Les entreprises françaises se portent mieux… mais elles vont bientôt faire faillite

Photo by Towfiqu barbhuiya on Unsplash https://unsplash.com/photos/3aGZ7a97qwA

Les chiffres montrent que les entreprises françaises sont fragiles. Une fragilité principalement due aux interventions de l’État.

Par Philbert Carbon.
Un article de l’Iref-Europe.

Il y a quelques jours, le Conseil d’analyse économique (CAE) affirmait : « la situation de trésorerie des entreprises s’est nettement améliorée pour la quasi‐totalité des secteurs d’activité ». Au même moment, l’assureur-crédit Euler Hermes prédisait « un rebond des défaillances d’entreprises en 2022 ».

Ces informations peuvent paraître paradoxales. Elles constituent pourtant les deux faces d’une même pièce. Explications.

Les entreprises en meilleure forme après la crise qu’avant

Commençons par la note du CAE. Grâce au CIC, il a passé en revue 100 000 comptes bancaires d’entreprises individuelles, TPE et PME afin de retracer l’évolution de leur trésorerie.

Bien évidemment, cette étude est partielle dans le sens où elle ne s’appuie que sur des données bancaires et sur une seule source, occultant les autres comptes que pourraient détenir les entreprises. Néanmoins, il est permis de croire que la situation des clientes du CIC (un tiers des entreprises en France) est représentative de celle des entreprises clientes des autres banques françaises.

Les résultats des investigations du CAE sont sans appel : il y avait « en août 2021 moins d’entreprises dans une situation de trésorerie que l’on pourrait qualifier de difficile ou très faible qu’au cours des quatre mois précédant la pandémie ».

Situation de la trésorerie des entreprises

entreprises françaises

On voit nettement sur le graphique ci-dessus que le pourcentage d’entreprises présentant une trésorerie qualifiée de « très bonne » et « bonne » a augmenté entre novembre 2019 et août 2021, alors que diminuait le pourcentage de celles qui étaient dans une situation « faible » et « très faible ».

Ce constat vaut pour tous les secteurs d’activité, mais celui pour lequel la trésorerie des entreprises s’est le plus nettement améliorée est l’hôtellerie-restauration. Environ 65 % des entreprises du secteur étaient en août 2021 dans une situation de trésorerie « très bonne » et « bonne » alors qu’elles n’étaient que 25 % dans ce cas en novembre 2019.

Selon les experts du CAE cette amélioration s’explique par le recours au prêt garanti par l’État (PGE). Il a bénéficié à environ 35 % des TPE et PME de l’échantillon.

Quand on observe la situation de ces entreprises, on remarque deux tendances :

  • les entreprises ayant eu recours au PGE sont celles dont la situation financière pré‐crise était déjà plus difficile (leurs encours nets sont initialement plus faibles, et négatifs en moyenne) ;
  • ces entreprises sont également celles dont la situation financière s’est le plus dégradée au cours de la crise.

Pour les économistes du CAE, cela signifie que les entreprises initialement plus fragiles ont anticipé une baisse de leur résultat du fait de la crise et ont choisi de s’assurer via le PGE. Et de conclure que « le PGE a été souscrit par les entreprises qui en avaient besoin ».

Des entreprises qui ont déjà consommé 40 à 50 % de leur PGE laisse craindre des difficultés à le rembourser. D’ailleurs, la note du CAE estime qu’au moment de l’étude en août 2021, 15 à 25 % d’entre elles étaient dans l’incapacité de rembourser une annuité correspondant à 20 % du PGE. Une question se pose alors : ces entreprises vont-elles réussir à générer des revenus suffisants pour payer les annuités alors même que les aides s’éteignent ?

Les faillites vont augmenter de 40 % en 2022

Cela nous amène au second point, celui des faillites. Celles-ci, nous l’avons déjà évoqué, ont fortement diminué pendant la crise. Selon Euler Hermes, à l’échelle mondiale, les défaillances d’entreprises ont reculé de 12 % en 2020 et devraient encore diminuer de 6 % cette année. Mais elles devraient progresser de 15 % en 2022 tout en restant moindres en volume qu’en 2019.

Pour l’assureur :

Le retrait des mesures publiques de soutien devrait déclencher une normalisation progressive des défaillances d’entreprises.

Euler Hermes estime que la France – tout comme, en Europe, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas – mettra davantage de temps à retrouver un niveau de défaillances similaire à celui d’avant la crise, notamment parce que les soutiens ont été importants et qu’ils s’étalent dans le temps.

Ainsi, les faillites pourraient être 28 % moins nombreuses en 2022 (37 000) qu’en 2019 (51400). Néanmoins, alors qu’elles diminuaient constamment depuis 2016, et qu’elles avaient chuté de 38% en 2020 (et encore de 17 % en 2021 selon les prévisions), elles progresseraient de 40 % en 2022.

L’étude montre également que nous sommes les champions mondiaux, crise ou pas, des défaillances d’entreprises. Elles étaient, nous l’avons dit, de 51400 en 2019 en France, et seulement de 22 700 aux États-Unis, de 22 000 au Royaume-Uni, de 18 700 en Allemagne, de 10500 en Italie.

Un besoin de réformes structurelles

Ces derniers chiffres montrent que les entreprises françaises sont fragiles, principalement à cause des interventions de l’État. Réglementations et fiscalité les entravent, les empêchant de croître et de générer suffisamment de cash.

Distribuer des aides publiques pendant la crise pandémique était sans doute nécessaire. Tous les pays l’ont fait. Mais ces aides sont allées aussi à des entreprises en grande difficulté avant la crise et qui ont trouvé là un peu d’oxygène. Leur survie est cependant provisoire et elles ne pourront pas toutes rembourser leur PGE. L’argent octroyé sera définitivement perdu.

Sans doute aurait-il fallu être plus parcimonieux dans l’attribution des aides, et laisser les entreprises en très mauvais point avant la crise faire faillite. Surtout, il apparaît maintenant urgent de procéder à des réformes structurelles pour alléger impôts, taxes, charges sociales et réglementations qui handicapent les entreprises. C’est à ce prix que nous pourrons véritablement booster, et sur le long terme, l’activité économique et la création d’emplois.

Sur le Web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.