Pass sanitaire : lettre à un ami que j’ai perdu

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OPINION : le pass sanitaire divise les Français au point d’engendrer de nombreuses ruptures familiales ou amicales. C’est l’objet de cette lettre que j’adresse à mon ami.

Par Bertrand Joubeber.

Le pass sanitaire divise les Français au point d’engendrer de nombreuses ruptures familiales ou amicales. En ayant été victime, j’ai constaté la difficulté, pour un opposant au pass sanitaire, de faire entendre son point de vue. C’est l’objet de cette lettre que j’adresse à mon ami et que je partage ici dans l’espoir qu’elle permette à notre entourage de mieux nous comprendre. Avec l’espoir de se retrouver bientôt ?

Mon cher Grégoire,

Suite à ton invitation initiale, tu m’as annoncé que, finalement, tu me refusais ton hospitalité quand je t’ai indiqué que je ne souhaitais pas me faire vacciner.

Tu m’as expliqué que j’étais irresponsable, que je mettais la vie des autres en danger, que tu refusais de payer les soins hospitaliers pour les autres, que le vaccin est la seule solution pour éviter de nouveaux confinements, etc.

Je suis triste parce que je crains aujourd’hui que notre amitié ne soit brisée. 

J’ai décidé aujourd’hui de prendre ma plume pour que tu comprennes ma position.  Je veux t’exposer ici les raisons qui m’amènent à rejeter à la fois le pass sanitaire et l’obligation vaccinale qui en découle.  

Les arguments des opposants au pass sanitaire exposés dans les médias ou les réseaux sociaux me semblent peu pertinents ou incomplets, seuls les plus excessifs étant relayés pour mieux les discréditer. 

En guise d’introduction, je te rappellerai d’abord que je ne suis pas contre les vaccins, ni contre ce vaccin contre la covid-19 (je ne suis pas antivax). J’ai, en particulier, demandé avec insistance à ma mère de se faire vacciner en raison de son risque élevé dû à son âge (75 ans).

Comme tout vaccin, comme tout médicament, le choix de son administration doit dépendre d’une évaluation personnelle du risque/bénéfice. Après avoir étudié le sujet, si j’estime que ce risque/bénéfice est clairement favorable pour ma mère, je considère que ce risque/bénéfice est défavorable pour moi (51 ans) et mes 3 enfants.

Un élément clé qui a déterminé mon choix provient du fait que nous disposions de peu de recul par rapport aux risques du vaccin covid-19. L’histoire de la médecine a montré sur ce point que la prudence est de mise pour avoir une vision complète des risques et effets à long terme de tout médicament/vaccin.

Mon choix a également été pris en parfaite connaissance de mon risque personnel à la fois en termes d’infection (4-5 % de probabilité) et de mortalité (inférieur à 0,1 %) selon les données connues et publiées.

Je sais que tu entends mon choix… même si, comme tu me l’as dit, tu as de bonnes raisons de ne pas l’accepter dans le cadre d’une vie en société ! En somme, selon toi, ma liberté de choix ne devrait pas pouvoir s’appliquer en l’espèce dans la mesure où mon refus de la vaccination met la vie des autres en danger.

Dans ce cadre, j’ai compris que tu considérais le pass sanitaire comme une juste mesure puisqu’elle garantit ma liberté de choix sans faire peser de risques pour les autres en limitant ma liberté de mouvement (dans les restaurants, les trains, etc.).

C’est cette vision que je conteste et qui me semble dangereuse. J’apporterai  deux types d’arguments : philosophiques/politiques (les plus importants) et pratiques.

Une question de citoyenneté

Comme je l’ai appris à l’école, être citoyen français c’est adhérer, respecter les principes de notre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Dans ce cadre, si je m’oppose au pass sanitaire, c’est essentiellement pour une question de citoyenneté. Le pass sanitaire est une négation manifeste de notre identité française, de notre Nation, de nos valeurs. 

C’est  d’ailleurs pour cela que nous ne comprenons pas, nous les opposants au pass sanitaire, pourquoi nous ne sommes pas rejoints par l’ensemble du peuple français car nous considérons que nous défendons en définitive notre identité nationale. L’incompréhension est, dans cette histoire, mutuelle et partagée. 

En quoi donc le pass sanitaire est contraire aux principes de notre citoyenneté française tels que définis dans la Déclaration de 1789 ? 

Je ne vais pas m’étendre sur les atteintes à la liberté et l’égalité de droit (sur la base d’une différence de statut vaccinal) que constitue le pass sanitaire tant cela semble évident. Néanmoins, ces atteintes constituent la raison fondamentale de mon opposition à ce dispositif en ce qu’elles remettent en cause notre acceptation de la citoyenneté française.

Je constate d’ailleurs, sur ce point, que les partisans du pass sanitaire semblent ne pas se rendre compte de la réalité de cette discrimination et de cette privation de liberté quand, comme moi, on la subit au quotidien. 

Ce pass entrave de manière importante ma vie quotidienne et celle de mon entourage puisque je n’ai déjà pas pu accompagner ma mère à l’hôpital pour ses soins (malgré le port du masque), que ma fille non vaccinée n’a plus le droit de pratiquer une activité sportive en groupe, que je ne peux pas partager des moments de convivialité avec mes amis au restaurant, etc…

L’égalité de droit (accès aux lieux) est clairement remise en cause par le pass sanitaire en ce qu’il fait une différence entre les Français sur un critère de santé. La santé, comme le sexe ou la race, est une caractéristique intrinsèque à chaque personne. Discriminer les Français sur cette base constitue ainsi une atteinte grave au principe d’égalité de droit entre les Français. 

À l’argument d’un pass sanitaire liberticide, je sais que tu m’as rétorqué que la liberté n’est pas absolue et qu’elle s’arrête là où commence celle des autres.

Je conteste la validité de cet argument puisque la liberté, telle qu’elle est définie dans la Déclaration de 1789, consiste à « pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. »

En l’espèce, lorsque je (personne non vaccinée) fréquente des lieux où des personnes vaccinées sont présentes, j’exerce un droit (liberté de mouvement) qui n’empêche pas les vaccinés de se rendre dans les mêmes lieux. Autrement dit, l’exercice de mon droit n’empêche pas les autres d’exercer ce même droit.

Je connais bien évidemment l’objection qui s’ensuit : j’empêcherais dans la pratique l’exercice de ce droit aux personnes vaccinées en les mettant en danger.

Cette objection est aussi inopérante que fallacieuse puisque, étant vaccinées, ces personnes sont protégées ! 

C’est bien le rôle et la fonction première d’un vaccin (Substance pathogène qui, inoculée à un individu, lui confère l’immunité contre une maladie selon le dictionnaire Robert), qui est rappelé par le gouvernement (Tous vaccinés, tous protégés) ou encore l’INSERM (La vaccination consiste à protéger un individu contre une maladie en stimulant son système immunitaire).

À cette remarque, je sais que tu pourras objecter : « oui, mais le vaccin n’est pas 100 % efficace, alors tu mets bien la santé des autres en danger ».

Certes, la protection n’est pas 100 % efficace, mais les laboratoires et le gouvernement communiquent sur une efficacité de 90 %-95 % contre les formes graves et les décès ! 

J’espère qu’étant toi-même vacciné, tu souscris à cette analyse ! Et d’ailleurs, personnellement, j’y souscris aussi (et c’est la raison pour laquelle j’ai demandé à ma mère de se faire vacciner). Tu vois, je ne suis nullement un affreux complotiste ou antivax ! 

Si une division du risque de formes graves et de décès par 10 ou 20 n’est pas suffisante à tes yeux, j’en déduis que tu souscris à l’objectif de viser une protection à 100 % par la vaccination collective. 

Autrement dit, j’en déduirais que les atteintes à nos principes fondamentaux seraient justifiées par l’objectif d’éliminer tout risque, à empêcher toute forme grave et tout décès (stratégie du zéro risque). 

C’est là, à mes yeux, un objectif politique dangereux. Vivre en société, c’est accepter le risque de vivre aux côtés des autres. 

Aucun gouvernement, aucune décision politique ne doivent avoir pour objectif de tout faire pour sauver des vies. Ce serait un gouvernement totalitaire dont personne ne voudrait. De surveillance absolue. Les junkies seraient séquestrés pour des cures de désintoxication, les fichés S systématiquement en rétention administrative préventive, les gens seraient empêchés de nager dans des piscines, fumer ou boire, personne ne serait autorisé de conduire une voiture à cause des risques d’accident, de blessés ou de morts, etc.

Quoi que je fasse, mes actions, même anodines, auront toujours des conséquences plus ou moins lointaines et plus ou moins graves pour autrui, que je le veuille ou non. Ce sont les externalités (positives ou négatives) de toute vie en communauté, bien différentes de la mise en danger de la vie d’autrui.

C’est la raison pour laquelle le droit à la vie ou droit à la santé ne font pas partie des droits naturels de l’Homme. Ils ne sont même pas mentionnés dans la Déclaration de 1789. En aucun cas, la santé ou la vie ne sont des droits naturels. 

Nos rédacteurs de la Constitution avaient une grande culture juridique qui leur permettait d’entrevoir toutes les dérives totalitaires de l’invocation de ces droits en lieu et place de la liberté et de l’égalité. 

Pour le dire autrement, il n’y a rien au-dessus de ces droits. La santé ou la vie ne peuvent avoir de prééminence sur la liberté, il n’y a pas de liberté conditionnelle au nom de la santé.

Mettre la santé, la vie ou même l’environnement (comme Macron a souhaité le faire en inscrivant au 1er article de la Constitution que La France garantit la préservation de l’environnement) au-dessus ou au même niveau que la liberté et l’égalité est une dérive totalitaire.

Je refuse que le triptyque Bonheur, Santé, Environnement remplace Liberté, Égalité, Fraternité sur notre drapeau français l Ce ne sont pas là les valeurs de la France. 

En tout cas, si c’était le cas, je ne me considérerais plus comme citoyen français et j’en tirerais toutes les conséquences.

Voilà pourquoi je refuse le pass sanitaire puisqu’il est une atteinte grave à nos droits naturels qui sont, je le rappelle, des droits inaliénables, imprescriptibles et sacrés ! Les mots sont forts, les adjectifs sont clairs. 

Rappelons que nos constituants de 1789 les ont établis parce que « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements » !

Respectons nos ancêtres et reconnaissons leur clairvoyance, leurs Lumières : ils savaient de quoi ils parlaient et combien les droits naturels sont un rempart contre l’absolutisme !

 

La manipulation de l’argument guerrier

J’entends aussi dire : “Oui, c’est vrai, mais la Constitution prévoit des mesures d’exception en période exceptionnelle, pour une durée limitée. C’est bien le cas en temps de guerre où nos principes sont mis de côté pour répondre à l’urgence et défendre notre pays”.

Je comprends et j’accepte qu’en cas de circonstances exceptionnelles (en particulier en cas de guerre), l’impératif d’efficacité puisse nécessiter de porter atteinte à nos “droits naturels”.

Mais la mise en place de ces mesures d’urgence ne peut être justifiée que par un seul but : la défense de nos valeurs. 

A cet égard, la guerre est bien justifiée par l’enjeu puisqu’il s’agit de défendre notre Nation, c’est-à-dire non seulement notre territoire mais aussi nos principes. Ce sont nos valeurs, autant que notre pays, que nous défendons en temps de guerre. 

C’est d’ailleurs bien pour cette raison que E.Macron, veut nous faire croire que nous sommes “en guerre” contre le virus. La rhétorique guerrière lui permet de justifier la forfaiture du pass sanitaire.

Or, le parallèle est fallacieux puisque nous ne sommes absolument pas ici dans une attaque contre notre Nation (sauf à considérer que le virus a été créé dans cette intention par les Chinois). 

La “guerre” n’est donc en aucun cas légitime. 

Les mesures exceptionnelles portant atteinte à nos droits fondamentaux ne sont ainsi pas justifiées par cette “urgence d’une Nation en danger” ! Ni notre territoire, ni nos valeurs qui fondent notre Nation, ne sont menacés.

L’argument du coût de la non-vaccination

Enfin, l’argument selon lequel les personnes non-vaccinées feraient supporter à la “communauté” le coût de leur “égoïsme” est un argument qui relève à la fois de calculs relatifs et qui est contraire à notre système de santé.

En effet, si on commence à faire ces calculs des coûts de la non-vaccination pour l’hôpital, alors il conviendrait aussi de faire les calculs du coût du pass sanitaire au global. En particulier en prenant en compte les chutes de recettes fiscales suite à la baisse d’activité liée à l’instauration du pass sanitaire (dans les restaurants, les cinémas, les centres sportifs, etc…).

Ensuite, le calcul du coût individuel de la santé plaide en faveur d’un système de santé fondé sur la responsabilité individuelle. C’est donc une plaidoirie pour un système opposé à notre système fondé sur la solidarité (ou, selon son opinion, sur le collectivisme). 

En tant que libéral, je suis plutôt favorable à cette approche individualiste de l’assurance santé, mais je constate qu’en d’autres circonstances, cette approche est qualifiée “d’individualiste”, “d’égoïste” par ses pourfendeurs.

Comme quoi, les “égoïstes” ne sont pas forcément ceux que l’on croit ! 

Mon cher Grégoire, je fais le voeu que mon argumentation t’aura permis de comprendre (à défaut de l’accepter) pourquoi je considère le pass sanitaire comme injustifié et dangereux pour nous, Français.

Soyons unis, restons amis et retrouvons nous ensemble autour des valeurs que nous partageons tous. Refusons qu’elles soient manipulées contre nous. 

Amicalement,

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