il s’agissait d’un référendum avec une question directe sur les mesures, pas pour des candidats.

          Le comptage des votes est en général surveillé par les membres des différents partis politiques, or le plus grand parti de Suisse de tendance libérale-conservatrice était opposé aux mesures, il a donc certainement limité la triche.

          Après, il y avait un chantage du gouvernement où si le référendum était rejeté, les aides économiques seraient également annulées, cela a certainement emporté la voix de tous ceux qui voulaient cet argent.

          Mais le vrai problème des Suisses, c’est qu’ils ont encore un peu trop confiance dans leurs médias et qu’ils suivent assez souvent ce qui se fait dans les pays voisins, avec juste u peu plus de modération.

          • Le problème de la Suisse est la gangrène socialiste qui se répand depuis des années.
            Le chantage aux subventions fait très socialiste.

            • C’est le problème de tout ce qui fut le monde libre.

              Alors que le mur de Berlin aurait dû sonner la victoire du libéralisme et du christianisme sur le socialisme et l’athéisme, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Les écoles publiques et les médias vendus à l’extrême-gauche ont fait un magnifique travail de propagande, au point que l’histoire est déjà en train de se renverser:

              Quand on voit par exemple qu’un Snowden doit aller se réfugier en Russie pour éviter de se faire tuer par les USA, alors qu’il n’a fait qu’un travail d’information, que les pères fondateurs des USA avaient cru réussir à protéger par le premier amendement…

              • En effet, on voit des inversions invraisemblables un peu partout, toujours au profit du gauchisme socialiste.
                Comme la « crise de 2008 » ou « crise des subprimes » qui est la crise de l’intervention étatique dans la finance et les marchés bancaire désormais comprise par quasi tout le monde comme « la crise de la finance dérégulée et centrée sur le profit » (parce que bien sûr c’est logique, si on est une banque dérégulée et avide de profits, de prêter de l’argent à des gens dont on sait qu’ils ne vont probablement pas pouvoir rembourser… et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu)

          • « Après, il y avait un chantage du gouvernement où si le référendum était rejeté, les aides économiques seraient également annulées, »
            Là je comprends tout…

  • Un grand merci pour les illustrations 😀 !

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