Pass sanitaire : une mise en pratique infernale

Passeport by LLudo (Creative Commons) (CC BY-NC-SA 2.0)

Une société construite sur ces prémices où toute morale a été soigneusement expurgée, ne peut rien produire d’autre que de la misère.

par h16

Et alors que se poursuit gentiment le parcours institutionnel de la loi encadrant la mise en place d’un apartheid sanitaire en France (c’est-à-dire, selon la définition acceptée de tous, la discrimination voire l’exclusion d’une partie de la population qui ne dispose pas des mêmes droits, lieux d’habitation ou emplois que le reste de la collectivité), des petites difficultés commencent à apparaître dont on se demande quelle pirouette permettra de les camoufler.

Eh oui : si dans la bouche de nos frétillants énarques, de nos vigoureux ministres et de nos sémillants députés, le pass sanitaire permettra de résoudre les problèmes sanitaires français, il n’aura vraisemblablement qu’un effet marginal sur d’autres soucis bien français que l’actualité nous rappelle avec insistance.

C’est ainsi que les jours passés furent l’occasion de vérifier que les gentils quartiers émotifs n’étaient pas plus calmes à présent qu’un contrôle supplémentaire pointe son nez : une fois encore, les forces de l’ordre ont été prises à partie lors de différentes petites manifestations de ce vivrensemble énergique que la pandémie n’a clairement pas affecté.

Et voilà que deux policiers sont agressés en dehors de leur service, dans le 11ème arrondissement à Paris. Très manifestement, les gestes barrières n’ont pas été respectés et on espère que les deux agents ne seront pas contaminés par le méchant virus.

Et voilà qu’à Toulouse, ce sont trois policiers qui ont été agressés par une toxicomane : aspergés d’ammoniaque, on peut raisonnablement penser que le virus n’aura pas survécu.

Et voilà qu’à Bonneuil-sur-Marne, un policier a été brûlé après des tirs de mortiers d’artifice lors d’une intervention qui démontre encore une fois que les jeunes ont su, malgré les confinements, les restrictions et l’instauration du pass sanitaire, conserver un esprit résolument festif et respectueux de la distanciation sociale que permet justement ce genre de mortiers.

Et voilà qu’une fusillade ou une autre éclate dans le pays qui, pour rappel, interdit fermement le port d’arme et se fait fort de ne pas être peuplé de ces cowboys irascibles comme on en voit trop outre-Atlantique, n’est-ce pas.

Ces faits divers, dont certains déclenchent même l’inévitable intervention du petit ministre du moment, rappellent qu’on tente donc d’instaurer une immonde vexation liberticide supplémentaire dans ce pays où règnent l’ordre, la loi et l’unité républicaine dont se gargarisent nos politiciens.

À ces éléments, on comprend déjà qu’il va y avoir comme une différence palpable entre la loi pratiquée à certains endroits et pour certains occupants du territoire français et celle qui sera imposée aux classes laborieuses, à ces sans-dents qui ne sont rien, à ceux qui, finalement, payent les salaires de ces politiciens, de ces préfets, de ces députés et de ces ministres qui, actuellement, s’enorgueillissent de mettre en place cet apartheid.

Ségrégation vaccinale dont les contours sont de jour en jour de plus en plus flous à mesure que les exceptions, aménagements et bricolages législatifs s’empilent afin de tenir compte des réalités du terrain qui (l’imbécile !) ne se laisse pas faire : menaçant de faire grève en août, les routiers ont finalement obtenu que les restaurants qui les accueillent ne soient pas soumis à l’obligation de pass sanitaire. Le resto-routier va-t-il devenir une destination gastronomique des pestiférés antipass ?

En tout cas, la presse aura fort à faire pour expliquer ce qui est possible ou pas, ce qui est autorisé ou interdit, continuer à faire peur tout en essayant de minimiser les effets de bord maintenant nombreux de ces mesures iniques : tant du côté médiatique que du côté politique, on se tortille dans tous les sens pour expliquer comment les patrons vont bien pouvoir virer les salariés récalcitrants, et le moins qu’on puisse dire est qu’une nouvelle zone de droits étranges et alternatifs vient d’être découverte dont on se doute qu’elle va être rapidement explorée par toute une batterie d’avocats et de syndicalistes.

Pas de doute, l’instauration de ces complications administratives qui ne contribueront en rien à une quelconque lutte contre un virus maintenant endémique, promet un festival de petits pas chaloupés pour le gouvernement (deux en avant, trois en arrière, un sur le côté, deux dans le ravin).

Dans ce tableau, les forces de l’ordre vont se trouver dans une position intéressante, à l’interface de nombreuses occurrences d’un Deux Poids Deux Mesures ridicule, visible et rapidement insupportable : au Deux Poids Deux Mesures appliqué dans les cités sensibles et autres quartiers émotifs répondra le même arbitraire entre le citoyen (qui devra supporter un vaccin imposé par la bande pour pouvoir travailler) et le policier (dont le pass sanitaire restera facultatif pour exercer), ainsi qu’entre citoyens eux-mêmes (les routiers ou la grande distribution constituant les premiers exemptés d’une liste qu’on devine s’allongeant de semaine en semaine).

Avec son idée folle sur le plan administratif et stupide sur le plan médical, Macron fracture les familles, les entreprises et le pacte social en montant les forces de l’ordre contre les citoyens honnêtes, en divisant les citoyens entre eux en distribuant privilèges et exemptions, tout en sanctuarisant (par son inaction) les enclaves anti-républicaines.

Pire : le pass ne pourra fonctionner qu’avec la volonté des entrepreneurs de sanctionner leurs employés et trier leurs clients. C’est aussi le privé qui devra, par la délation, suppléer au travail des policiers qui ne seront jamais assez nombreux pour écraser la dissidence pardon contrôler les récalcitrants pardon les anti-pass pardon les complotistes.

Le pass sanitaire, invraisemblable bricolage technocratique sans plus aucun lien avec la médecine, n’aura aucun mal à se muer en passeport intérieur à la moindre occasion. La liberté de se déplacer, de commercer, d’interagir avec ceux que l’on souhaite disparaît maintenant en même temps que toute illusion d’égalité en droit qu’on faisait au moins semblant de conserver en France. Dans ce cadre, la population n’est plus qu’un ensemble de castes disjointes, montées artificiellement les unes contre les autres, se battant entre elles pour obtenir des petits privilèges de plus en plus iniques, dans une soupe de Deux Poids Deux Mesures qui ne favorise qu’un accroissement des tensions dont l’issue ne peut être que la frustration et la violence.

Une société construite sur ces prémices où tout humanisme et toute morale ont été soigneusement expurgés ne peut rien produire d’autre que de la misère. Le pays ne pourra pas se relever de cette épreuve sans une remise en cause brutale de tout son système social et une véritable purge de ses politiciens, à peu près tous dépourvus de la moindre colonne vertébrale.

Gouverné par des blobs, ce pays est foutu.


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