Liberté d’expression sur internet : le Royaume-Uni veut y mettre fin

Un projet de loi au Royaume-Uni prévoit de la prison pour certains propos. Une menace sérieuse pour la liberté d’expression sur internet.

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Liberté d’expression sur internet : le Royaume-Uni veut y mettre fin

Publié le 8 novembre 2021
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Par Brad Polumbo.
Un article de Foundation of Economic Education

Si vous avez besoin du rappel de l’importance de la liberté d’expression, il vous suffit de regarder de l’autre côté de la mer. Le Royaume-Uni, qui ne dispose pas d’un premier amendement contrairement aux États-Unis, a lentement vu le droit à la liberté d’expression des citoyens s’éroder – et pourrait bientôt commencer à emprisonner des personnes pour avoir été des trolls sur Internet.

Il s’agit d’un projet de loi intitulé « Online Safety Bill », qui vise à punir les entreprises de médias sociaux qui autorisent le harcèlement. Elle pourrait toutefois être élargie pour inclure de nouvelles sanctions pénales à l’encontre des personnes qui tiennent un discours agressif en ligne.

Le Times of London rapporte que « Les trolls pourraient être condamnés à deux ans de prison pour l’envoi de messages ou la publication de contenus causant des dommages psychologiques en vertu d’une législation visant la haine en ligne ».

 

Le ministère de la Culture, des médias et des sports a accepté les recommandations de la commission juridique pour que les crimes soient basés sur le préjudice psychologique probable. Le changement législatif proposé mettra l’accent sur « l’effet néfaste » d’un message plutôt que sur le fait que son contenu soit « indécent » ou « grossièrement offensant », ce qui est la base actuelle pour évaluer sa criminalité.

Les trolls d’internet : un prétexte

D’autres infractions seraient créées pour la « communication sciemment fausse », s’appliquant à ceux qui « envoient ou publient un message qu’ils savent être faux avec l’intention de causer un préjudice émotionnel, psychologique ou physique au public potentiel ». Les nouveaux délits comprendront également des sanctions pour les raids sur les médias sociaux, c’est-à-dire ceux qui se regroupent et se montrent grossiers envers les internautes.

La secrétaire d’État à la culture, Nadine Dorries, aurait l’intention d’ajouter ces dispositions au projet de loi sur la sécurité en ligne lorsqu’il sera présenté au Parlement le mois prochain.

Cette tentative flagrante de censure du discours en ligne est profondément inquiétante. Le gouvernement n’a absolument aucune raison de punir les gens pour des mots qui causent du tort à autrui, une norme tellement subjective et glissante qu’elle dépasse l’entendement. Ce vague critère pourrait être utilisé pour réduire au silence tout discours jugé offensant et il étouffe sûrement le libre échange d’idées qui mène au progrès social.

Des opinions comme le droit de vote des femmes, la fin de la ségrégation raciale et la légalisation du mariage homosexuel ont toutes été considérées comme néfastes par beaucoup. Si les discours subjectivement nuisibles ou perturbants sont étouffés, le progrès est considérablement freiné.

En outre, le fait que le gouvernement punisse les discours sciemment faux est profondément inquiétant. Tout d’abord, le monde n’est pas noir ou blanc afin de distinguer le vrai du faux. Il existe un million de nuances de gris et de solides débats sur la réalité factuelle dans d’innombrables sujets. Quiconque attache de l’importance à la liberté ne devrait pas vouloir qu’un ministère de la Vérité détermine quels discours sont faux et punisse ceux qui les diffusent.

Et tout cela aurait un effet paralysant sur les discours qui remettent en question le statu quo ou le gouvernement lui-même. Après tout, la liberté d’expression n’existe pas pour protéger les discours populaires ou non controversés ; ces discours ont peu besoin d’être protégés. Ce sont les voix dissidentes et les informations qui menacent le pouvoir centralisé qui sont écrasées sous prétexte de « protéger les individus » contre les discours « nuisibles ».

Les nouveaux efforts de censure du Royaume-Uni ne font pas exception.

Une dérive dangereuse contre la liberté d’expression

Selon Paul Bernal, professeur de droit à l’université d’East Anglia :

« Il est fort probable que ces lois ne soient pas efficaces pour assurer la sécurité des personnes, qu’elles restreignent considérablement la liberté d’expression et qu’elles créent un malaise en faisant en sorte que les personnes qui ne comprennent pas vraiment la loi aient trop peur de dire ce qu’elles veulent dire »

C’est ce qu’il faut retenir ici : le principal impact de lois comme celle-ci sera de restreindre la critique légitime des personnes au pouvoir.

En effet, elles le feront. Les Américains devraient prendre en compte le triste exemple du Royaume-Uni comme un avertissement du sort qui pourrait nous attendre si nous ne gardons pas jalousement nos droits à la liberté d’expression.

Traduction d’Alexandre Massaux pour Contrepoints.

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  • « Je n’aime pas les rousses », qui est une constatation, est susceptible d’avoir un effet néfaste sur l’une ou l’autre rousse. Vais-je devoir écrire « La couleur des cheveux m’indiffère » – et risquer le courroux des blondes, surtout les fausses ?

  • L’application de ce type de loi est toujours à géométrie variable. Si vous êtes dans les petits papiers du pouvoir, vous pouvez harceler, insulter, menacer, etc. Certains « médecins » de la mouvance No Fake Med ne s’en sont pas privés depuis deux ans, par exemple. Mais si vous êtes dans le camp adverse, le moindre de vos propos sera disséqué et vous vous retrouverez avec des procès.
    Là est le danger principal de ces législations « contre la haine »: dans les faits, elles sont un outil destiné à museler les opposants au pouvoir en place.

  • « communication sciemment fausse » Il s’agit des gouvernements?

  • À noter que cet article a été rédigé initialement aux Etats-Unis. La situation en France est celle d’un contrôle déjà effectif de ce qui peut être dit (ou non) sur Internet.

  • Bojo en rajoute une couche mais ça fait 20 ans que des médias souvent gouvernementaux poussent dans ce sens sous divers prétextes du « bien ». Nombre de dispositions légales sont déjà effectives (2004 « incitation à la « haine » en France) et des gens se font virer quotidiennement d’un réseau social ou un autre pour des raisons politiques ou sur demande d’un pouvoir.

  • « causant des dommages psychologiques »
    c’est çà dire…

  • Les commentaires sont fermés.

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