L’hybride, figure de l’âge d’or du numérique

Un entretien avec la philosophe Gabrielle Halpern, auteur de « Tous centaures ! Éloge de l’hybridation » (éditions Le Pommier).

Un entretien dirigé par Corentin Luce.

À travers la figure du centaure, les forces contradictoires qui font l’être humain soulignent le rôle du mouvement, cadre exprimant l’individualité (Sylvain Tesson, Lire, 1er janvier 2015). C’est précisément cette notion de flux permanent, mouvement incessant que Deleuze et Guattari utilisent pour préciser la mort de l’homme annoncée par Foucault (Mille Plateaux).

L’hybridation et le mouvement sont des impératifs vitaux pour comprendre et survivre en plein âge d’or numérique. Le post-humain du XXIe siècle n’a pas de commencement, ni de fin. C’est un rhizome, une tige qui court souterrainement, suivant sa propre logique, en se manifestant aléatoirement sous forme d’orties ou de roseaux. Le mouvement est son salut, de substance ou de matière il n’y a pas.

Le numérique consacre-t-il cette logique d’hybridation ?

Sommes-nous tous des centaures ?

Pour y répondre, Corentin Luce s’est entretenu avec Gabrielle Halpern.

Docteur en philosophie, chercheur associée et diplômée de l’École normale supérieure, Gabrielle Halpern a travaillé au sein de différents cabinets ministériels, avant de participer au développement de start-up et de conseiller des entreprises et des institutions publiques.

Elle possède également une formation en théologie et en exégèse des textes religieux. Ses travaux de recherche portent en particulier sur la notion de l’hybride et elle est l’auteur de Tous centaures ! Éloge de l’hybridation (Le Pommier, 2020)

 

Le terme même hybride, du latin ibrida (individu de sang mêlé) a vu son orthographe être modifié par rapprochement avec l’hybris grec qui fait référence à la violence démesurée, pouvant évoquer la notion de viol de la nature. Est-ce symbolique de la réalité qu’elle recouvre ?

Comme vous le rappelez, le terme hybride renvoie étymologiquement à l’idée d’une « bâtardise », à un mélange interdit, à un mariage improbable, qui a transgressé la norme, l’habitude, l’identité, l’ordre établi. C’est dans cette transgression que réside une forme de violence. Mais entendons-nous bien : ce n’est pas la nature, ni le monde, ni la réalité que l’hybride transgresse, – puisque la nature, le monde et la réalité sont hybrides -, mais la manière dont nous, êtres humains, les enfermons dans des cases. Ce que l’hybride transgresse avec violence, c’est notre manière d’aborder la réalité, en l’enfermant dans des silos et notre incapacité à penser ensemble des choses, des métiers, des situations, des secteurs, des générations, des entreprises, des mondes, des sciences, qui nous semblent contradictoires ou trop radicalement différents.

La question de l’hybride, à laquelle j’ai consacré de nombreuses années de recherche, à travers ma thèse de doctorat en philosophie1 notamment, est en ce sens-là fascinante, puisqu’elle interroge la question de l’identité (la bâtardise, le sang mêlé, c’est l’identité transgressée, c’est le « sans-identité » ou le « trop-plein d’identités »), la relation à l’autre, nos frontières mentales, notre rapport à la réalité.

Le terme hybride est gorgé d’un imaginaire négatif : dire de quelque chose ou de quelqu’un qu’il est un peu hybride n’est pas vraiment un compliment ! Le point de départ de mes travaux de recherche a donc été d’essayer de comprendre pourquoi nous avions un rapport si compliqué à ce qui est hybride. J’ai immédiatement fait un parallèle entre cette notion et la figure du centaure dans l’Antiquité grecque, – figure par excellence de l’hybride.

Grandes statues, petites sculptures ou tableaux de peinture, les centaures que vous avez croisés dans les musées ou dans les rues ont presque toujours été représentés par les artistes comme des monstres, des êtres peu recommandables, plutôt agressifs. Il faut dire que les textes qui nous viennent de l’Antiquité et qui décrivent ces êtres mi-homme mi-cheval sont peu bienveillants à leur égard et notre imaginaire a été nourri pendant des siècles par la crainte qu’ils suscitent en nous.

Le philosophe roumain Mircea Eliade écrivait que le mythe est « une histoire inventée pour répondre à une question ou à une angoisse2 »… Mais à laquelle de nos questions les centaures répondent-ils ? Et de quelle angoisse sont-ils le nom ? Le centaure représente cette part de la réalité dont nous nous méfions, parce qu’elle n’entre dans aucune de nos cases.

Il incarne le mélange, l’insaisissable, l’hétéroclite ; en un mot, l’hybride ! À l’hybride est inextricablement liée la notion d’imprévisibilité : si vous savez comment un cheval ou comment un être humain réagissent, vous ignorez quel sera le comportement du centaure et son imprévisibilité lui confère une forme de mystère, et donc de pouvoir, qui peut effrayer.

Ainsi en est-il de tous ceux qui n’entrent pas dans les cases, qui ont plusieurs vies, plusieurs formations, plusieurs métiers, plusieurs parcours, plusieurs cultures, plusieurs origines et identités, et qui sont si souvent marginalisés (hors des entreprises, hors des écoles, hors des institutions publiques, etc.) et incompris, alors qu’ils détiennent la clé permettant de faire dialoguer les mondes et de les hybrider.

Or, nous crevons de la juxtaposition des mondes, de ces silos à n’en plus finir, de ces cases stérilisantes où l’on veut nous ranger, de ces étiquettes qui nous étouffent et dont on veut nous affubler. Nous crevons de tous ces pur-sang qui ne comprennent pas que l’on puisse être musicien et peintre, artiste et chef d’entreprise, banquier et écrivain, politique et chimiste, homme et femme, religieux et sensuel, monstrueux et émouvant, sauvage et métaphysique.

Nous crevons de tous ceux qui ne comprennent que la consanguinité, qui haïssent les mélanges et qui passent leur vie à briser les contradictions en les résolvant ; de tous ceux pour qui A est A et A ne peut pas être non-A. Les centaures nous invitent à mélanger les maisons de retraite, les services de coworking, les résidences d’artiste, les incubateurs de startups, les salles de sport, les auberges de jeunesse et les jardins-potagers.

Ils nous encouragent à transformer les gares en musées et les musées en écoles. À hybrider les générations, à hybrider les genres, plutôt que de les juxtaposer et de les opposer. À hybrider les juristes et les designers pour créer de nouveaux contrats et mettre le droit au service de l’innovation ; à hybrider les matières pour fabriquer des matériaux inédits et durables ; à hybrider le scientifique, l’économique, l’administratif et le politique pour répondre au défi sanitaire. « Le jeu de l’art consiste à confondre les échafaudages, les nominations, les cellules, les superstructures », nous disait Friedrich Nietzsche…

Je récuse, en revanche, le rapprochement entre la notion d’hybride et l’idée d’hubris, qui est le sentiment de toute-puissance, de confiance excessive en soi, d’orgueil sans limites. Contrairement au pur-sang, le centaure vit par essence dans l’humilité, puisqu’étant à cheval ( !) entre plusieurs mondes à la fois, il est un passeur, un traducteur, une cheville ouvrière entre eux…

Mais aussi un éternel étranger. Il ne peut y avoir de confiance excessive en soi, lorsque les autres vous regardent comme un étranger. J’aimerais citer là les propos de Primo Levi, qui était à la fois chimiste et écrivain :

Je suis un amphibien, un centaure […] Je suis partagé en deux moitiés : l’une est celle de l’usine, je suis un technicien, un chimiste. L’autre, c’est celle avec laquelle j’écris.

Il poursuit ainsi :

Être chimiste aux yeux du monde et sentir couler dans mes veines un sang d’écrivain me donne le sentiment d’avoir deux âmes dans le même corps […] Je suis resté une impureté, une anomalie en tant qu’écrivain franc-tireur, non pas issu du monde des lettres ou de l’université, mais de celui de l’industrie.

Comment expliquez-vous ce processus d’hybridation qui semble caractériser notre époque ?

Cela faisait depuis des siècles que nous avions transformé notre cerveau en gigantesque usine de production massive de cases et que nous découpions en morceaux tout ce et tous ceux qui nous entouraient.

C’est en vertu de cette obsession que nous voulions qu’une école soit une école ; un restaurant, un restaurant ; ou un magasin, un magasin ! Nous maltraitions la réalité, parce que nous n’avions pas compris ou pas accepté le fait qu’elle contient une part importante d’incasable et d’insaisissable !

Or, progressivement, nous commençons enfin à nous réconcilier avec la réalité et à nous libérer des silos où nous voulions la faire entrer à marche forcée ! Nous acceptons peu à peu que le monde s’hybride, qu’il soit moins prévisible, qu’il entre moins dans nos cases et que l’hybridation soit en passe de devenir la grande tendance de notre temps.

Depuis plusieurs années, nous commençons à percevoir des signaux faibles dans presque tous les domaines de notre vie :

  • Si nous étions avant dans une société industrielle et que nous sommes passés à une société de services, il devient de plus en plus difficile de distinguer les deux et ils tendent à se confondre dans ce que l’on pourrait appeler une société des usages ou des relations… Même les bâtiments deviennent serviciels ! Il ne s’agit plus seulement de vendre un produit ou un service, mais de créer une relation dans laquelle les clients voudront bien entrer. Les modèles économiques classiques se réinventent donc ;
  • Les technologies font émerger des économies immatérielles, aux côtés de l’économie réelle ; ce qui invite les entreprises à entremêler les unes à l’autre pour proposer de nouvelles offres et conquérir de nouveaux marchés. L’analyse et la valorisation des datas, par exemple, ouvrent la porte à une ère du sur-mesure et de la personnalisation, qu’il s’agisse de votre mode de transport ou de vos vêtements ;
  • Les écoles, les universités, les laboratoires de recherche, les entreprises, les administrations publiques commencent, partout et de plus en plus, à collaborer de manière plus étroite. Ces approches pluridisciplinaires, voire transdisciplinaires accroissent le nombre de doubles diplômes, transforment les fiches de poste, hybrident les métiers et brouillent les modèles organisationnels ;
  • Les objets n’échappent pas à la règle et il s’opère en eux un véritable croisement de fonctionnalités et d’usages : le téléphone, pour prendre l’exemple le plus trivial, est aussi un réveil, une radio, un scanner et un appareil-photo. Il est paradoxalement, et tout à la fois, un espace et un temps de loisir et de travail ;
  • Les territoires, eux, voient se multiplier les « tiers-lieux » : il s’agit d’endroits insolites qui mêlent des activités économiques, avec de la recherche scientifique, de l’innovation sociale ou encore des infrastructures culturelles. Ils entrecroisent souvent des logiques économiques et des logiques sociales et solidaires… Comme si l’économie sociale et solidaire était en train de s’affirmer progressivement comme l’économie de demain et que bientôt tous les lieux allaient devenir des tiers-lieux ;
  • Par ailleurs, les entreprises prennent de plus en plus conscience de leur responsabilité sociétale ; sous l’effet des transformations de notre société, elles comprennent qu’elles peuvent jouer un rôle vertueux et qu’elles détiennent une partie de la solution pour rendre le monde meilleur.
  • Les modes de consommation et de commercialisation suivent également cette tendance et l’on voit émerger de nouveaux types de magasin où il ne s’agit plus seulement de vendre et d’acheter, mais également d’apprendre, de jouer, de se cultiver, de se rencontrer… Il y a un entrecroisement non pas seulement des canaux, – distanciel/présentiel -, mais aussi des usages, des secteurs, des fonctionnalités et des activités.
  • La nécessité pour les entreprises d’adopter un développement durable, respectueux des ressources, se traduit par une hybridation progressive de leur fonctionnement avec celui de la Nature : l’économie circulaire, par exemple, est une piste intéressante, puisqu’elle est le miroir du mouvement de base de l’environnement où rien ne se perd et tout se transforme !

Ces signaux faibles semblent très différents les uns des autres, mais ils sont tous reliés par une même tendance extraordinaire : les choses n’entrent plus dans nos cases ! Les situations, les objets, les entreprises, les métiers, les lieux, les modèles économiques, la Nature, les êtres humains, les idées, les territoires, les citoyens, les arts, les générations, les secteurs, les sciences ou les bâtiments : plus rien n’entre dans nos cases, précisément du fait de ces entrecroisements.

Petit à petit, nous commençons à comprendre que l’hybridation peut être une chance pour les individus, pour les entreprises et les institutions publiques, comme pour la société. Elle nous rend meilleurs, plus intelligents, moins intolérants, moins dogmatiques, plus humbles et plus agiles.

Par exemple, pour une entreprise, ce qui fera son avantage concurrentiel, ce sera sa capacité à hybrider plus rapidement et plus originalement que les autres des connaissances, des matériaux, des usages, des fonctionnalités, des secteurs, des technologies, des produits et des services. Cela donnera lieu à des tiers-services, des tiers-objets, des tierces-organisations, des tiers-lieux et des tiers-usages.

L’hybridation peut être le meilleur moteur de la créativité et de l’innovation ! Ce sont ces signaux faibles qui donnent de l’espoir dans le monde qui vient ; c’est parce que l’hybridation est la grande tendance de notre temps que l’avenir peut reprendre du sens.

Catégoriser le réel pour le rendre intelligible, n’est-ce pas un besoin inhérent à l’espèce humaine, rendant l’appréhension de l’hybridation particulièrement complexe ?

Nos cinq sens – le goût, l’ouïe, le toucher, la vue, l’odorat – nous donnent beaucoup d’informations sur le monde qui nous entoure. Mais une fois qu’ils nous ont apporté dans leur besace leurs provisions de réalité, tout reste encore à faire, puisque notre cerveau doit encore traiter ces informations, comme lorsque nous vidons nos sacs après être allés faire nos courses.

Il faut prendre chaque objet, le ranger à la bonne place dans le réfrigérateur, le placard ou les armoires. Notre cerveau n’est pas loin de procéder de la même manière. Identification des informations, rapprochement de ces informations avec d’autres plus anciennes, tri de chacune dans les bonnes catégories.

Mais tout entre-t-il vraiment dans nos cases ? Oui, puisque le processus est biaisé : nous n’achetons que les aliments susceptibles d’entrer dans nos espaces de stockage ou nous les découpons en morceaux pour les faire entrer à marche forcée. Plutôt que d’inventer ou de construire de nouveaux espaces de rangement, nous préférons nous passer de tous les aliments hors normes, de tout ce qui n’est pas rangeable sur étagère…

De tout ce qui ressemble à un centaure ! Et c’est ainsi que nous passons à côté du monde, sans nous en apercevoir. Cette manière d’aborder le monde nous fait maltraiter la réalité et c’est ce qui me fait dire que la crise, la véritable crise que nous connaissons est celle de notre rapport à la réalité.

À mon sens, cette catégorisation du réel n’est pas inhérente à l’espèce humaine, mais particulièrement présente en Occident, puisque c’est en Occident que s’est développée la rationalité. Attention, il ne s’agit pas ici de la raison, en tant qu’elle s’oppose à la foi ou à l’émotion, mais en tant que mode de pensée et manière d’aborder la réalité.

Si cette dernière était originellement très utile pour construire les sciences, elle s’est quelque peu rigidifiée au fur et à mesure des siècles pour se transformer en usine de production massive de cases. Dans l’histoire des idées, au début, la raison servait l’humanisme (expliquer et comprendre la Nature/la réalité/le monde), puis elle s’est mise au service de l’anthropocentrisme (maîtriser et dominer la Nature/la réalité/le monde) ; aujourd’hui, elle se fait la servante du transhumanisme (supprimer la Nature/la réalité/le monde pour les recréer).

Vous l’aurez compris d’ailleurs, mon Éloge de l’hybridation est le contraire d’une invitation à transformer l’être humain en robot : le terme hybridation est dénaturé, lorsqu’il est utilisé pour parler d’une « hybridation homme/machine ». Il n’y a à mon sens aucune hybridation là-dedans.

Tout cela est le fruit d’une volonté de toute-puissance de la raison, que nous transférons d’ailleurs à nos technologies et autres machines, sans nous rendre compte que nous leur transférons également toutes nos failles et tous nos biais…

Or, il existe d’autres manières de penser ! C’est nous-mêmes qui avons formaté ainsi nos cerveaux à la catégorisation… Il n’y a donc là aucune fatalité : grâce à la plasticité cérébrale, et en vertu d’une pratique constante de l’hybridation, chacun d’entre nous peut devenir un centaure !

L’hybridation que vous appelez de vos vœux ne finit-elle pas par mener à la négation totale de la substance, de l’essence, ne reconnaissant que le mouvement (Mille Plateaux) ?

En effet et je l’assume, tout simplement parce que la vie, la définition même de la vie, c’est le mouvement ! La philosophie de l’hybride est une philosophie de la vie. Si je cesse en tant qu’être humain de m’hybrider, si une entreprise, si un métier, si un secteur, si une technologie cessent de s’hybrider, ils meurent !

Je ne crois pas dans l’essence et je vais même plus loin : ce n’est pas l’identité qui devrait nous définir. On a trop tendance à la confondre avec l’histoire ou avec la culture, mais ce n’est pas la même chose.

Étymologiquement, le mot identité vient du latin identitas, – « qualité de ce qui est le même » -, lui-même dérivé du latin classique idem, – « le même »… L’identité va de pair avec l’identique pour renvoyer à l’idée de pureté et d’homogénéité. Il est étonnant que ce mot soit devenu non seulement un concept politique, mais en plus un centre de gravité de notre débat public.

C’est étonnant, parce que ce mot repose sur une illusion. « Qualité de ce qui est le même » : mais qui est le même ? Personne n’est le même ; ce serait une vanité de le croire ! Tout le monde change et le monde change. La cristallisation n’existe pas, puisque tout finit toujours en fumée. Le fait même d’avoir imaginé et conceptualisé l’idée de l’identité est un terrible malentendu, fondé sur un refus de la mort.

La mort, qui constitue le changement massif, le changement par excellence, le changement ultime. Dans la vie, il n’y a pas d’identité, il n’y a que du mouvement, de la métamorphose, de sempiternelles combinaisons et re-combinaisons. La Nature ne fait pas non plus dans l’identité ; elle a beaucoup plus d’imagination. Alors, comment en sommes-nous venus à dresser un autel à l’idole Identité et à lui offrir toutes les forces du culte ?

L’identité donne l’illusion que chacun d’entre nous ou que tout a une définition une et indivisible, donnée une fois pour toute et immuable. C’est faux, l’identité n’est qu’une vérité provisoire !

Face à cette hybridation, l’injonction du changement/ adaptabilité constitue-elle le seul horizon de nos sociétés ?

Votre question laisse entendre une forme de regret ; à mon sens, l’injonction du changement est tout simplement l’injonction de la vie ! Tous les vivants sont appelés à la métamorphose, les plantes, comme les animaux et les êtres humains ; il n’y a que les morts qui ne changent plus…

C’est d’ailleurs peut-être cela qui rend la mort si terrible ! Nous qui avons souvent tant de mal à vivre les changements, nous devrions nous souvenir que leur possibilité même est le luxe des vivants.

Comment apprivoiser les centaures ?

À vrai dire, ce ne sont pas les centaures qu’il faut apprivoiser, mais l’angoisse que nous éprouvons face à notre propre métamorphose… Suivons le conseil de l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle, Elias Canetti, qui disait que, puisque « la vie est un éternel rétrécissement », il n’y a qu’une seule manière d’y résister, en « jetant son ancre le plus loin possible » vers ce qui est radicalement différent de soi.

C’est cela, l’hybridation ! Ce ne sont pas les nouvelles technologies qui nous augmenteront, mais nous-mêmes en ayant le courage de devenir des centaures !

 

  1. Halpern Gabrielle, Penser l’Hybride, Thèse de doctorat en philosophie, École Normale Supérieure, 2019
  2. Eliade Mircea, Aspects du mythe, Paris, Éditions Gallimard, 1968, p. 30.
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