Complotisme : Macron, le Grand Pontife de la vérité

Emmanuel Macron by French Embassy in the US(CC BY-NC 2.0)

La lutte du gouvernement contre le complotisme, au nom de la recherche de la vérité, présente un risque d’abus important.

Par Adnan Valibhay.

Le complotisme consiste à attribuer une cause unique et occulte à différents phénomènes contingents. Bien souvent, les théories du complot tournent autour de l’idée que des groupes dissimulés régissent la société en secret. Emmanuel Macron, Président de la République, a donc décidé de prendre ce problème à bras-le-corps.

S’il est désormais loisible à tout un chacun d’exposer son opinion sur un sujet donné, nombreuses sont également les fausses nouvelles, celles dont le caractère erroné est manifeste, qui circulent dans ce flux d’informations si caractéristique de cette nouvelle ère du numérique.

L’importance de la liberté d’expression

Le souci de la vérité propre au cartésianisme lequel induit nécessairement un doute fécond imposerait de porter un coup d’arrêt à cette tendance. Hélas, les choses ne sont pas si simples dans un régime démocratique, libéral qui plus est, délié de tout carcan traditionnel. La vérité n’est plus l’affaire de quelques doctes érudits ou savants, mais elle devient éminemment relative et soumise à la subjectivité de chacun.

Plus encore, la liberté d’expression, principe fondamental des sociétés occidentales modernes, octroie à chacun le droit de se tromper. S’il est louable que soient condamnées les pratiques dilatoires susceptibles de constituer un dol, lorsque le propagateur des fausses informations n’en tire aucun profit, il ne fait qu’exercer son bon droit, dans les limites de la loi. Libre à quiconque d’adhérer ou de contester le discours prétendument déviant.

Le danger de réguler le débat intellectuel et idéologique au nom de la lutte contre le complotisme

C’est ainsi qu’en ayant nommé le mercredi 29 septembre dernier la « commission Bronner » chargée de « mesurer les dangers du numérique sur la cohésion nationale et nos institutions afin de mieux y faire face », le Président de la République descend de son trône élyséen pour espérer réguler le débat intellectuel et idéologique.

Le problème d’une telle manœuvre dont les intentions peuvent certainement paraître louables est que désormais le risque est de voir se développer des grands timoniers chargés de rendre compte des exactions commises à l’endroit de la Vérité à la personne au sommet de l’État, propulsée au titre de grand pontife de la vérité, tant il est évident qu’aucun des membres de cette commission, comme le Président d’ailleurs, ne sauront faire preuve d’une neutralité axiologique pourtant si nécessaire à l’exercice impartial d’une telle mission.

Des abus à prévoir

Si la tâche avait été confiée à un algorithme, la neutralité aurait pu être assurée et la police de la pensée neutralisée. Mais c’est à des hommes faillibles par nature, aussi brillants soient-ils au demeurant, qu’il incombera de remplir cette mission dont on sait déjà qu’elle sera périlleuse.

Pire encore, en poussant cette logique à son extrême, en donnant à une commission le pouvoir de décerner les bons et les mauvais points, de dire qui sont les gentils et qui sont les méchants, qu’adviendra-t-il du doute cartésien que requiert l’établissement de la vérité scientifique ?

La commission ne peut-elle pas elle-même se tromper ? Quid enfin de la liberté académique laquelle est pourtant garantie constitutionnellement depuis la décision « Enseignement supérieur » rendue par le Conseil Constitutionnel le 20 janvier 1984 ? Survivra-t-elle à ce premier pas sans précédent dans l’histoire de la Cinquième République ?

Il vaut mieux encore que circulent 1001 fausses informations plutôt qu’une commission susceptible d’imposer à tous une seule et unique mise en récit du monde, a fortiori en cette période de crise sanitaire où le pouvoir exécutif peine de plus en plus à faire accepter à l’opinion publique les différentes mesures liberticides qu’il a imposées au fil de ces derniers mois.

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