Pass sanitaire : une mesure contraignante et inapplicable

Screenshot 2021-08-10 at 14-15-01 Pour obtenir un pass sanitaire, certains sont prêts à attraper le Covid - YouTube — RMC,

Après les réserves apportées la semaine dernière par le conseil scientifique, les manifestations hebdomadaires du samedi après-midi, voici maintenant que d’autres contestations se lèvent pour critiquer le pass sanitaire.

Par Olivier Maurice.

Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux a annoncé vouloir rencontrer rapidement le Premier ministre afin de clarifier la situation et surtout pour demander la suspension du pass pour accéder aux centres commerciaux.

La situation est, il faut le dire, un peu compliquée, entre les centres qui exigent le pass, ceux qui ont obtenu la levée de l’obligation par le tribunal administratif, ceux qui n’ont pas été soumis à l’exigence par décision préfectorale et ceux qui l’ont été, ceux dont la surface est inférieure à 20000 mètres carrés et ceux plus grands, ceux dont personne ne sait si le pass est exigé et ceux qui ont déclaré qu’ils ne l’exigeaient pas… La confusion n’est pas bonne pour le commerce.

Pas bonne pour le commerce et l’ensemble du secteur le ressent, affichant des chiffres d’affaires en baisse, non seulement dans les centres exigeant le pass, mais aussi dans les autres, même dans les centres commerciaux de plus petite taille.

Difficile de connaître l’impact qui, selon les sources, varie entre -50 % et -15 %, non seulement chez les professionnels de la restauration mais également dans les centres commerciaux et les autres grandes surfaces. L’affaire est devenue suffisamment sérieuse pour que le patron du Medef décide de monter au créneau.

Pass sanitaire sur fond d’imbroglio juridique et réglementaire

Du point de vue juridique, les choses ne sont pas beaucoup plus claires. La subtilité entre commerce alimentaire (non soumis au pass) et non-alimentaire (soumis au pass) a abouti à bon nombre de recours en justice, laquelle est à de nombreuses reprises revenue sur la décision préfectorale.

Tant est si bien que le gouvernement a décidé de saisir le Conseil d’État dans le but de faire annuler les décisions des tribunaux administratifs.

Du point de vue des petites entreprises et en particulier des petits commerces et des franchisés largement présents dans les galeries commerciales, la météo n’est guère meilleure, sans parler des magasins présents dans les centres mais ayant des entrées indépendantes, ceux vendant à la fois des denrées alimentaires et autre chose…

Le tableau s’est encore assombri ce lundi, avec l’obligation pour les employés salariés travaillant dans des lieux soumis au pass, de disposer également d’un pass sanitaire, multipliant encore plus les questions sur les cas particuliers et autres exceptions, comme les livreurs de repas à emporter.

Il n’y a pas que dans les commerces où la complexité réglementaire et l’incertitude règnent. Les professeurs de sport sont, quant à eux, soumis à une organisation qui frôle la totale schizophrénie, exemptés de contrôler leurs élèves dans le cadre des activités scolaires, mais forcés de contrôler les mêmes élèves pour les mêmes activités dans le cadre d’activités périscolaires, mais uniquement si celles-ci sont organisées dans un cadre associatif, et encore… pas si celles-ci relèvent de l’action sociale ou de l’organisation scolaire ou dans un cadre de formation, se retrouvant dans des situations où une partie des pratiquants se retrouvant ensemble sont soumis au pass et une partie non…

Le retour de vacances

Pour l’instant tout le monde semble faire preuve de patience et de bonne volonté, sans doute soucieux de ne pas se retrouver cataloguer dans la case complotiste-suprémaciste-râleur.

Mais les syndicats se réveillent également progressivement. Outre quelques actions localisées, principalement chez les pompiers et dans les hôpitaux, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, s’est ouvertement prononcé contre le pass sanitaire et s’est donné le mois de septembre pour à la fois mobiliser ses troupes, évaluer l’évolution de la situation et faire monter en mayonnaise les autres sujets sociaux, fixant d’avance une probable date d’ouverture des festivités syndicales pour début octobre.

La classe politique est quant à elle toujours aux abonnés absents, focalisée sur les batailles d’ego et les surenchères électoralistes en vue des prochaines élections, de quoi laisser libre cours à la montée de la grogne, de la surenchère et des amalgames avec les autres sujets de mécontentement qui ne manquent pas en ce moment : augmentation du prix de l’essence, fin du quoi qu’il en coûte, réforme des retraites, de l’assurance chômage…

Le capharnaüm habituel

Nous entrons dans la phase devenue habituelle de réaction. Après l’action, voulue rapide, ferme et implacable, la réaction lente, désordonnée, mais tout aussi implacable qui semble être devenue la marque de fabrique de ce gouvernement en termes de politique sanitaire. La même chose s’est déjà produite avec les masques, avec le confinement, avec les tests, avec le début de la politique vaccinale…

Mais modifier la ligne de conduite sur le pass sanitaire sera sans doute beaucoup plus délicat politiquement que ne l’ont été les multiples virages à 180 degrés précédents, même si quasiment plus aucun argument ne permet de soutenir encore la justification de celui-ci.

Le gouvernement français fera-t-il preuve de pragmatisme, comme l’a fait le gouvernement danois qui, après avoir été précurseur dans l’instauration du pass sanitaire dès le début de l’année, a finalement décidé d’abandonner celui-ci, voyant depuis plus d’un mois le taux de vaccination plafonner à 72 % de la population, ce qui est également le chiffres de vaccinés (une dose) atteint en France actuellement ?

L’occasion de conclure à un succès retentissant de la manœuvre gouvernementale, avant que les choses ne commencent à se gâter.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.