Manchester City – PSG : dynasties Nahyan contre Thani

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Que représente la demi-finale de Ligue des Champions entre le PSG et Manchester City pour les dynasties d’Abou Dhabi et du Qatar ? 

Par Charles Boyer.

Mercredi 28 avril se déroule le premier des deux matchs de la demi-finale de Ligue des Champions entre Manchester City et le Paris Saint-Germain. Au-delà du football, cela participe de l’intense rivalité entre deux dynasties du Golfe arabique, les Nahyan à la tête d’Abou Dhabi et les Thani, au pouvoir à Doha, au Qatar.

Les tensions se sont calmées depuis quelques mois mais elles étaient au plus haut pendant plus de trois ans, depuis juin 2017 : les Émirats Arabes Unis, pays dont Abou Dhabi représente les trois-quarts du territoire et de l’économie, l’Arabie Saoudite, l’Égypte et le Bahreïn déclenchèrent soudain un embargo total sur le Qatar. Il se dit qu’Abou Dhabi était le membre le plus déterminé de cette alliance.

Que reprochaient ses voisins au Qatar ?

Avec l’émir Tamim Al-Thani a sa tête, le Qatar a pour particularité, peut-être irritante, de boxer bien au-dessus de sa catégorie. Les deux raisons principales sont ses réserves gigantesques de gaz naturel, équivalentes de celles de pays aussi immenses que la Russie, les États-Unis et l’Iran mais entre les mains d’un tout petit pays d’environ 300 000 sujets et trois millions d’habitants. La fortune par tête du gaz qatari fait donc bien des jaloux ; et la station télé Al-Jazeera et ses dérivés tels AJ+ qui font de ce micro-État le leader de l’information diffusée à partir d’un pays arabe.

Pour ne rien adoucir, et contrairement à ses voisins, le régime de Doha est favorable aux Frères musulmans, considérés comme une menace vitale par les capitales Le Caire, Riyad, Manama et Abou Dhabi.

Dès lors, l’information provenant d’Al-Jazeera est perçue comme dangereuse pour les Saoud et les Nahyan, sans compter les généraux égyptiens. De fait, la première exigence du déclenchement du siège du Qatar était la fermeture d’Al-Jazeera. Il y en avait d’autres, comme de mettre fin à la présence militaire turque au Qatar, la Turquie étant un autre État favorable aux Frères musulmans.

Le siège du Qatar a été largement un échec. Le pays a su réorganiser ses approvisionnements en quelques jours, importer son alimentation d’Iran et de Turquie alors qu’en temps normal presque tout provenait d’Arabie Saoudite. Pour garder les migrants et expatriés qui font largement tourner le pays, les législations du travail et de résidence ont été assouplies, en particulier la kafala, un dispositif aboli en 2016 qui soumettait les travailleurs immigrés au bon vouloir de leur employeur.

Désormais, le siège est terminé, les relations du Qatar avec ses voisins ont repris même si elles ne sont pas des plus chaleureuses. Les blessures personnelles des familles séparées guérissent lentement.

Dans ce contexte, que représentent leurs clubs de football pour Abou Dhabi et le Qatar ?

Dans les pays riches de la péninsule arabique, deux territoires ont une image claire : l’Arabie Saoudite, la plus grande, gardienne de la Terre Sainte de la Mecque et de Médine, et Dubaï, ville rutilante et moderne, tournée vers le futur.

Deux autres aspirent à un rayonnement équivalent : Abou Dhabi et le Qatar.

La position d’Abou Dhabi doit être la plus frustrante. En effet, statistiquement elle domine de la tête et des épaules son pays, les Émirats Arabes Unis. Elle est de loin le plus grand territoire, et détient une fortune issue du pétrole et du gaz avec l’ADNOC, la onzième compagnie pétrolière du monde, un fonds souverain réputé détenir 800 milliards de dollars d’investissements et une famille royale dont la fortune avoisinerait 150 milliards de dollars. Las, rien n’y fait : aux EAU, c’est Dubaï qui attire toute la lumière, alors même que financièrement elle a été sauvée de la faillite par Abou Dhabi en 2009 et en demeure entièrement dépendante.

Pour compenser, elle compte davantage sur des projets de long terme, plus sages et de prestige : la grande et belle mosquée Sheikh Zayed, l’un des monuments les plus visités du monde, le Louvre Abou Dhabi, la centrale nucléaire de Barakah, bâtie par les Coréens. Sagesse et force tranquille.

Géopolitiquement, Abou Dhabi se comporte parfois en mentor du jeune prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, tout en marquant son indépendance quand bon lui semble. C’est le cas lorsqu’il sort de l’ingagnable guerre au Yémen, face aux missiles des rebelles Houthis menaçant les Émirats !

Le Qatar, quant à lui, est nettement plus conservateur, ce qui n’est pas peu dire. Par exemple, le niqab, moyennement apprécié des autorités aux Émirats, y est bien plus fréquent ; le non-musulman peut boire de l’alcool dans les bars à condition de montrer son passeport à leur entrée.

Côté conquête du prestige, Doha a d’abord misé sur un musée des arts islamiques de premier rang, dessiné par Ieoh Ming Pei, l’architecte de la grande Pyramide du Louvre.

Géopolitiquement, Doha a eu la chance de récupérer en 2002 la plus grande base aérienne américaine de la région, après que les États-Unis ont mis fin à leur présence militaire en Arabie Saoudite.

Depuis, il a investi massivement dans le soft power du sport dont la Coupe du monde de football de 2022.

On comprendra aisément ce que représenterait pour ces deux pays l’accession à ce qui est l’un des sommets du sport mondial, une victoire finale en Ligue des Champions.

Entre les dynasties Nahyan d’Abou Dhabi et Thani de Doha, voila l’enjeu du choc Manchester City – Paris Saint-Germain, où ont été investis des milliards, autant que l’UEFA a pu le tolérer.

Sur le terrain, que le meilleur gagne.

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