Présidentielle française : ces candidats qui conduiraient une politique pro-russe

Il est intéressant d’imaginer ce que serait la politique que les candidats pro-russes à la présidentielle 2022 conduiraient vis-à-vis de Moscou s’ils venaient à être élus en mai prochain.

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President Putin by WorldSkills UK (Creative Commons CC BY 2.0)

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Présidentielle française : ces candidats qui conduiraient une politique pro-russe

Publié le 23 octobre 2021
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Par Guillaume Lagane.
Un article de The Conversation

Alors que Marine Le Pen, Jean‑Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan sont déjà entrés dans la course présidentielle, et que l’annonce d’une candidature Éric Zemmour semble n’être plus qu’une question de semaines, il est intéressant d’imaginer ce que serait la politique que l’une de ces personnalités conduirait vis-à-vis de Moscou si elle venait à être élue en mai prochain.

En effet, au-delà de leurs divergences, tous ces responsables ont en commun un rejet de la ligne dure adoptée par la France et l’UE vis-à-vis de la Russie, expriment (à divers degrés) leur respect envers Vladimir Poutine et prônent un rapprochement significatif entre Paris et le Kremlin. Ils développent des positions que François Fillon, le candidat de la droite lors de la précédente élection présidentielle, avait déjà tenues.

Un tropisme pro-russe relativement répandu

Jean‑Luc Mélenchon excepté, leurs vues n’ont il est vrai rien de très original dans une France de droite fascinée par le poutinisme (en 2018, 27 % des Français avaient une bonne opinion du chef de l’État russe, mais ce ratio s’élevait à 35 % parmi les sympathisants Républicains et 50 % parmi ceux du Rassemblement national). Elles reposent sur une conception bien connue de l’histoire récente. La Russie, sortie vaincue et affaiblie de la Guerre froide, aurait été humiliée par les Occidentaux. Elle est environnée de menaces dont l’OTAN est la principale. Loin d’être l’agresseur, elle est la victime d’un complot que les Anglo-Saxons ont ourdi et qui visent à empêcher l’union du continent européen.

Tous considèrent que la France doit se rapprocher de Moscou, dans une logique gaulliste cherchant une Europe unifiée « de l’Atlantique à l’Oural ». Vladimir Poutine est décrit comme un « patriote » russe qui n’est pas, selon le mot amusant d’Éric Zemmour, un « Premier ministre suédois » mais un partisan de la Realpolitik tout droit sorti des conceptions courantes du XIXe siècle. Tous semblent songer à un axe franco-russe qui modifierait la géopolitique mondiale en réduisant le poids des États-Unis. Tous critiquent l’expansion de l’OTAN, la politique de l’Union européenne et, notamment, les sanctions édictées en 2014 pour répondre à l’annexion de la Crimée.

Quelles mesures concrètes la France pourrait-elle prendre ?

Dans le cas encore hypothétique où cette politique serait mise en œuvre, elle ne manquerait toutefois pas de se heurter à de nombreuses difficultés. La levée des sanctions qui devrait être décidée par le Conseil européen à l’unanimité, n’aurait rien d’évident. La France rejoindrait le groupe encore minoritaire des États de l’UE qui y sont (la Hongrie) ou y ont été hostiles, tels que l’Italie (avant l’arrivée au pouvoir de Mario Draghi), la Slovaquie (sous le règne du populiste Robert Fico), la Grèce (d’Alexis Tsipras), Chypre, Malte ou la Bulgarie. En ne les respectant pas à titre national, Paris ferait plaisir à ses exportateurs (sixième fournisseur de la Russie, la France a vu sa part de marché reculer de 3,7 % en 2014 à 3,5 % en 2020) mais ouvrirait un nouveau conflit avec Bruxelles et ses partenaires européens.

D’autres mesures d’apaisement vis-à-vis de la Russie, par exemple le retrait du contingent français déployé dans les pays baltes au titre des mesures dites de réassurance de l’OTAN (la « présence avancée renforcée » créée après 2014), auraient un grand impact pour Moscou. Mais elles heurteraient évidemment beaucoup les États orientaux, anciens satellites soviétiques (Roumaine, Tchéquie) ou ex-républiques de l’URSS (Baltes), qui y verraient la confirmation des soupçons de complaisance envers la Russie qu’ils ne cessent de nourrir chaque fois qu’est évoquée l’actuelle politique de dialogue franco-russe. La Pologne du PIS, alliée pourtant naturelle d’un président français conservateur sur les sujets sociétaux, en ferait un casus belli.

Des gestes diplomatiques audacieux pourraient être envisagés, par exemple la reconnaissance de l’annexion de la Crimée par la France, de manière unilatérale. Outre qu’elle romprait le consensus européen (et nous brouillerait pour jamais avec l’Ukraine), une telle décision contreviendrait au droit international que la France défend, et notamment au respect de la souveraineté des États et à la non-ingérence dans leurs affaires intérieures. Elle isolerait Paris au sein du camp occidental mais également à l’Assemblée générale des Nations unies qui a condamné à plusieurs reprises cette modification par la force des frontières internationales (par exemple en décembre 2020 dans une résolution adoptée par 63 pays, 17 ayant voté contre, 63 s’étant abstenus). Nombre des proches alliés de la Russie (de la Biélorussie à la Chine) n’ont d’ailleurs pas reconnu cette annexion (celle-ci a été seulement reconnue, à ce jour, par l’Afghanistan (via une déclaration d’Hamid Karzaï en 2014), la Corée du Nord, Cuba, le Kirghizistan, le Nicaragua, le Soudan (avant l’actuelle transition), la Syrie et le Zimbabwe).

En désespoir de cause, on pourrait envisager des concessions aux Russes sur d’autres théâtres que l’Europe. En Syrie, Paris pourrait renouer avec Bachar Al-Assad. Une position nouvelle qui romprait avec une « diplomatie des valeurs » qui, bon an mal an, ancrait depuis 2011 Paris dans le camp occidental. Dans le dossier iranien, la France pourrait quitter ce même camp et appuyer la Russie, partenaire traditionnel de Téhéran, faisant fi de la non-prolifération. En Afrique, nous pourrions nous réjouir de la présence russe en République centrafricaine, voire inviter les mercenaires de Wagner à nous succéder au Mali. Mais, sans même évoquer la perte d’influence dont seraient porteuses de telles décisions, nous perdrions ce faisant le soutien des Européens et celui, crucial, des Américains.

Une complexe révolution diplomatique

Au fond, semblable au rapprochement entre la France et l’Autriche opéré par le cardinal de Bernis en 1756, cette nouvelle alliance franco-russe serait une véritable « révolution diplomatique ». Elle se traduirait par la remise en question de la plupart des positions de politique étrangère adoptées par la France depuis plusieurs décennies. Elle nous isolerait de bon nombre de nos partenaires européens, rendrait probablement difficile notre maintien dans l’OTAN (quel en serait le sens ?), et dégraderait notre alliance, déjà entamée par l’affaire Aukus, avec les États-Unis. Elle pousserait paradoxalement les États atlantistes, le Royaume-Uni mais sans doute aussi l’Allemagne, à rechercher plus encore la protection de Washington.

S’il semble difficile à mettre en pratique, le tropisme pro-russe de plusieurs candidats français à la présidentielle fait en revanche écho à l’évolution générale des relations internationales en ce début de décennie 2020. La politique américaine semble désormais tout entière tournée vers l’affrontement avec la Chine. Dès lors, la Russie devient une pièce de cette vaste partie d’échecs, une puissance dont la coopération peut être recherchée par Washington. Plusieurs décisions récentes de l’administration américaine (l’acceptation d’un prolongement du traité New Start, la levée des sanctions contre Nord Stream 2, de possibles discussions sur l’utilisation de bases russes en Asie centrale pour des frappes anti-terroristes en Afghanistan) montrent une volonté de dialogue avec Moscou.

Mais la politique américaine ne peut pas être le miroir des décisions françaises, notre pays ne jouant plus dans la même catégorie de puissance. La question du moment est donc moins celle d’une alliance franco-russe, que le géant moscovite trouvera toujours moins attractive qu’une discussion avec les États-Unis, que celle de la place de la France dans la vaste tectonique des plaques du nouvel affrontement sino-américain. Rappelons-nous du mot de Zhou Enlai au sujet de la Chine dans la guerre froide russo-américaine : « Que les éléphants se battent ou fassent l’amour, c’est toujours l’herbe qui est écrasée. » Est-ce le moment de quitter l’éléphant pour marcher sur l’herbe ?

Guillaume Lagane, Maître de conférences, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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  • Pour le si sympathique et très légaliste ex-kgbiste à la tête de la Russie et de ses richesses, j’aime à rappeler qu’il a, avant d’envahir la Crimée, demandé l’avis du conseil constitutionnel sur la légalité du don de La Crimée à l’Ukraine – sans surprise, le conseil avait conclu que Krouchtchev n’avait pas le droit de la donner à l’Ukraine, par un décret de 1954.

    Peu souligné par la presse libre et probe, Poutine a demandé au même conseil, il y a un peu plus de deux ans je crois, de statuer sur l’indépendance des pays baltes, gage pour moi d’une volonté expansionniste sur les pays où Staline avait installé des colonies de peuplement russophones importantes.

    La même raison qui avait conduit un autre sinistre moustachu à envahir la Tchécoslovaquie ( territoire des Sudètes )

  • La France devrait avoir des liens privilégiés avec la Russie. Et ce n’est pas le désaccord sur la Crimée qui devrait changer ces liens.
    La France est manipulée par l’Allemagne qui d’un côté impose des sanctions qui pénalisent les exportations de la France et de l’autre favorise ses propres intérêts en important du gaz russe, finançant ainsi avec des centaines de millions d’euros V. Poutine.
    Et je soutiens totalement l’adhésion de la Russie dans l’Europe, une adhésion qui fait tant peur aux USA qui se verraient ainsi isolés et ne pourraient plus traiter l’Europe en vassal.
    Naturellement, cette adhésion n’est pas pour demain ; mais on a bien accueilli la Pologne et la Hongrie.

  • Interessante analyse . Mais qui ferait se retourner de Gaulle dans sa tombe. En gros l’auteur dit que plutôt que jouer dans la cour des grands il faut miser sur le bon cheval et surtout ne fâcher personne. C ‘est sûr qu’avec ce genre d’ambition politique il nous prédit quoi qu’il arrive l’avenir de l’herbe écrasée …. quelle ambition pour la France … et il donne des cours à sc Po , pas étonnant qu’on obtienne une armée de navets

    • La France n’a aucun intérêt à avoir, comme le fait, une politique anti-russe. Il n’y a pas plus d’intérêt à avoir une politique pro-russe, d’ailleurs.

      La politique russophobe française s’avise à contenter des pays d’Europe de l’est qui, à part l’Estonie, ne nous apportent absolument rien, jouent systématiquement contre nos intérêts et nous coûtent un pognon de dingue (Pologne, Ukraine, etc.).

      Il ne conviendrait donc pas « d’avoir une politique pro-russe » mais juste de cesser « d’avoir une politique anti-russe ». Nous avons tout à gagner à améliorer nos relations avec la Russie. Avant 2014, la Russie était un partenaire économique de premier plan pour la France. Un des rares pays avec lequel elle avait une balance commerciale positive.

      Quant à ceux qui croient que les relations internationales devraient être « morales », je ne leur confierais même pas une paire de ciseaux de peur qu’ils s’éborgnent.

  • Avant de regarder la paille dans l’oeil du voisin, nous ferions bien de regarder la poutre dans le nôtre. Il y a sans doute beaucoup de reproches à faire aux dirigeants russes mais au moins, ils sauvegardent l’indépendance de leur pays. Dette extérieure de la Russie : nada !!!
    https://fr.rbth.com/economie/83523-taux-dette-publique-russie

  • « mais sans doute aussi l’Allemagne, à rechercher plus encore la protection de Washington » hi hi ho ho , l’Allemagne a toujours eu des relations ambigues avec la Russie et ça remonte à loin , pour rappel son précédent chancelier travaille pour Gazprom …..

  • De nombreux libéraux (attention un maître de conférence à SP a peu de chance d’être libéral, pas plus qu’un contributeur de « the conversation » – je ne confonds pas les deux discours) ont un problème avec Poutine et par extension avec la Russie.
    Du fait que c’est un démocrate très autoritaire et illibéral sur de nombreux points – je ne me fais pas d’illusions – ils ne peuvent pas admettre que sa politique est bonne pour la Russie et qu’il a fini par endosser un peu le costume du despote éclairé du XVIIIème. Si l’on n’est pas libéral on ne peut pas faire une bonne politique même si cette politique s’est en réalité recentrée sur le régalien (et à moins d’être anarcho-capitaliste cela devrait satisfaire un peu les libéraux) et a toutes les caractéristiques du laissez-faire dans les autres domaines.

    Pour en revenir à l’article, c’est le courant atlantiste classique anti-russe borné, je pense que les USA sont le plus beau pays du monde qui a achevé d’instituer les plus grandes libertés pour ses citoyens mais malheureusement la politique étrangère des USA guidé par le lobby militaro-industriel fait fausse route depuis la chute du mur même si depuis l’impulsion donnée par Trump il y a une prise de conscience anti-chinoise assez forte.

    Ceci dit rétablir la respectabilité et l’indépendance de la France sur le plan diplomatique et géopolitique en particulier par la voie d’un rapprochement avec la Russie n’est pas une chose facile et probablement de longue haleine et l’auteur de l’article cerne bien les nombreuses difficultés (en particulier au sein même de l’Europe) même si lui n’y voit que des impossibilités.

  • « une telle décision contreviendrait au droit international que la France défend […] ouvrirait un nouveau conflit avec Bruxelles et ses partenaires européens. »

    La France s’assoit royalement depuis 40 ans sur le « droit international » et depuis 20 ans sur les « règles de Bruxelles » qui ne l’arrangent pas ou qu’elle n’a pas poussée elle-même. Le Covid a confirmé ce qu’on savait de la validité de ces textes: du vent.
    Il faut juste éviter les sanctions des gentils américains, mais la France avait bien dit zut à l’Otan et la 2ème guerre du golfe sans que ça ne dérange le moins du monde, il suffit d’être un peu retors et malin.
    .
    Avancer la Crimée et la politique d’influence russe dans son pré carré alors que « l’occident » a détruit des pays et fait des millions de morts avec ses interventions « humanitaire » en Afrique et au Moyen-Orient c’est l’hôpital qui se moque de la charité.
    .
    La Russie c’est aussi:
    -Pas de QE.
    -Flat Tax.
    -Pas de dette.
    -Pas de chantage pastèque à la planète.
    -Pas d’impérialisme judiciaire, fiscal et militaire.
    -Ne cherche pas à nous entrainer dans une stupide guerre avec la Chine.
    -Pas de « woke » aussi toxique que les communistes.
    -Pas d’aplaventrisme devant l’islam.
    .
    Le gaz russe va devenir indispensable à cause des imbécilités pastèque. Les allemands qui font de la realpolitik ne s’y sont pas trompés et ils discutaient avec Poutine et disaient flute aux américains bien avant que ceux-ci cessent de semer le désordre dans la région pour cause de nouvelle interventions « du bien » en Asie (qui va forcément bien finir comme les autres).

    • La Russie est un pays bien plus libéral que la France sur de très nombreux (peut-être même majoritaires) sujets.

      • Oh oui, le dirigeant russe est un adepte de la liberté économique et de la liberté individuelle.
        Merci, grâce à vous j ai retrouvé la vue.

        • Plus sérieusement, le borgne est roi au royaume des aveugles et la Russie est effectivement plus liberal que la France, mais bien moins que ma petite sœur.

  • N’oubliez pas que le monde anglo saxon considère les francais comme des seconds couteaux et a une attitude pleine de condescendance vis a vis de votre pays. L’affaire des sous marins en est un example.

    • Faire du chantage au rapprochement avec la Russie n’arrangera rien. Ce qu’il faut, c’est débouter le droit extraterritorial US et créer industrie informatique.

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