Union européenne : l’intelligence artificielle engluée dans la réglementation

Mesdames et messieurs les Chinois, mesdames et messieurs les Américains, prenez note ; l’UE va vous expliquer comment réglementer vos industries qu’elle n’a pas.

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Union européenne : l’intelligence artificielle engluée dans la réglementation

Publié le 5 mai 2021
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Par Drieu Godefridi.

La Commission européenne annonce son intention de faire de l’UE « le pôle mondial d’une Intelligence Artificielle (IA) digne de confiance. »

Le communiqué de la Commission explique que le nouveau règlement sur l’IA :

Garantira aux Européens qu’ils peuvent faire confiance à l’IA. Des règles proportionnées et souples, prévues pour faire face aux risques spécifiques liés aux systèmes d’IA constitueront l’ensemble de normes le plus strict au monde. Le plan coordonné décrit les réorientations et les investissements qui seront nécessaires au niveau des États membres pour renforcer la position de premier plan de l’Europe dans le développement d’une IA centrée sur l’humain, durable, sûre, inclusive et digne de confiance.

« L’Europe » comme le prétend erronément l’Union européenne — car l’Europe ne se cantonne pas à l’UE, (penser au Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège…) — l’UE donc n’occupe aucune position de premier plan, que ce soit dans le domaine de l’IA « sûre » ou de l’IA tout court.

Comme l’indique l’Index de l’Intelligence artificielle publié chaque année par l’Université de Stanford, le marché mondial de l’IA se partage essentiellement entre la Chine et les États-Unis, l’UE n’en représentant qu’une fraction marginale. Parler de « renforcer » une « position de premier plan » qui n’existe pas montre d’emblée le sérieux de la Commission. Les Soviets étaient plus modestes, qui prétendaient seulement dognat y peregnat — rattraper et dépasser — leurs concurrents.

La vice-présidente de la Commission Margrethe Vestager se félicite :

En adoptant ces règles qui feront date, l’UE prend l’initiative d’élaborer de nouvelles normes mondiales qui garantiront que l’IA soit digne de confiance.

Normes mondiales, excusez du peu. Mesdames et messieurs les Chinois, mesdames et Messieurs les Américains, prenez note ; l’UE va vous expliquer comment réglementer vos industries qu’elle n’a pas.

Au fond, qu’en est-il ?

Tout est vicié dans cette démarche.

D’abord, l’IA n’avait aucunement besoin de l’intervention de l’UE ; c’est l’archétype de la matière qui, en vertu du principe de subsidiarité proclamé de toutes les façons depuis trente ans, jamais respecté, devrait être laissée à la sagesse des États nationaux.

Tout à son hubris centralisateur, l’UE ne peut s’empêcher, une fois de plus, d’attirer la matière vers sa sphère d’incompétence. Rappelons que l’UE n’est pas une démocratie ; que tout ce que perdent les démocraties nationales se trouve géré par une organisation qui n’est pas démocratique mais intergouvernementale, dont les normes corsètent les démocraties nationales.

On réglemente un secteur économique quand il existe ; l’économique précède le juridique. Ce n’est pas par la réglementation qu’on fait advenir un secteur économique ; c’est par la réglementation qu’on tâche d’en maîtriser les éventuels bourgeonnements jugés néfastes.

L’UE — « l’Europe » ! — ne devrait-elle pas se soucier de favoriser l’émergence d’authentiques acteurs économiques de l’IA, avant de chercher à les réguler ? Réguler ce qui n’existe pas ne présente qu’un intérêt limité. Les géants de l’IA sont tous ailleurs. Voici la synthèse des investissements privés dans le domaine de l’IA entre 2015 et 2030 (source : Artificial Intelligence Index Report 2021, Stanford).

Mieux : le premier pays européen en termes d’investissements privés dans le domaine de l’IA, et nettement, est… le Royaume-Uni qui, comme chacun sait, est désormais étranger à l’UE (même source) :

Enfin, l’initiative « mondiale » de l’UE repose sur une grande pauvreté conceptuelle. L’IA mérite mieux que ce pâle attirail de notions mal comprises. Ainsi la réglementation UE repose-t-elle entière sur une hiérarchie des risques, depuis les « systèmes d’IA » qui présentent un « risque inacceptable » jusqu’aux systèmes IA qui ne présentent qu’un risque minime.

Le problème de cette savante taxinomie est que ce sont bien entendu les mêmes « systèmes IA » qui sont susceptibles d’applications dangereuses, nuisibles ou parfaitement innocentes.

Un exemple. La reconnaissance faciale est une mode d’activation du smartphone qui n’est en rien plus intrusif que l’empreinte digitale ; portée au niveau d’un État, elle est l’instrument d’un cauchemar totalitaire technophile sur le modèle du Panopticon de Jeremy Bentham. Ce sont pourtant exactement les mêmes « systèmes IA » — selon le vocabulaire de l’UE — c’est-à-dire les mêmes technologies qui sont d’application dans les deux cas.

Dit autrement, la même technologie qui est interdite au titre du risque inacceptable, est parfaitement permise au titre du risque minime. Exactement la même !

Depuis vingt ans, l’économie européenne continentale se marginalise dans l’économie mondialisée. Non seulement l’UE a échoué à enrayer le processus, trop souvent elle l’accentue par ses interventions aussi intempestives, hubristiques — « normes mondiales » — que mal fondées en concept.

L’IA en offre le dernier exemple en date ; gageons que ce ne sera pas le dernier.

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  • l’industrie en général..on explique aux éleveurs comment produire du lait et aux consommateurs quel lait ils doivent boire..

    LA terme confiance est bizarre…
    Si une intelligence n’est pas intelligible alors comment lui faire confiance?
    c’est le VRAI problème d’un outil qui vous dit trouver des solutions à des problèmes abstraits..

    on fera quoi? comme avec des modèles on demande à plusieurs ia et si elles converge ce qu’elles racontent est « plausible »?

    L’UE nous raconte déjà des tas de bêtises sans IA…

    est ce que je fait confiance à la science? ABSOLUMENT…mais je ne connais qu’un moyen pour savoir si ce qu’onme raconte est vrai je lis , je juge et je comprends..

  • C’est L’intelligence artificielle qui va produire les futures réglementations.
    La seule question est : Sera ce pire que la règlementation technocratico totalitaire des Fonctionnaires irresponsables ?
    Faut voir !

    • Pour utiliser l’IA il faut d’abord être intelligent ! Les technocrates et les fonctionnaires ont-ils les capacités nécessaires ? J’en doute ! Donc, ce qu’il feront avec l’IA ne sera pas forcément mieux que ce qu’ils faisaient auparavant. Par contre, on ^peut très bien concevoir des algorithmes pour détecter les inepties existantes dans le fatras des normes et réglementations actuelles. Cela irait plus vite que les commissions qui sont créées par les politiques et, surtout, serait beaucoup plus efficace et moins cher.

  • Une fois de plus, l’UE démontre qu’elle ne comprend rien aux High Techs. Son seul souci c’est d’ériger des contraintes pour brimer l’innovation. Jamais, je n’ai vu une directive européenne pour encourager véritablement l’innovation. La France a même fait pire en inventant le fameux « Principe de Précaution » !!! Merci Chirac !!!
    Dans les années 80′, j’ai mis en place le premier configurateur mondial industriel pour des systèmes de communication à base de composants IA, en particulier en utilisant des moteurs d’inférences. J’ai travaillé avec l’Université Carnegie Mellon basée à Pittsburg en collaboration avec des ingénieurs français exilés aux USA. Pourquoi ces ingénieurs avaient quitté la France ? Parce qu’ils ne trouvaient ni le support financier ni le support politique pour développer l’IA en France. Pire, les instances académiques françaises leur riaient au nez. On avait déjà eu auparavant l’exode des créateurs des bases de données relationnelles qui se sont exilés également aux USA et dont les éminents chercheurs provenaient de l’Université de Grenoble.
    Aujourd’hui, la Chine a compris que la France était probablement le vivier le plus performant au monde pour le développement des High Techs. Des organisations chinoises ont été mises en place pour convaincre nos meilleurs scientifiques et ingénieurs de travailler pour eux. Voir plusieurs dossiers parus dans « Le Point ».
    Que fait l’Europe ?
    Thierry Breton, nouvel édile européen, a quitté le navire ATOS alors qu’il savait qu’il était en train de couler à cause d’une stratégie « débile », et je pèse mes mots, qu’il avait initiée !!
    Peut-on faire confiance à cet homme pour définir la stratégie européenne dans le domaine des high Techs ?
    Je vous laisse le soin, comme le dit Jacques Lemière, de juger par vous-même. Par contre, je ne crois pas que le citoyen lambda est apte à comprendre les nouvelles technologies et les possibles applications qui peuvent en découler. Cela me rappelle la trop fameuse « commission citoyenne pour le climat » !! Laisser le devenir de l’écologie et/ou des nouvelles technologies dans les mains de groupuscules totalitaires et incompétents est, comme dirait le pape, un péché mortel.
    Enfin, je suis atterré par l’indigence de nos ministres dans la connaissance des sciences en général et des High Techs plus particulièrement. J’ai assisté à un débat sur l’IA auquel assistait un ministre et c’était à pleurer. Même mes petits enfants n’auraient pas sorti les âneries de ce ministre. J’ai évoqué la technique de la blockchain et j’ai eu droit à une démonstration de ce que pouvait dire un énarque incompétent.
    Par contre, de l’autre côté du Rhin, on met actuellement les bouchées doubles pour combler, en partie, le retard pris par l’Allemagne. Un tout petit pays, qui se nomme « La Suisse », est plus en avance dans ces domaines que la grosse et inefficace Europe.

  • Dernière illusion d’une UE en déclin vertigineux, elle fut … prospère , créatrice et référence mondiale!
    Quand est il de la mobilité autonome? on projette de mettre de nouvelles lignes de tram technologie obsolète des les années 50/60 . Le numérique totalement sous domination US , absent de la 5 G , sauf pour la critique des ayatollahs verts qui eux sont en pleine expansion apparemment sans réglementation EU mais plutôt avec bénédiction, cela va de soi pour une religion. La « start up nation » comme disait un certain. Mais principe de précaution absolu, surtout ne rien faire qui pourrait avoir un bénéfice … le risque est partout!

  • Quel jargon grotesque à coup de slogan écolos ridicules: durable, sûre, inclusive et digne de confiance!
    Comment font-ils pur être aussi débiles?

  • Les commentaires sont fermés.

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