Comexposium divisé sur sa stratégie de relance

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L’affaire Comexposium révèle l’affrontement de deux conceptions des affaires. D’un côté, la vision anglo-saxonne. De l’autre, la méthode française.

Par Noël Labelle.

Fortement impacté par les mesures gouvernementales décidées pour lutter contre l’épidémie, Comexposium, le principal groupe événementiel français, se voit aussi mis en difficulté.

3000 congrès, 1200 salons et 380 000 autres événements chaque année. En France, l’industrie événementielle pèse lourd. Malheureusement, la crise sanitaire et les différentes mesures imposées ont créé des difficultés conjoncturelles qui se sont mues pour la plupart des acteurs du secteur en problèmes structurels lourds.

Ainsi, Comexposium, numéro un français et troisième mondial, a perdu l’an dernier 75 % de son chiffre d’affaires et un quart de ses effectifs. Le groupe, conseillé par l’énarque Jean-Marie Messier, fait aujourd’hui face à des créances de l’ordre de 580 millions d’euros et traverse une procédure de sauvegarde délicate, qui a déjà été reconduite pour une période de six mois en mars dernier et qui pourrait se prolonger une deuxième fois dans les prochaines semaines si aucune solution n’est rapidement trouvée.

Les actionnaires historiques de Comexposium réservés

Dans le cadre de son plan de restructuration, les actionnaires historiques du groupe – l’assureur Predica, filiale du Crédit agricole, et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) – se sont vu proposer une aide conséquente de 175 millions d’euros par les fonds d’investissement Strategic Value Partners, Attestor, KKR et Hayfin. Cette somme se répartit en 100 millions de « privilèges de conciliation » et 75 millions de fonds propres, à quoi s’ajoute l’échange de la moitié de la dette en actions pour initier la relance sur des bases saines.

Si le plan semble logique et précis, il n’est pourtant pas du goût de Predica et de la CCIP, qui s’y opposent. Pour eux, il semblerait plus prudent de renouveler le plan de sauvegarde et de procéder à un étalement de la dette sur une dizaine d’années. En clair, il vaut mieux attendre patiemment le rétablissement de la normalité sanitaire à défaut de rétablir la situation financière. Cette étonnante position pourrait s’expliquer par le refus des actionnaires historiques de partager le leadership avec de nouveaux partenaires. Mais surtout, selon Predica et la CCIP le statu quo décidé rendrait nul et non avenu le contrat de prêt initial, ce qui leur éviterait de transmettre des éléments financiers au pool de prêteurs et de justifier ainsi l’opacité de certaines décisions. Commode. Du moins au premier abord. Car l’argument tient difficilement.

Une bataille judiciaire sur fond de droit anglais

Comme dans l’écrasante majorité des opérations actuelles de buy-out, le contrat est régi par le droit britannique. Si la sauvegarde suspend bien les obligations de paiement, le contrat demeure, lui, en l’état. Les fonds Strategic Value Partners et Attestor Capital ont par conséquent entamé une procédure judiciaire devant les juridictions anglaises. Si les discussions entre les deux clans reprennent, la divulgation d’informations financières et l’accès au management devraient permettre à tous les actionnaires de prendre les décisions pertinentes pour la survie du groupe.

L’affaire est loin d’être close, mais en attendant qu’actionnaires et prêteurs se reparlent, les répercussions pourraient terriblement impacter les salariés et les clients de Comexposium. Le refus définitif de repartir sur des bases financières assainies aurait évidemment des conséquences fortes pour les créanciers mais aussi pour le groupe qui perdrait sa capacité à lever de nouveaux financements et à tenir ainsi sa feuille de route. La qualité des prestations, la réputation de la société et de ses salons et leur attractivité s’en trouveraient ternies, créant ainsi un cycle négatif dont il sera toujours plus difficile de sortir.

Dans cet imbroglio s’inscrit également en filigrane l’affrontement de deux conceptions des affaires. D’un côté, la vision anglo-saxonne qui repose sur le droit et la finance. De l’autre, la méthode française, qui s’épanouit dans les zones floues où interventionnisme et connivence sont difficilement cernables, mais rarement absents.

 

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