Vague delta et passe sanitaire : les enseignements

Photo by Mat Napo on Unsplash https://unsplash.com/photos/kQrBavaF-Fk

La vaccination libre a produit l’essentiel de la contribution du vaccin à la réduction de la mortalité, une division des décès de cinq à huit par rapport aux deux premières vagues.

Par Hadrien Gournay.

Instauré malgré les promesses contraires dans un contexte de crainte médiatique de submersion des hôpitaux par la vague delta, le passe sanitaire est un simple outil technique de lutte contre l’épidémie pour les uns, une atteinte grave aux libertés pour les autres.

Pour savoir si son intérêt sanitaire dépassait les contraintes subies par la population, j’ai recouru aux données les plus immédiatement disponibles. Il suffit de taper coronavirus France sur Google pour avoir accès à toutes les informations utiles (nombre de cas, décès, hospitalisation, vaccination). De même pour tout pays.  Je précise utiliser à chaque fois pour une date donnée la moyenne sur 7 jours correspondante.

De cette manière, nous mesurerons la gravité de la vague delta et l’utilité du pass sanitaire.

Une vague delta moins redoutable que prévu en Europe de l’Ouest

La plupart des médias avaient anticipé une vague delta assez redoutable.

Selon le journal Le Figaro du 7 juillet :

Une projection de l’Institut Pasteur envisage […], un nombre d’admissions à l’hôpital de 2500 personnes par jour.

Selon le quotidien Le Parisien du 13 juillet :

De nouvelles modélisations projettent un pic d’hospitalisations quotidiennes très élevé début septembre. Mais certaines mesures pourraient en limiter fortement l’ampleur.

Le 23 juillet LCI s’interrogeait :

Se dirige-t-on tout droit vers la saturation des hôpitaux ?

et reprenait une déclaration d’Olivier Véran :

Toutes les modélisations sont concordantes, elles nous prévoient un pic épidémique à la fin de l’été qui viendrait encombrer nos services hospitaliers si rien n’est fait.

Le même jour, la même chaine d’information évoquait « 50 000 à 150 000 cas par jour« .

Le 25 juillet Le Figaro interrogeait un directeur d’ARS et alertait sur « un risque majeur pour les hôpitaux ».

Qu’en a-t-il été de ces projections dans la réalité ?

Certains pays ont connu leur pic de contamination et de décès quand d’autres ont seulement atteint le pic de cas

Ils ont connu le pic de contamination en juillet et le pic de décès en août

Quatre de nos voisins ont atteint leur pic de contamination fin juillet et de décès début août. Nous avons nous même atteint le pic de cas le 16 août et le pic de décès le 29 août. Ramenés à la population française, le nombre de décès va de 27 pour les Pays-Bas à 120 pour nous. Alors que le nombre des contaminations semble assez proche des autres vagues, notamment pour le Royaume-Uni, le pic des décès est très inférieur.

Ils ont atteint le pic de cas mais pas le pic de décès

Pour ceux de nos voisins qui n’ont pas atteint le pic de décès, le nombre de décès prévisibles ramené à la population française irait de 28 à 68. La France fait moins bien que tous ses voisins.

Une vague inférieure aux précédentes

Dans tous ces pays ni le pic de décès pour ceux qui l’ont atteint, ni la vitesse de progression du virus pour les autres, ne correspondent aux prévisions pessimistes abondamment relayées par les médias. En France, l’observation des contaminations suggère que la quatrième vague a débuté le 28 juin et atteint son pic le 16 août après 49 jours. La durée de la vague serait donc de 100 jours en tenant compte de la phase descendante. Le taux de décès quotidien de l’ensemble de la vague est bien évidemment inférieur à son pic. En prenant tous les sept jours une moyenne des décès du début de la vague à son pic, on peut estimer le nombre de décès quotidien de la phase ascendante de la vague à 63,5 par jour.

Non seulement la vague delta ne peut se comparer aux précédentes mais son taux de décès journalier est également inférieur à celui d’une grippe. Cette dernière tue en moyenne entre huit et dix mille personnes chaque hiver selon santé publique France. Les chiffres se rapprochent également de ceux de la pneumonie qui faisait 12 000 morts en 2017 soit approximativement 33 décès par jour.

Le défenseur du passe sanitaire pourrait rétorquer que sa mise en place explique ces chiffres rassurants. Par exemple, Olivier Veran annonçait un pic épidémique à la fin de l’été « si rien n’est fait ». Or quelque chose a été fait puisque le pass a été instauré

Qu’en penser ?

Effets du passe sanitaire

Selon ses défenseurs le pass réduit la mortalité épidémique de deux manières. Il incite les gens à se vacciner et écarte les personnes contagieuses des lieux propices à la contamination.

Pourquoi alors avons-nous eu plus de décès que nos voisins qui n’ont pas adopté cet instrument ?

Comparaison avec nos voisins

Ni l’Espagne, ni le Royaume-Uni n’y ont eu recours. Les Pays-Bas ont pris la décision peu avant le pic de contamination, il n’a donc pu produire d’effets. Au Portugal, il s’appliquait uniquement le week-end.

Cela ne signifie pas que le passe n’a aucune efficacité mais que d’autres variables prédominent. Comment expliquer que le passe ne nous a pas permis de faire mieux que nos voisins ?

Un simple rattrapage

Tout d’abord notre performance a seulement amorcé un rattrapage. Un partisan du passe pourrait à bon droit rappeler que la relation à prendre en compte est entre le taux de mortalité d’une période et tous les vaccinés et non les seuls vaccinés de cette période. De ce point de vue, nous étions plutôt en retard au moment des annonces. Cependant, les vagues deltas étant plus précoces dans les autres pays, il faudrait tenir compte des taux de vaccination antérieurs pour eux. Avec ce critère, la France obtiendrait la deuxième place derrière le Royaume-Uni.

Mais alors, si la France a amorcé un rattrapage a-t-elle évité que la situation ne soit largement pire ? Le pass aurait-il joué son rôle ? Il semble que non en raison d’effets trop tardifs.

Des effets trop tardifs

Les deux aspects du pass ont eu des effets trop tardifs pour réellement impacter la vague delta. L’éloignement des personnes contagieuses n’a pu produire ses effets avant le 9 août. Il s’agit de l’entrée en application du pass. A cette date l’inflexion de la courbe avait commencé, montrant que nous nous rapprochions du pic des contaminations.

Cela peut paraitre plus étonnant dans le cas de l’incitation à la vaccination. Il n’est pas toujours nécessaire qu’une mesure soit en vigueur pour produire des effets. Les nombreuses prises de rendez-vous suivant son discours ne montrent-elles pas l’impact des annonces du 9 juillet d’Emmanuel Macron ?

Incitation à la vaccination

L’évolution du taux de vaccination a été le suivant (graphique) :

  • 9 juin…………….  44 vaccinés dont 20,1 avec deux doses
  • 9 juillet………….  53,6 dont 37,1 avec deux doses (+ 9,6 et + 17)
  • 9 août……………. 67,3 dont 50,9 avec deux doses (+ 13,7 et + 13,8)
  • 2 septembre…… 72,7 dont 61 avec deux doses (+ 5,4 et + 10,1)

Au total, sur la base de la comparaison du mois précédent les annonces avec le mois suivant, la baisse des secondes doses a compensé la hausse des premières doses. Certes, le fait d’engager quelqu’un dans la vaccination importe plus. Ceci dit, l’effet définitif des annonces reste incertain sur ce plan. Peut-être ont-elles accéléré le processus de vaccination des moins pressés tout en en radicalisant d’autres dans leur refus.

Retenons un chiffre Macronien de 4,1 % de vaccinés supplémentaires, soit 2 700 000 français.

Un faible effet sur les décès

Il reste que les annonces n’ont sans doute réduit que de manière très marginale les décès. Tout d’abord, le pic de cas a eu lieu le 16 août, 5 bonnes semaines après les annonces mais les « vaccinés Macron » ne se sont pas tous vaccinés le premier jour, n’ont pu recevoir souvent qu’une seule dose et l’effet de chaque dose réclame un délai. Imaginons deux vaccinés recevant chacun une première dose, l’un dans la première moitié des cinq semaines, l’autre dans la seconde. Le premier aura une protection de 60 % dans la seconde moitié, l’autre à la toute fin. Cela donne au total un effet de protection de 15 %.

A partir de là il est possible d’estimer le nombre de décès évités par les incitations à la vaccination. Les non vaccinés représentant 78 % des décès, il est possible d’estimer le nombre de décès quotidien de non vaccinés à 49 (63 x 78 %). Le nombre de non vaccinés pendant la phase ascendante de la vague pourrait être estimé à 26 800 000, soit 40 % de la population. Ce chiffre résulte d’une moyenne entre le taux de vaccination du 9 juillet et du 9 août. Nous obtenons ainsi un ratio quotidien de décès par non vaccinés de 1/547 000. Ainsi en ayant incité 2 700 000 personnes à se faire vacciner Emmanuel Macron aurait évité 4,9 décès quotidien en cas d’efficacité totale et immédiate du vaccin. En tenant compte du taux d’efficacité de 15 % estimé tout à l’heure, nous concluons que 0,7 décès par jour auraient été évités.

Un élément est cependant susceptible d’accroitre l’effet des annonces présidentielles. En leur absence, l’augmentation du nombre de cas pourrait être proportionnellement plus important que le nombre de non vaccinés supplémentaires.

Enfin, notre stratégie vaccinale explique nos mauvais résultats comparatifs.

Mauvaise stratégie vaccinale

Nous avons essentiellement concentré les progrès de la vaccination sur les jeunes, catégorie moins susceptible de développer des formes graves, réduisant d’autant les bénéfices de la vaccination sur la réduction de la mortalité.

Au total, retenons que la vaccination libre a produit l’essentiel de la contribution du vaccin à la réduction de la mortalité, une division des décès de cinq à huit par rapport aux deux premières vagues.

 

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.