Pourquoi le prince Charles pourrait devenir un roi néolibéral

Le prince Philip, époux de la Reine d’Angleterre, nous a quittés. L’occasion de revenir sur la personnalité de Charles, le prince héritier. Sa pensée a beaucoup plus d’affinités avec le libéralisme qu’on ne le pense.

Par Michel Faure.

Les sujets de Sa Gracieuse Majesté se sont souvent inquiétés de savoir si le prince ne serait pas, par hasard, un peu trop à gauche. Lui qui s’intéresse tôt dans sa vie aux jeunes désemparés des quartiers déshérités, qui porte le message de l’islam en haute estime, qui s’émeut du sort des peuples indigènes menacés par la modernité, fait montre d’une personnalité aux antipodes du conservatisme cultivé par la monarchie.

Et malgré sa fortune évaluée à quelques 400 millions de livres, il critique le gaspillage de ce qu’il nomme « la société du jetable ». Par ailleurs, son côté écolo dissimule à peine ses pulsions de révolution, voire de réaction, vis-à-vis de la modernité et du progrès.

Charles proche de la pensée de Hayek ?

Son inclination à l’intuition, son goût de l’harmonie, son rejet des Lumières et plus encore de l’esprit de Descartes, rapprochent étrangement ce prince anglais qui se dit vieux jeu des nouveaux économistes libéraux adeptes de l’école autrichienne dont l’un des plus éminents représentants fut l’économiste Friedrich Hayek.

Ce dernier n’aimait pas non plus Descartes, mais il jugeait cependant que « tuer l’idée du progrès » – crime que Charles semble parfois prêt à commettre avec les plus radicaux des écologistes – « c’est assassiner le concept même de liberté ».

Malgré ces différences, Charles a une forme de pensée proche de celle de Hayek pour qui le cartésianisme relève d’une « conception fausse de l’esprit humain comme entité située hors du cosmos, de la nature et de la société ». Après tout, selon de nombreux libéraux, jamais personne n’a décrété ni inventé le marché.

Lequel, lui aussi, même si Charles ne s’en est peut-être pas aperçu, constitue une harmonie mystérieuse. Sa main invisible évoque un mécanisme d’ordre naturel et spontané. Rien de cartésien dans cette affaire, pas de prémisses « claires et logiques », comme les réclamait Descartes.

Pour Hayek :

Pour comprendre l’histoire de l’homme civilisé nous devons nous défaire de la conception habituelle selon laquelle l’homme a construit sa culture avec sa raison et son intelligence.

Imaginons un instant que Charles, chantre de l’intuition et amateur d’harmonie, découvre, une fois roi, les livres de Hayek. Il y retrouverait quelques-unes de ses émotions intuitives et se réconcilierait enfin post mortem avec Margaret Thatcher, qui affichait son admiration pour le grand économiste autrichien devenu citoyen britannique.

Ainsi aurions-nous un roi d’Angleterre néolibéral, et ce serait bien sûr une extravagante nouveauté dans l’histoire de la monarchie britannique.

Michel Faure est l’auteur de Charles, roi d’Angleterre, paru aux éditions de l’Archipel en mars 2021.

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