Le confinement a détruit les classes populaires aux États-Unis

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Les restrictions liées à la crise sanitaire ont engendré de graves inégalités économiques entre les foyers modestes et les classes aisées.

Par Alexandre Massaux.
Un article de l‘Iref-Europe

Les universités Harvard et Brown, et la Bill and Melinda Gates Foundation, relèvent dans une étude conjointe que les restrictions liées à la crise sanitaire ont engendré de graves inégalités économiques entre les foyers modestes et les classes aisées. Le taux d’emploi des premiers a baissé de 23 % tandis que celui des seconds a augmenté de 2,4 %.

Il y a un an, nous avions mis nos lecteurs en garde contre le confinement, une mesure inégalitaire. Les nouvelles données provenant du milieu universitaire américain et de la Fondation Gates confirment cette crainte. Regroupées sur le site tracktherecovery.org, elles montrent l’évolution depuis le début de la crise de plusieurs aspects économiques, comme l’emploi ou les revenus, non seulement au niveau national mais également par États.

Il en ressort que les divisions économiques se sont largement creusées entre les États américains, généralement démocrates, qui ont imposé d’importantes restrictions, et ceux, républicains, qui ont été moins contraignants.

Confinement : la situation économique des classes populaires sacrifiée

Les principales victimes des mesures de confinement sont les petites entreprises et les petits commerces. Au 1er juin 2021, au niveau des États-Unis, ils accusent une baisse de revenus de 29,7 %. Au niveau des États et à titre d’exemple, Washington DC est le plus touché avec une baisse de 50 %, suivi par le Massachussetts avec 43 % et New York avec 39 %.

La Floride, le Texas et la Californie se situent dans la moyenne avec respectivement 26 %, 35 % et 28 %. Ce sont l’Oregon et le New Hampshire qui s’en tirent le moins mal avec une baisse de 10 % et 14 %. Un pic a été atteint en mars 2020, avec une baisse nationale de 50 % (75 % à Washington DC).

Conséquence logique, beaucoup d’entreprises ont fait faillite, ou n’ont pas vu le jour : en juin 2021, la création de petites entreprises est estimée à -38 % par rapport à janvier 2020 au niveau national et -50 % à Washington DC. Un constat qui n’est pas sans importance car les petites entreprises représentaient 44 % de l’économie et 47 % des emplois du secteur privé en 2019. Même si ce secteur était en diminution depuis des années, cette baisse brutale et pour des raisons non économiques est néfaste.

De plus, la situation a engendré un taux d’emploi en baisse de 23 % pour les personnes à faible revenu (gagnant moins de 27 000 dollars) et en hausse de 2,4 % pour celles qui avaient un revenu élevé (plus de 60 000 dollars). Dans un certain nombre d’États, l’écart est encore plus marquant : au Massachussetts, baisse de 51 % pour les premiers, hausse de 15 % pour les seconds ; en Californie, respectivement -38 % et +10,9  % ; en Oregon, -38% et +15 % ; dans l’État de New York, -23 % et +11 %.

En revanche, dans quelques autres, la situation au niveau de l’emploi des classes populaires est meilleure qu’avant la crise : Floride +0,4 %, Caroline du Sud +2,1 %, Kentucky +2,4 %, Indiana +2,4 %, Alabama +9 %, Delaware +19,4 %.

Des États comme la Californie, New York et le Massachussetts payent leurs mesures sanitaires. Inversement, des États comme la Floride et d’autres plus ruraux vivent une situation moins dramatique.

Les différents plans de relance sous les administrations Trump et Biden n’ont eu aucun effet sur ces tendances. C’est compréhensible : on ne peut pas faire fonctionner un secteur entier juste avec des aides, surtout quand l’épée de Damoclès des restrictions reste suspendue.

Des divisions politiques

Beaucoup d’États républicains ont donc réussi à limiter les dégâts en étant moins stricts au niveau des restrictions. Rappelons que l’électorat du Parti républicain issu de la classe populaire ne cesse de grossir, face à un Parti démocrate soutenu par les plus aisés.

Une aggravation des inégalités économiques renforcerait le fossé entre les deux forces politiques, ce qui ne serait guère bénéfique à la cohésion de la société américaine compte tenu de la polarisation actuelle. Pourtant, les différents facteurs évoqués ci-dessus montrent que les États-Unis vont dans cette direction.

En outre, il est à craindre que les conséquences économiques et sociales soient les mêmes en Europe. Si la polarisation économique et politique y est pour l’instant moins forte, la situation américaine doit servir d’avertissement. Le « quoi qu’il en coûte » sanitaire devient de plus en plus une arme de destruction massive pour nos sociétés.

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