Les arguments contre le passeport vaccinal européen

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Les démocraties libérales devraient simplement s’abstenir de la mesure intrusive d’un passeport vaccinal.

Par Bill Wirtz.
Publication originale en anglais  traduit en français par le Parti Libertarien de Belgique.

À Bruxelles, la Commission européenne et les États membres ont peaufiné les détails du soi-disant certificat vert numérique de l’Union européenne, un nouveau nom stylé pour ce qui est essentiellement un passeport vaccinal européen. Pour l’essentiel, le programme est censé remplacer le test Covid-19 que les voyageurs sont désormais tenus de présenter négatif à leur arrivée ou avant leur départ d’un pays de la zone.

Il est important de noter que la Commission européenne prévoit que les États membres puissent également utiliser ce nouveau certificat à des fins autres que les voyages internationaux. En d’autres termes, il pourrait devenir obligatoire de le présenter à l’entrée dans une épicerie, une salle de concert ou un parc.

En tant que journaliste indépendant d’un journal luxembourgeois, j’ai interviewé en janvier la ministre de la Santé de mon pays, Paulette Lenert. Elle ne voyait absolument pas la nécessité d’un passeport vaccinal et envisageait de s’opposer probablement à une règle exigeant d’un citoyen luxembourgeois de renseigner son statut médical à une frontière. Elle a également souligné qu’un tel arrangement ne ferait qu’aggraver les controverses sur les vaccins.

Néanmoins, quelques mois plus tard, l’Union européenne est sur le point de déployer la proposition, sa présidence portugaise s’étant engagée à présenter un projet révisé d’ici le 14 avril. Les diplomates ne s’attendent toujours pas à ce que le programme soit mis en œuvre de manière réaliste avant juillet, étant donné que l’inter-opérabilité de ce projet est une tâche difficile. Il semble cependant que plus personne ne remette fondamentalement l’idée en question.

L’Union européenne semble vraiment céder aux demandes d’États membres comme la Grèce, qui a insisté sur le passeport dans le but de soutenir son industrie du tourisme. Athènes ne semble pas préoccupée par les implications plus larges d’un tel passeport électronique sur l’obligation vaccinale formelle.

Le passeport vaccinal et la vie privée

Du point de vue de la vie privée, il est préoccupant que le passeport vaccinal européen expose des informations de santé sensibles aux pirates informatiques, nationaux et étrangers à propos de la vaccination, les résultats des tests et même des informations médicales relatives à la guérison du Covid. À cet égard, la Global Privacy Assembly a souligné que la protection de la vie privée devrait être au premier plan des considérations, suggérant entre autres que :

Des clauses d’extinction devraient être intégrées dans la conception de tels systèmes, prévoyant la suppression permanente de ces données ou bases de données, reconnaissant que le traitement de routine des informations sur la santé du Covid-19 aux frontières peut devenir inutile une fois la pandémie terminée.

L’Association du transport aérien international a déjà introduit son propre pass voyage fin 2020. Même si elle prétend que tout est fait avec une technologie décentralisée, les détails restent rares, ce qui n’est pas rassurant.

La Commission européenne a affirmé que le système européen ne nécessiterait que des informations essentielles qui incluraient des données de vaccin ou de test ainsi qu’un identifiant unique pour le certificat.

Dans sa proposition, elle prévoit également un système décentralisé :

Le certificat vert numérique ne devrait pas exiger la mise en place et la maintenance d’une base de données au niveau de l’UE, mais devrait permettre la vérification décentralisée des certificats interopérables signés numériquement. 

Les fuites de données sont malheureusement assez courantes. Ainsi en janvier, une violation de données à l’Agence européenne des médicaments a conduit des pirates informatiques à publier sur internet des documents confidentiels concernant les médicaments et vaccins Covid-19.

Une configuration décentralisée devrait soi-disant permettre de faire face à ce risque, mais si toutes sortes d’informations sensibles sont stockées sur les téléphones des citoyens, ils devront faire preuve d’une attention renforcée lors de l’utilisation de leur appareil.

D’après l’expérience passée, on peut donc s’attendre à très rapidement entendre des histoires d’abus d’informations, ainsi que d’importantes fuites de données.

Le passeport vaccinal et l’équité

Au-delà des aspects techniques du passeport numérique pour les vaccins, nous devons également considérer cela du point de vue de l’équité.

Une grande partie du monde en développement est très éloignée de l’accès à un vaccin contre le Covid. Imposer un nouvel obstacle aussi insurmontable aux personnes originaires d’Asie ou d’Afrique, en plus des exigences de visa existantes, est tout simplement cruel, un cas que j’ai également présenté lors d’une apparition sur Consumer Choice Radio et dans un article pour The Dispatch.

En outre, il convient de noter que de nombreux pays européens proposent des tests gratuits, ce qui est susceptible de s’arrêter à mesure que les vaccinations seront déployées. Les voyageurs devront donc financer les tests requis, ce qui peut être assez coûteux pour certains d’entre eux.

Le passeport vaccinal et les démocraties libérales

Les démocraties libérales devraient simplement s’abstenir de la mesure intrusive d’un passeport vaccinal. Les gouvernements ne devraient pas être en mesure de demander nos données sur la santé, que nous entrions dans un bar ou au bureau des passeports de l’aéroport.

En effet, c’est ce qui sépare les pays libres de la Chine et d’autres nations asiatiques, même si leur gestion de Covid a été supérieure. Être à l’abri de ce virus ne devrait pas être la seule norme. Pouvoir voyager sans être embêté par des agents de l’État et pouvoir refuser de divulguer des informations médicales privées sont des droits fondamentaux.

En plus de cela, nous devons faire très attention à la pente glissante que constituerait un passeport vaccinal européen. Rien n’est aussi permanent qu’une mesure gouvernementale temporaire. Le passeport vaccinal pourrait devenir pérenne à long terme, une quantité croissante de renseignements personnels serait recueillie sous le prétexte de la santé et de la sécurité publiques.

Il est également important de prendre en compte la légitimité qu’un tel passeport confère aux pays autoritaires. Si l’Union européenne le fait, quels seront ses arguments pour reprocher à des régimes comme la Russie, la Biélorussie ou l’Afrique du Nord d’enregistrer des informations sur la santé pendant une durée indéterminée ? Comme le fait valoir Adam Mazik dans The Conservative, de nombreuses lois violant les droits civils dans des pays comme la Russie ont souvent été calquées sur leur équivalent européen.

Les conséquences sur l’espace Schengen

Le passeport vaccinal européen peut également porter atteinte à l’espace Schengen sur le long terme. Les compagnies aériennes pourraient être en mesure de vérifier le certificat numérique sans grande difficulté pendant le processus d’embarquement. Mais si les États membres appliquent avec sérieux les règles de voyage, aucun transfert en bateau, train ou passage de frontière en voiture ne devrait être exempté de ces contrôles. À moins que cela ne soit fait au niveau de l’espace Schengen, mais les douze derniers mois montrent à quel point ses pays sont réticents à coordonner leurs politiques de santé.

En plus de tout cela, la question reste de savoir si les forces de l’ordre auront la possibilité de procéder à un contrôle aléatoire du passeport vaccinal par exemple en interpellant les gens dans les rues. Voulons-nous vraiment d’un tel certificat et de ses potentielles dérives ?

Une pétition contre le certificat de vaccin européen a déjà reçu plus de 200 000 signatures en ligne. On peut s’attendre à plus d’opposition.

Le passeport vaccinal européen signifie vraiment une augmentation des pouvoirs de l’État qui devrait faire frémir quiconque apprécie les libertés individuelles et le respect de la vie privée. Il est grand temps de mettre fin au processus bureaucratique en train de le déployer.

Un article publié initialement le 29 avril 2021.

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