Pourquoi la taxe carbone aux frontières ne verra jamais le jour

OPINION : pour lutter contre « l’urgence climatique » a été inventée la notion d’écologie inclusive. Belle inclusivité que de construire une zone de 450 millions d’habitants où tout sera plus cher qu’ailleurs.

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Pourquoi la taxe carbone aux frontières ne verra jamais le jour

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 juillet 2021
- A +

Par Michel Negynas.

Calculer l’empreinte carbone seule d’un produit ou d’un service en vue de juger s’il est bon ou mauvais pour la planète est en soi stupide. Un produit peut être faible en CO2, mais incroyablement toxique, ou émettre beaucoup d’ozone… Le cas le plus connu est celui de l’automobile : le diesel fait baisser les émissions de CO2, mais augmente les émissions d’azote… c’est l’inverse pour les voitures à essence. Et alors ?

Mais que ce soit pour le seul CO2, ou l’ensemble des impacts environnementaux, calculer une « empreinte » est un casse-tête méthodologique et opérationnel. Cela crée certes des milliers d’emplois de consultants et de lobbyistes : on n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord au niveau mondial sur une norme détaillée, et les combats font rage entre industriels et environnementalistes, et même entre industriels, car il existe plusieurs méthodes générales qui ont toutes leur logique propre et qui conduisent à des résultats parfois très différents, selon les produits auxquels elles s’appliquent.

Des calculs complexes

Il faut avoir fait soi-même ce type de calcul pour en comprendre la complexité.

Sur les matières premières

Un produit est-il fabriqué avec du charbon, du pétrole, du gaz naturel conventionnel, du gaz de schiste, ou un mix de tout ça ? L’électricité utilisée est-elle issue de fossile, nucléaire, solaire, éolien, hydraulique, biomasse ? Pour le savoir, il faut avoir accès non seulement à tous les documents de fabrication, mais aussi au mix énergétique relatif à l’électricité consommée.

Pour les matières premières pondéreuses issues de minéraux, (verre, ciment, métaux) et pour les papiers et cartons, le problème principal, et il est de taille, est la prise en compte du recyclage. Or, toutes ces matières premières sont largement recyclées. Le calcul est évidemment très supérieur entre une matière neuve et une matière recyclée.

Comment décide-t-on d’introduire le gain dû au recyclage ? La première idée est de l’attribuer aux produits issus effectivement de matière recyclée. Sauf que ce n’est pas si simple : dans un monde où la consommation totale augmente, il n’y a pas assez de matière qui arrive en fin de vie pour tout fabriquer. Il n’y a donc aucune raison d’attribuer le gain du recyclage seulement à la matière effectivement recyclée.

Le choix d’utilisation de l’une ou l’autre n’est jamais un choix environnemental, c’est en général un choix purement technique. Ce dilemme est en discussion entre les acteurs depuis maintenant des décennies. Il n’y a pas de réponse unique. Or, cela fait varier les résultats du simple au double, parfois au triple ; et peut conduire à des aberrations environnementales, comme se forcer à utiliser du recyclé sur un produit, alors qu’il serait mieux utilisé ailleurs.

En outre, donner des avantages aux produits à matière effectivement recyclée conduirait sans doute, puisqu’il n’y en a pas pour tout le monde, à une inflation sur les prix totalement artificielle. Après vingt ans d’efforts pédagogiques, les experts n’ont toujours pas réussi à faire comprendre cela aux décideurs politiques et aux professionnels du marketing.

Pour les matières premières agricoles, c’est carrément de connaissances scientifiques factuelles dont on manque : séquestration du carbone entre prairie et forêt, forêt sauvage et forêt gérée, émissions des élevages… Les débats font rage entre experts.

Sur les produits finis

Calculer l’empreinte carbone nécessite de tracer la généalogie complète de tous les procédés de fabrication en détail de toutes les pièces, y compris, là encore, le traitement des déchets et leur impact. Si on veut le faire correctement, c’est un travail de Romain.

Et lorsqu’on agrège les produits intermédiaires pour faire un produit fini, c’est une « empreinte ajoutée » qu’il faut calculer… Lorsqu’on sait qu’un produit complexe peut comporter plusieurs milliers de pièces, issues de dizaines d’usines, de tous les pays du monde, avec les transports intermédiaires associés, on voit d’emblée le paysage.

On pourrait objecter qu’on peut simplifier, faire des approximations, négliger des étapes. La pratique montre qu’on peut très vite aboutir à des résultats non significatifs si on ne valide pas soigneusement ses choix par des analyses de sensibilité pointues.

Ces calculs, pour les entreprises qui en ont les moyens, leur sont utiles pour orienter leurs choix de fabrication en fonction de leur volonté de minimiser l’impact de leurs produits. Dans ce cas, leur choix de méthode et de base de données n’appartient qu’à eux. Mais en faire des éléments fiscaux… Bonjour les dégâts.

Les problèmes liés à la taxe elle-même

Les considérations précédentes montrent que le montant de la taxe, produit d’une valeur du carbone (qui devra d’abord être adoptée au niveau mondial) par un montant d’émissions affectées au produit importé serait un objet de litige permanent, en l’absence de norme mondiale pour le calculer.

Les données ne seront jamais accessibles, les États et les entreprises ne dévoileront pas leurs process de fabrication en détail sur la place publique. On aura au mieux un chiffre global, non vérifiable. Tout laisse à penser que tous les aciers importés, par exemple, seront produits à partir de ferrailles, dans des fours électriques alimentés par des éoliennes.

La taxe devra être une taxe nette, c’est-à-dire correspondre à la différence entre la taxe carbone (ou toute taxe plus ou moins reliée à l’environnement) en vigueur en Europe et les taxes correspondantes dans le pays qui exporte. Or, les taxes ne sont même pas unifiées en Europe elle-même !

Le mécanisme de la taxe, censée égaliser la contrainte entre les entreprises européennes et le reste du monde, est supposé calqué sur le système de quotas d’émissions (les « droits à polluer » en vigueur en Europe. Or, pour de nombreuses raisons, ce système est d’une complexité qui confine à l’absurde. En outre, la taxe aux frontières supprimera la justification actuelle d’attribuer des « droits à polluer » gratuits aux entreprises fortement émettrices (cimentiers, aluminium, acier, verre, briques, chimie) pour éviter une « fuite de carbone », c’est-à-dire la délocalisation des productions.

Or, les enjeux sont considérables. À 50 euros la tonne de carbone (en réalité CO2), cela double ou triple le prix de revient de ces matériaux ! Et l’on vise 250 euros/t à terme ! Pour l’acier, cela ferait 500 euros/t de taxe. Cela conduirait à une inflation énorme, insensée pour tous les produits européens. Et ces industries de base n’ont pas actuellement de technologies crédibles pour diminuer fortement leurs émissions.

Il est possible que dans un premier temps, la Commission fixe des montants globaux sur les matières premières seulement, pour des raisons d’opérabilité. Comme toujours en cas de protectionnisme sur les matières premières, le résultat ne réussira qu’à affaiblir la compétitivité des produits finis européens.

Taxer les produits finis, tous les produits en provenance de tous les pays, ce qui serait la vraie logique, nécessiterait par contre de construire une administration de plusieurs milliers de personnes, d’un haut niveau technique, tellement ce serait compliqué. Sans garantie que l’Organisation mondiale du commerce accepte tout cela sans rien dire… et en supposant que les entreprises hors d’Europe acceptent que leurs données de fabrication soient livrées aux fonctionnaires européens…

Parlons alors de l’inclusivité

C’est par la lutte contre le changement climatique que nous devrions, paraît-il, progresser sur les questions de pauvreté et inégalité. A été « inventée » pour cela la notion « d’écologie inclusive ». Belle inclusivité que de construire une zone de 450 millions d’habitants où tout sera plus cher qu’ailleurs.

La Commission ne s’en cache pas, c’est le prix à payer pour « sauver le climat ». Qu’à cela ne tienne : on aidera les plus pauvres à s’en sortir, avec l’argent des taxes. Un pas de plus vers une société administrée. Combler par des aides des inégalités artificiellement créées, encore une histoire de sapeur Camember.

Le spectre d’un giletjaunisme à l’échelle européenne sera, en définitive, l’autre raison pour laquelle il n’y aura pas de taxe carbone aux frontières de l’Europe.

 

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  • Cet article est très juste mais il manque un point essentiel. Tout ce cirque n’est pas déployé par hasard. Sous prétexte d’environnement la commission européenne a décidé de détruire l’économie. Cela va de l’agriculture avec les âneries de la « stratégie » de la ferme à la fourchette et cela continue avec des monstruosités destinées à couler l’industrie, en commençant par l’automobile et l’énergie.
    Mais comme le reste du monde ne prend pas cette voie il faut ériger des barrières protectionnistes. Ce dernier mot étant mal vu on parle de taxe carbone aux frontières… encore le prétexte de l’environnement.

    Lorsque l’économie européenne sera un champ de ruines, l’environnement sera la dernière de nos préoccupations. Visiblement les idéologues bruxellois n’ont pas compris ça.

  • l’impact environnemental de la moindre de nos action est une liste longue comme une encyclopédie…
    les emissions de CO2..on l’avantage de pouvoir être réduites ( très difficilement et ça nécessite souvent des choix arbitraires) à un chiffres..et les bureaucrates et les scientistes adorent les chiffres..on peut faire de jolies règles et de jolies taxes.

    mais il ya aussi l’impact sur la biodiversité..celui ci irréductible à un chiffre..

    la liste de toutes les pollutions chimiques, les aérosols, ..le bruit..la lumière artificielle associées à leurs locations ( qui changent leur impact)…

    bien entendu il y a aussi le calcul de l’empreinte carbone du calcul de l’empreinte carbone..il est assez étrange de commettre un crime pour constater un crime..

    le plus amusant est qu’on sait que grosso modo, dans un pays évolué donné , …le prix est un assez bon indicateur..

    et le plus amusant bien sur est que ceux qui s’en servent s’en foutent;.. les fameux camions qui transportent des tomates d’Espagne..ils n’en veulent pas.

    ils ont ajouté, bien obligé d’ailleurs la localisme , l’equité etc etc..

    l’écologisme politique est » je suis meilleur que vous . et j’ai raison »..

    donc on on construit des éoliennes en France car ça fait 40 ans qu’on explique que les gens étaient idiots de ne pas en utiliser au lieu du charbon ou du nucléaire..CO2 pollution atmosphérique?? bah..

    bon c’est analogue MACRON entouré de garde du corps armé qui explique aux citoyens que porter une arme est inutile pour se protéger..
    ou l’incroyable , car révélatrice , dénonciation du tourisme de masse..

    c’est les gueux qui consomment trop le problème..

    et les gueux vont finir par s’en apercevoir.

    je vous conseille de regarder l’histoire des nandous qui se baladent en Allemagne.

    il y a ce qui leur plait et le reste..

    et quand les écolos sont un tant soit peu éduqué scientifiquement, capables de faire une addition ils sont presque invariablement dans le  » il ya trop de gens sur terre ».. l’homme doit « faire la place  » pour la biodiversité..que l’homme de qualité pourra venir admirer.. ( parc naturel reintroduction du loup des ours..) ..

    Le pire…le mot écologisme a encore une connotation positive

  • Les Allemands se sont fourvoyés avec leur Energiewende et se rendent maintenant compte que leur industrie risque de souffrir beaucoup de l’augmentation considérable du prix de l’énergie. Alors, ils ont l’idée géniale de forcer les prix vers le haut pour tout le monde en Europe. Du coup, ça remet tous les concurrents au même niveau. Et il ne vous a pas échappé que Madame Von der Layen est allemande…

    • C’est l’inverse: les Allemands ne sont pas chauds pour la taxe, pour les raisons que j’ai indiquées: ils sont le plus grand exportateur du monde par habitant, tout protectionnisme leur est défavorable.

  • Ils y arriveront, c’est certain.
    La méthode, on attribue une note ecolo à un pays et on taxe en conséquence ses exportations, pas besoin de rentrer dans le détail. Si cette méthode est généralisée au monde entier et par tout le monde… C’est le retour des taxes douanières et la fin de l’omc. Un avantage pour nous , on exporte que de l’intelligence, zéro carbone.. Tant qu’on en a en stock mais cela commence à se faire rare, on ne mange plus assez de viande rouge ?

  • Comment taxer des produits chinois pas chers produits avec le courant décarboné des nombreux EPR en construction ?

    Vous avez dit ‘ balle dans le… pied ? C’est ça ? ‘

  • Qu’ils commencent d’abord par démontrer que le CO2 anthropique est pour quelque chose dans le climat !

    • A orldiabolo
      Tout à fait d’accord avec vous !
      Qu’ils commencent avant tout à prendre un peu de recule en relativisant l’Humain sur la planète Terre, et voir qu’il n’est qu’un microbe crapahutant sur elle. Dans un second temps qu’ils prennent en considération les lois de la Physique et les cycles régissant notre planète, inclure le rôle des océans dans l’émission ou l’absorption de CO2, et, in fine, de réaliser que notre système solaire n’est qu’un grain de sable dans notre galaxie, l’Homme ne représentant alors même plus une poussière !
      Les élucubrations des « réchauffistes » ne mentionnent jamais le rôle essentiel du soleil, ses cycles et ses « tempêtes » ayant une influence considérable sur notre climat, et passent sous silence l’influence de planètes comme Jupiter et Saturne.
      Le giec est présidé par un économiste (curieux ?), son vice-président étant un métrologue… ? Quand on constate que les prévisions météorologiques se trompent 3 fois sur 4… dispatche des « vigilance orange  » pour un simple un simple orage de 3 coups de tonnerre, n’a pas repéré ni décelé la tempête de 1999, on est en droit de se poser de nombreuses questions…

  • Il y a également un gros problème , c’est une fois de plus, l’ignorance de la population qui est persuadée par exemple qu’un produit venant de loin, par bateau, génère plus de CO2 qu’un produit produit localement (rayon 500 kgs ou plus).
    Alors que le transport maritime (et fluvial) est le plus économique (et écologique pour être dans l’air du temps) qui soit.

    Sinon, petite anecdote, j’ai un client qui change de boulot, pour se consacrer au bilan carbone des élevages, pour le compte d’un organisme agricole (Chambre d’Agriculture): typiquement l’exemple de mauvaise allocation des ressources: j’ai du mal à voir la valeur ajoutée de son job, à part ajouter des charges à une filière productive. On me rétorquera que les éleveurs pourront négocier des bilans carbone,… tout comme l’on faisait naguère, des trafics d’indulgence. On sait où cela a mené.

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