Jean-Paul Belmondo, la nostalgie d’une France libre et optimiste

L’optimisme, le rire et la légèreté du Belmondo acteur étonnent aujourd’hui. Dans un pays devenu globalement pessimiste sur son avenir, l’acteur virevoltant apparaît comme un ovni du siècle dernier.

Par Frédéric Mas.

Ce jeudi, la France rend hommage à Jean-Paul Belmondo, l’un de ses plus illustres acteurs, mort lundi dernier à l’âge de 88 ans. Avant même que la cérémonie prévue aux Invalides ne commence, toute la presse nationale et internationale s’est empressée de saluer la mémoire de ce monstre sacré du cinéma. Sur les réseaux sociaux, ce sont des centaines de milliers d’anonymes qui ont fait part de leur tristesse. Avec la mort de Belmondo, c’est une certaine image de la France, individualiste, populaire et frondeuse qui disparaît. Avec plus de 80 films à son actif, « Bébel » a tout joué.

Belmondo le rebelle

Dans la vraie vie comme sur l’écran, c’est un garçon turbulent qui a du mal à se conformer aux règles et aux institutions. Inscrit dans les meilleures établissements du petit milieu parisien, il se fait exclure de l’école alsacienne et préfère le sport à l’étude, en particulier le football et la boxe. Il n’entrera jamais à la Comédie française après le conservatoire : le jury le saque pour son attitude désinvolte. Il fait pourtant un triomphe face au public. Il adressera un bras d’honneur aux jurés.

Si la carrière de Belmondo s’envole au moment de la Nouvelle Vague, quand il tourne avec Chabrol, Godard ou Melville, c’est à partir des années 1970 qu’il devient un héros de cinéma populaire en incarnant un personnage qui deviendra récurrent, celui du rebelle, flic ou voyou, marginal ou encore professionnel, qui agit avec une fausse désinvolture qui deviendra vite sa marque de fabrique.

Dans Le professionnel (1981), il incarne Joss, un espion balancé en pâture par sa hiérarchie à un dictateur africain pour des raisons de politique politicienne. Dans  Flic ou Voyou (1979), le commissaire Borowitz utilise des méthodes très personnelles pour nettoyer Nice de sa criminalité et protéger sa fille. Borsalino (1970) le met face à un autre monstre sacré du cinéma, Alain Delon, cette fois-ci dans le rôle tragique d’un mafieux trop ambitieux.

Individu libre face à la hiérarchie politique ou policière, marginal habile qui se joue des règles avec le sourire, Belmondo exécute ses cascades lui-même et ne dédaigne pas de faire dans le cinéma populaire, ce qu’une partie de la critique ne lui pardonnera jamais. En effet, comment passer de À bout de souffle ou Pierrot Le Fou au Guignolo (1980) ou à L’Homme de Rio (1964) ?

Là encore, par son talent Belmondo pouvait se permettre le pied-de-nez permanent aux critiques parisiens qui se désolaient de le voir préférer les scènes d’action au cinéma expérimental. Fascisant pour les âmes sensibles biberonnées à l’esprit de mai 68, l’acteur professionnel n’a pourtant jamais caché son engagement syndical auprès du SFA-CGT de 1963 à 1966.

La France de Belmondo était populaire. C’était celle du bistrot de Un Singe en Hiver (1962), des comédies de Georges Lautner et Philippe de Broca, à des années-lumière d’un cinéma français contemporain tiraillé entre des blockbusters sans âme et des films intimistes sans public.

L’optimisme, le rire et la légèreté du Belmondo acteur, même face à l’adversité, étonnent aujourd’hui. Ils détonnent même. Dans un pays devenu globalement pessimiste sur son avenir, l’acteur virevoltant, aimant boire, fumer et flirter apparaît comme un ovni du siècle dernier. Certains esprits grincheux contemporains lui trouvent même la masculinité « toxique », le goût pour les armes et la bagarre choquant, et voudraient l’oublier le plus vite possible. C’est qu’il dérange encore, et que dans un monde menacé par le conformisme et la sinistrose, Belmondo reste synonyme de classe et de liberté pour tous.

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