Cet étrange besoin de croire les promesses politiques

Screenshot_2021-04-12 Avec une classe de troisième qui suit l'école à la maison - YouTube

Pourquoi s’étonner des promesses politiques du gouvernement concernant la crise actuelle ?

Par Olivier Maurice.

« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient »

Cette maxime de Jacques Chirac, reprise par Charles Pasqua, à moins que ce ne soit l’inverse, illustre à la perfection la naïveté des électeurs, l’hypocrisie de la classe politique et la fourberie des médias toujours aussi prompts à dénoncer l’échec qu’à encenser les bonnes intentions.

Notre monde voudrait que les choses se passent toujours comme prévu. Mais s’il est une constante universelle, c’est que rien ne se passe jamais comme prévu. S’il existe une chance, même infime et insignifiante que quelque chose tourne mal, il n’existe qu’une seule certitude, c’est que ça finira toujours par tourner mal un jour.

Promesses politiques : parce que nous le valons bien

La promesse, c’est le cœur du marketing, de la publicité, de la consommation. C’est le nœud de notre monde moderne. On la trouve partout : sur les boites de lessive qui promettent de laver plus blanc que blanc, sur les fruits et légumes, qui nous promettent de vivre en bonne santé, sur les paquets de cigarettes, qui nous promettent de mourir dans d’affreuses souffrances. Il n’y a pas un seul endroit où ne se pavanent pas ces promesses qui nous envoient tout droit au paradis ou en enfer.

Pourquoi s’étonner ensuite de celles du gouvernement concernant la crise actuelle. Pourquoi y chercher une trace de lucidité, d’expertise, de savoir, de prévoyance, de clairvoyance ?

« Nous serons prêts » en cas de deuxième vague de l’épidémie… Les restaurants pourront rouvrir leurs portes le 20 janvier 2021… Les enseignants seront vaccinés « au mois de mars au plus tard »« Dès la mi-mai, […] nous autoriserons sous conditions l’ouverture de terrasses. »

Et à chaque fois, nous y croyons, nous voulons y croire. Ou peut-être nous forçons- nous à ne pas en douter, comme si le doute pouvait changer le destin.

De l’impérieuse nécessité de la loi de Murphy

Il faut cependant bien comprendre que si des milliers d’ingénieurs, de techniciens, d’ouvriers ne s’étaient pas forcés à douter et à vérifier le moindre de leur doutes, aucun avion ne volerait, aucun bateau ne flotterait, aucune voiture ne roulerait bien longtemps.

Ce ne sont pas les pensées positives qui empêchent les avions de s’écraser, les bateaux de couler et les voitures de sortir de la route, ce sont justement les craintes et les doutes : les pensées négatives. Mais il est tellement gratifiant de penser que nous sommes munis de supers pouvoirs, que par la magie de la positivité notre simple pensée peut éviter les pires des catastrophes.

Ce qui est très surprenant dans la succession de promesses gouvernementales non tenues face à la crise actuelle (on a d’ailleurs beau chercher celles tenues… ), ce n’est pas le nombre de celles-ci, ni l’implacable continuité dans le ratage qui posent questions. C’est plutôt l’assiduité et l’avidité à les croire.

Dans le monde de la publicité, on appelle cela une signature de marque. Paradoxalement, que le gouvernement fasse promesse après promesse et n’en tienne quasiment aucune, tendrait plutôt à nous rassurer. Au fil des ans s’est développée une telle image de marque associée au pouvoir que ce qui nous étonnerait davantage serait l’inverse.

Promesses politique : la défaite en chantant

Depuis la déconfiture de mai 1940, et peut être avant, l’État français a été associé à une image burlesque d’amateurs et de bonimenteurs patentés. Les plus grands succès du cinéma populaire français raillent sans vergogne cette déconfiture des fonctions régaliennes de l’État : La Septième Compagnie, La Grande Vadrouille, Le Gendarme de Saint Tropez

La liste est longue et le gov bashing est une formule qui a continué à faire recette au fil des années : Thierry Le Luron, Jacques Martin, Coluche, les Guignols de l’info, n’ont disparu de la télévision que pour se déplacer vers les réseaux sociaux ou se mêler aux talk-shows. Nous en sommes à la troisième génération de satire et de cynisme élevés au rang de sport national, seul le support a changé au fil du temps.

Que serait la France sans ses politiciens grandiloquents toujours prêts à nous faire la morale et à nous expliquer pourquoi ils ne ratent jamais rien, ne font jamais d’erreur, ne se trompent jamais, ont toujours raison ? Toujours prêts à nous expliquer qu’ils sont la réincarnation de Jésus, de Napoléon, d’Albert Einstein et de Gandhi réunis, toujours prêts à nous expliquer l’urgence et l’impérieuse nécessité de la mission divine dont ils sont investis…

Que seraient nos politiciens s’ils ne promettaient pas des choses qui ne se réalisent jamais comme prévu ?

Inutile ou impuissant (ou les deux) ?

Les restaurants rouvriront. C’est aussi certain que de prédire qu’après la pluie viendra le beau temps. La vie redeviendra normale. D’une façon ou d’une autre : la normalité reviendra, soit parce que nous nous serons adaptés aux nouvelles conditions, soit parce que les conditions seront redevenues comme avant.

Alors pourquoi promettre, sachant que si l’on veut y croire, on ne sera nullement surpris que cela ne se passe pas comme prévu ? On sera même rassurés de constater que, comme d’habitude, les choses ne se passent pas comme prévu.

D’abord parce qu’il faut parler. Un politicien parle. Nous avons oublié qu’un élu est censé être élu à un poste et que celui-ci implique des responsabilités et des compétences. Les élus sont devenus au fil du temps les simple porte-paroles de leur administration. Ou plutôt, ceux d’une administration qui n’est pas la leur, qui n’est d’ailleurs celle de personne.

Ensuite parce qu’il faut perspectiver (il faut « donner une perspective »). C’est ce que leur ont dit tous leurs conseillers en communication. C’est ce que répètent en boucle les médias. Il faut que les politiciens promettent, comme cela les commentateurs ont quelque chose à commenter, les chroniqueurs quelque chose à critiquer et les annonceurs quelque chose à diffuser entre deux écrans publicitaires.

Comme cela, les conseillers en communication peuvent augmenter leurs honoraires.

Avec un double effet bonus à la clef : au plus les politiciens promettent, au plus ils se trompent et au plus quelques jours plus tard, quelques semaines, quelques mois plus tard, les conseillers en communication, les commentateurs, les chroniqueurs, les annonceurs… ont tous de nouveau matière à faire leur business.

Parce que lorsque l’on passe son temps à promettre, à expliquer pourquoi on promet, à promettre que les promesses seront tenues, à expliquer que le pire ratage est en fait une réussite, etc. il ne reste plus beaucoup de temps pour laisser une chance aux promesses de se réaliser.

La liberté c’est l’esclavage

Revenons aux choses simples. L’État est une association criminelle légale qui détient le monopole de la violence. La seule chose qui devrait nous intéresser en tant que citoyens, c’est l’usage de la violence et l’usage du monopole. L’État n’est pas là pour promettre mais pour agir.

Incapable de délivrer selon le contrat qui lui était assigné, l’État s’est mis à faire ce que tout commercial fait quand la livraison n’est pas conforme, ce que tout enfant fait quand il n’a pas fait ses devoirs, ce que tout délinquant fait quand il est pris les mains dans le sac : promettre.

Tout le cirque médiatique, cinématographique, satirique, journalistique, politique… a servi d’immense amplificateur à la banalisation de ses échecs à répétition, de ses sempiternelles excuses et de ses inévitables promesses.

Le XXe siècle a été dominé par les conglomérats militaro-industriels. Le début du XXIe siècle est clairement dominé par les conglomérats médiatico-humanitaires.  Les grandes causes ont remplacé les gros canons, les militants à couettes et à dreadlocks ont remplacé les poilus et les conseils de défense servent à préparer les interventions télévisées.

Le monde d’aujourd’hui aurait dû arriver en 1984. Nous avons juste un peu de retard. Ne nous ne plaignons pas maintenant de ne pas avoir été prévenus. Ne disons pas qu’on ne nous ne l’avait pas promis, que nous n’y avons pas cru.

Les promesses engagent fermement ceux qui y croient.

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