Élections régionales : 5 enseignements sur les résultats du premier tour

Screenshot_2021-05-1- REPLAY - Débat de l'entre-deux-tours : Marine Le Pen / Emmanuel Macron — LCI on Youtube,

Les régionales n’ont pas été la répétition générale de l’élection présidentielle comme le prévoyaient les éditorialistes et les commentateurs.

Par Frédéric Mas.

Situation exceptionnelle après ce premier tour : il n’y a aucun représentant du parti majoritaire national gagnant en régions. La Macronie subit une sévère défaite mais sans pour autant favoriser son rival favori le rassemblement national.

Élections régionales : le triomphe de l’abstention

Avec un taux de 66%, l’abstention au premier tour des élections régionales est record. En 2010, elle avait atteint 53, 67%, et en 2015 50,1%. Ajoutons qu’en 2020, lors des élections municipales, le taux d’abstention avait été de 54,5%, soit un électeur sur deux. Les circonstances de la crise sanitaire pouvaient expliquer le désintérêt des électeurs pour les élections locales à ce moment-là, mais pas pour les régionales.

Selon un sondage IFop-Fiducial pour TF1 en date du 20 juin 2021, 76% des personnes interrogées se sont désintéressées de la campagne des régionales contre 59% en 2015. 40% d’entre elles motivaient leur abstention par le fait que ces élections ne changeaient rien de leur vie personnelle, et 35% à la vie de leur région.

Plus inquiétant, c’est plus de 83% des 25/35 ans qui n’ont pas voté. La comm’ de l’Élysée avec Carlito et McFly n’a donc pas vraiment porté ses fruits.

Une défaite pour LREM et le RN

Les régionales n’ont pas été la répétition générale de l’élection présidentielle comme le prévoyaient les éditorialistes et les commentateurs. Le parti présidentiel n’obtient aucune région, et ses ténors, à l’instar du garde des Sceaux E. Dupond-Moretti, se font sévèrement retoquer.

La campagne d’Emmanuel Macron en France n’a visiblement pas suffi à retisser le lien indispensable entre la tête de l’État et ses administrés. On se souvient que le déplacement du président de la République a été marqué par la gifle qu’il a reçue lors d’un de ses déplacements dans la Drôme.

L’absence d’exécutifs en régions alignés sur celui national promet d’accroître l’isolement élyséen. Le pouvoir central ne pourra pas compter sur les échelons régionaux pour reconnecter avec les populations au moment de la présidentielle et devra entreprendre la poursuite de l’action publique sans lien politique direct avec les pouvoirs locaux.

Le Rassemblement national est en net recul par rapport à 2015.

Une seule région pourrait tomber dans l’escarcelle du Rassemblement national, à savoir la Provence Alpes Côte d’Azur. Et encore, rien n’est gagné. Thierry Mariani (RN) est au coude à coude avec Renaud Muselier (LR). Le candidat du rassemblement national arrive en tête avec 36,38%, le candidat des Républicains le suit avec 31,91%.

Jean-Laurent Felizia qui représentait la gauche n’a quant à lui obtenu que 16,89%. Seulement, son désistement va s’avérer décisif pour barrer la route au RN et laisser la place à Renaud Muselier. Déjà la tension monte, et Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, a déclaré sur FranceInfo que la formation écologiste ne soutiendrait plus le candidat si elle ne se retirait pas.

Régulièrement, l’abstention bénéficie au Rassemblement national. Ça n’a pas été le cas ici. Faut-il y voir un phénomène d’usure lié au statut de nouveau parti majoritaire de la formation d’extrême-droite ? En effet, le parti de Marine Le Pen domine dans les élections et les sondages depuis quelques années, ce qui le notabilise et lui retire l’attrait « révoltiste » qu’une partie de son électorat lui trouve. En d’autres termes, le « dégagisme » est peut-être en train de toucher le RN comme les autres formations politiques plus traditionnelles.

La droite en tête du premier tour des régionales

La droite LR et alliés arrive largement en tête du scrutin au premier tour. Ceci confirme la stratégie localiste de Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, qui trouvent dans ce scrutin une stature autant locale que nationale. Alors que la droite se cherche un leader, le discours tenu sur l’éloignement entre le pouvoir central et les collectivités locales parle aux électeurs et pourrait orienter les prochaines plateformes politiques pour la présidentielle.

La dépolitisation de l’échelon local

Le désintérêt pour les élections pose une nouvelle fois la question de la surpolitisation du pays. La France a-t-elle besoin d’autant d’échelons politiques pour être gouvernée ? Qui aujourd’hui connait les prérogatives des régions et des départements ? En 2019, les dépenses des régions s’élevaient à 32 milliards d’Euros. La dépolitisation de cet échelon entraîne donc également une crise du contrôle des dépenses locales.

Élections régionales : la crise de la démocratie locale

Qu’est-ce qui est en train de tuer la démocratie locale ? Il y a deux pistes à évoquer : la première, c’est l’extrême centralisation de l’État français qui rend les échelons locaux de moins en moins attractifs pour les citoyens. Si toutes les décisions principales se font hors de leur portée, alors l’implication civique se fait moindre.

Pour certains experts comme Claudy Lebreton et Olivier Rouquan, c’est un signal pour réformer l’État et lui imprimer une dimension régionale nouvelle : « le défi démocratique doit justifier la réorganisation territoriale : le cadre fédéral est ainsi le plus approprié pour stimuler un regain participatif. »

La seconde piste à explorer pour expliquer la défaite de la démocratie locale porte moins sur les institutions que sur l’offre politique : l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a provoqué l’explosion du paysage politique français. Domine depuis sur la scène nationale le duopole LREM/RN, atomisant au passage la gauche et la droite traditionnelles.

En polarisant le débat public, les formations politiques françaises n’offrent plus aucune alternative au populisme et au dirigisme technocratique macronien, c’est-à-dire à deux formes autoritaires en politique et socialistes en économie. Qui aujourd’hui pour défendre les libertés locales chères à Tocqueville ?

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