Anti-éolien : et maintenant, c’est la faute de l’extrême droite !

Screenshot_2021-05-27 Barbara Pompili, Ministre de la Transition Écologique #SustainableLeadersForum - YouTube — HUB Institute ,

Dans un tweet révélateur, Barbara Pompili montre bien malgré elle les limites des arguments écolos.

Par Michel Negynas.

Lors de mon article du 25 mai, je citai Mme Pompili, qui, en défense du projet d’éolien offshore de Dunkerque, soutenait qu’il était indispensable à la décarbonation de l’énergie… alors que ces éoliennes produisent de l’électricité et que l’électricité en France est déjà décarbonée.

Un argument en béton : l’extrême droite infiltre l’opposition à l’éolien

Il se peut qu’elle ait eu beaucoup de réactions négatives, ou même que certains de ses collaborateurs aient lu Contrepoints. Mme Pompili s’est donc sentie obligée d’avancer un argument en béton. Témoin ce tweet  du 26 mai :

« Ouvrons les yeux sur les dérives d’une partie de l’opposition à l’éolien. L’extrême droite l’infiltre. Pas pour proposer, mais parce qu’elle y voit une opportunité pour attiser le ressentiment. L’immense majorité des Français soutient l’éolien. Ne nous laissons pas manipuler. »

L’extrême droite infiltre l’opposition à l’éolien. Fichtre ! Le complot vous dis-je ! Dans mon précédent billet, je soulignais les oppositions aux projets off shore. La ligue de protection des oiseaux, à l’extrême droite ?

Non, les anti-éolien ne sont pas infiltrés

Au crédit de mon texte, on peut lire les centaines de réponses au tweet de Mme Pompili : à vue de nez, 90 % protestent énergiquement, certains avec humour, et beaucoup de ces vigoureux opposants s’affirment de gauche.

On réalise aussi que beaucoup de citoyens ont parfaitement compris l’inutilité de l’éolien sur un réseau majoritairement nucléaire. Les autres n’ont probablement pas d’opinion et croient ce qu’on leur dit. Le problème c’est qu’on leur dit n’importe quoi.

Par exemple, la réponse officielle du gouvernement sur la question de l’utilité des ENR, c’est qu’il est nécessaire de construire des éoliennes pour avoir une filière disponible en cas de « risque systémique » du nucléaire… qui n’a jamais failli en 40 ans, alors que l’éolien s’arrête par manque de vent tous les 15 jours !

Mme Pompili voudrait se caricaturer elle-même qu’elle ne réagirait pas autrement. Et sa méthode, qui consiste à essayer de dévaloriser (selon elle) ses contradicteurs est tout à fait conforme aux 36 stratagèmes de Schopenhauer pour avoir toujours raison : utiliser une attaque ad hominem en prêtant à son adversaire des objectifs  inavouables (stratagème 32 et 35).

Et dire que les anti-éoliens sont des manipulateurs, c’est un magnifique retournement des rôles ! Il fallait oser. De même qu’affirmer que l’immense majorité des Français soutient l’éolien, c’est même assez différent de ce que pense le Président.

En visite à Pau, au mois de janvier 2020, il a déclaré : « Soyons lucides : la capacité à développer massivement l’éolien terrestre est réduite. » Il a ajouté que « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays » et estimé que « on ne peut pas imposer l’éolien d’en haut. »

Anti-éolien, extrême droite : le camp du mal ?

Mais ce n’est pas tout : on comprend bien que dans son tweet, et dans l’esprit, l’assimilation des anti-éoliens à l’extrême droite est une accusation d’infamie. Mon propos n’est pas de défendre les thèses de l’extrême droite (encore que ce terme soit de plus en plus difficile à définir). Ce n’est pas du tout ma famille politique.

Mais force est de constater que 25 % des Français, et en majorité des électeurs de la dite « France périphérique », votent pour ce parti. Qu’une représentante des CSP+ urbains les relègue avec mépris dans le camp du mal, dans le camp de ceux qui ne comprennent pas la merveilleuse transition écologique, des ploucs, quoi, pour le dire crûment, ne peut que les conforter dans leur choix.

D’autant que si les bobos veulent des éoliennes, ce sont les ruraux qui les subissent : on n’a pas encore vu de projet au centre des grandes agglomérations.

Ce tweet résume à lui tout seul combien la problématique de l’éolien, et plus généralement celle de la transition écologique, est un sujet de clivage non pas entre  droite et gauche, comme semble le croire Mme Pompili, mais entre urbains aisés et France des territoires.

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