Grande sécu : pourquoi la quasi-nationalisation serait une erreur (1)

securite-sociale_0 by Paille on Flickr (CC BY-SA 2.0) — Paille , CC-BY

Le projet de centralisation de la Sécurité sociale avec la Grande Sécu ne mènera qu’à plus de centralisation et de problèmes.

Par Patrick de Casanove.   

La Sécurité sociale a été créée par les Ordonnances de 1945 :

 « Art. 1er. — Il est institué une organisation, de la sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent. »

Elle a pour objectif de « de protéger les individus des conséquences de divers événements ou situations, généralement qualifiés de risques sociaux. »

Ces ordonnances ont été inspirées des travaux du Conseil national de la Résistance intitulé «  Les jours heureux ».

La Sécurité sociale est présentée comme le « modèle social français ».

Les ordonnances de 1945 ont sorti le social (santé, retraite, chômage…) du marché et l’ont mis dans le domaine public. Donc tous les soucis que nous lui connaissons depuis ses débuts sont liés à sa gestion publique, plus précisément politique. Ils ne peuvent, sauf malhonnêteté intellectuelle, être mis sur le dos du marché. Une fois cela assimilé, il est aisé de comprendre que parachever la collectivisation, c’est-à-dire étendre l’emprise du politique, ne fera qu’aggraver le mal.

La Grande sécu

La grande Sécu n’est pas un coup de pied dans la fourmilière.

Ce n’est que la énième modification paramétrique de la Sécu depuis sa création. Les remboursements reposent techniquement sur leur répartition au sein du binôme Sécu/mutuelles. Ce binôme n’est pas remis en cause, mais le partage de leurs attributions est différent.

Elle ne s’attaque pas au fond. Le fond c’est la déconnexion recettes/dépenses, la suppression de la responsabilité individuelle, la disparition de la prévoyance, l’absence de libre choix.

Son objectif « est de faire prendre en charge la quasi-totalité des remboursements par l’Assurance maladie » C’est une nationalisation quasi totale qui était écrite depuis le départ. C’est l’aboutissement logique du socialisme français.

C’est une preuve de plus, s’il en fallait que :

  • nous ne vivons pas dans une société libérale, mais bien socialiste,
  • le gouvernement Macron, pas plus que Macron, n’est libéral, mais bien socialiste.

Les politiciens ont besoin de la Sécu monopole d’État

Le contrôle des populations

Le système est mal conçu au départ. Ou plutôt il est bien conçu pour que le politicien assoie son pouvoir sur les populations, mais mal conçu pour offrir à chacun, tout le temps, en toutes circonstances le meilleur soin.

Le contrôle de l’assistance à autrui est la première pierre pour le contrôle des populations. À la Libération, gaullistes et communistes alors alliés, tous étatistes, ont voulu consolider leur pouvoir et contrôler les gens. Cela passait par de nombreuses nationalisations, dont celle qui constitue la clé de voûte du socialisme : celle du système de santé.

La spoliation légale

La Sécurité sociale, comme tout le système politique français, repose sur la « spoliation légale ». Au travers des dettes et du concept de « solidarité intergénérationnelle », celle-ci s’étend jusqu’aux générations futures et les engage. En vérité il ne s’agit en rien de solidarité, qui ne peut être que libre et volontaire, mais bien de coercition.

Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds. Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

C’est cette spoliation légale étendue qui permet au politicien de confisquer les richesses créées par les Français et d’agir à leur place.

En effet, l’État, ne l’oublions jamais, n’a pas de ressources qui lui soient propres. Il n’a rien, il ne possède rien qu’il ne le prenne aux travailleurs. Frédéric Bastiat, Propriété et loi (1848)

Un remboursement ou une dispense d’avance de frais n’ont rien à voir avec la gratuité.

Il n’y a de vraiment gratuit que ce qui ne coûte rien à personne. Or les services publics coûtent à tout le monde ; c’est parce que tout le monde les a payés d’avance qu’ils ne coûtent plus rien à celui qui les reçoit. Frédéric Bastiat, Services privés, service public (1850)

Les prestations sont prépayées par quelqu’un. Ce quelqu’un ne contrôle rien. Il laisse voler légalement son argent par les politiciens pour leur seul profit.

Il faut sortir la protection sociale du domaine politique car ce sont les politiciens qui décident ce qui est pris en charge ou pas en fonction de leur intérêt électoral bien compris.

Dès 2022, la contraception sera gratuite pour les femmes de moins de 25 ans.

Il s’agit d’une décision politique, la contraception n’est pas un soin. Chacun sait que le pouvoir achète les voix des électeurs avec l’argent du contribuable. L’achat de voix par le remboursement des prestations sociales est aussi un sport politique. Il est facile de deviner qu’à partir du moment où la Grande Sécu sera mise en place le pouvoir du politique sera encore accru.

Cette spoliation légale collectivise les recettes et les dépenses. Elle donne un prétexte à l’État pour intervenir dans la vie privée de chacun. Parce que le comportement plus ou moins responsable des individus engendre une partie des dépenses. Il faut se souvenir, que l’un des arguments des partisans de la vaccination obligatoire contre la Covid-19, était qu’ils ne voulaient pas payer pour les frais de santé engendrés par des « irresponsables » non-vaccinés. En disant cela ils remettaient en cause les fondements de la Sécu.

Ce comportement dit responsable est défini et imposé par l’État. Ainsi il paraît légitime pour se mêler de tout. Il n’y a plus de domaine privé. Inéluctablement il construit le totalitarisme.

L’Autorité Centrale est totalitaire par essence

L’action gouvernementale se généralise par la contrainte. Elle invoque nécessairement le compelle intrare. Elle procède en vertu d’une loi, et il faut que tout le monde se soumette, car loi implique sanction. Frédéric Bastiat Services privés, service public (1850)

L’obligation vient du fait que si les gens choisissent de cotiser ailleurs, le système privé de recettes ne peut plus servir les prestations à ceux qui y sont déjà. Il s’effondre.

Le pouvoir, vaste corps organisé et vivant, tend naturellement à s’agrandir. Il se trouve à l’étroit dans sa mission de surveillance. Or, il n’y a pas pour lui d’agrandissement possibles en dehors d’empiétements successifs sur le domaine des facultés individuelles. Frédéric Bastiat, Profession de foi électorale de 1846.

L’obligation de s’étendre pour tout contrôler repose également sur le raisonnement selon lequel tant qu’une chose, aussi infime soit-elle, lui échappe, le système bloque ou ne fonctionne pas correctement. C’est pour cette raison que son fruit, amer, n’est pas conforme à son objectif qui est le paradis sur Terre.

En vérité le système ne peut intrinsèquement fonctionner correctement. La spoliation légale est une injustice parce que le vol, même légal, est une injustice. C’est parce qu’il est injuste qu’il est inefficace et néfaste.

Ce besoin pervers de s’étendre à l’infini a été flagrant avec le covid. C’est la première fois dans l’histoire que les professionnels sont dépossédés de leur rôle et qu’une épidémie est prise en charge par des politiciens. Les résultats sont désastreux au plan sanitaire mais aussi économique et social.

Le tout a abouti à un totalitarisme qui n’est pas prêt de finir.

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