Comment le virus a percé la Forteresse Nouvelle-Zélande

The Welligton waterfront BY sandeepachetan.com travel(CC BY-NC-ND 2.0) — sandeepachetan.com travel, CC-BY

Le monde doit éviter de se retrouver coincé dans des confinements perpétuels, comme c’est à présent le cas en Nouvelle-Zélande.

Par Philip W. Magness.
Un article de l’American Institute for Economic Research1

La Nouvelle-Zélande devait montrer au monde entier comment stopper la pandémie. La nation insulaire a en grande partie évité la première vague de l’épidémie en mars en raison de son éloignement et de la mise en œuvre en urgence de contrôles aux frontières. Alors que le nouveau virus Covid-19 faisait rage parmi les populations vulnérables d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord, la Nouvelle-Zélande a entièrement confiné sa population.

« Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. » – Edgar Allan Poe, Le masque de la Mort Rouge

La Chine communiste surpassée par la polique néo-zélandaise

Le 22 mars, le gouvernement du pays a annoncé un mois de confinement. L’ordre a été imposé d’en haut d’un trait de plume, sans délibération législative ni respect des procédures. Les contraintes se sont poursuivies pendant neuf jours sans aucune justification légale – seulement un décret illégal du Premier ministre Jacinda Ardern.

Des mois se sont écoulés avant que la Cour suprême du pays ne censure cette négation des règles démocratiques. Cela ne comptait pas. Les actes d’Ardern étaient « contraires à la loi, mais justifiés » pour stopper la pandémie, des actions audacieuses d’une « héroïne » qui savait mieux que son propre peuple.

Pendant le mois suivant, la Nouvelle-Zélande a fonctionné avec le confinement le plus strict du monde, surpassant même la Chine communiste au summum de la mise en quarantaine de sa région de Wuhan. Le pays a atteint le niveau stupéfiant de 96,3 sur les 100 points que comporte l’échelle d’Oxford de rigueur des confinements.

« Faites comme si vous aviez la Covid-19 » et restez chez vous, tel était l’ordre venu d’en haut. Les commerces et les entreprises ont été contraints de baisser le rideau.  Les déplacements au sein du pays ont été prohibés, et ensuite il y a même eu des interdictions de quitter son domicile, sauf pour se ravitailler ou se procurer des médicaments.

Ardern a ordonné à l’armée de patrouiller dans les rues à la recherche des contrevenants. La police a ouvert un site web pour encourager les Néozélandais à dénoncer leurs voisins qui s’aventuraient à l’extérieur sans motif autorisé. Les Néozélandais l’ont utilisé pour enregistrer plus de 4300 déclarations rien que pendant la première semaine. Il y a eu des arrestations pour avoir contrevenu de façon persistante au décret.

Le Premier ministre a réprimandé ses compatriotes pour leur désobéissance et les a incités à utiliser le formulaire de délation de la police – le tout à une époque, comme nous le savons à présent, où ses décrets étaient toujours hors la loi, une situation finalement régularisée par une ratification législative a posteriori début avril.

« Mais le prince Prospero était heureux, et intrépide, et sagace. »

Des médias et une population aux ordres

Les agissements d’Ardern ont à peine suscité quelques mots de protestation et ceux qui se sont exprimés se sont retrouvés hués par la foule. Comment ont-ils osé « mettre la science en doute » – à moins qu’il ne s’agisse de l’éclat d’une étoile montante du progressisme politique.

Au lieu de cela, les médias l’ont couverte d’éloges et d’articles vantant son usage de slogans dans les médias sociaux pour minimiser l’État policier qu’elle venait à peine d’imposer.

Les Néozélandais n’avaient pas à s’inquiéter de leur glissement vers la dictature – les cloches de Pâques et la petite souris ont été déclarés « travailleurs essentiels » et ont donc été exemptés du décret. L’État de droit a été sacrifié sur l’autel des modèles épidémiologiques et des « interventions non pharmaceutiques ».

Cindy la socialiste a assigné à domicile tout son pays et l’a fait sous un tonnerre d’applaudissements pour son audace, son héroïsme et son talent de dirigeante guidée par la « science ». Aux yeux de la presse et de la plus grande partie des professionnels de l’épidémiologie, Ardern était devenue le modèle de gestion de la Covid que le monde devait imiter.

« Un mur épais et haut lui faisait une ceinture. Ce mur avait des portes de fer. Les courtisans, une fois entrés, se servirent de fourneaux et de solides marteaux pour souder les verrous. Ils résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans. L’abbaye fut largement approvisionnée. Grâce à ces précautions, les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion. Le monde extérieur s’arrangerait comme il pourrait. En attendant, c’était folie de s’affliger ou de penser. »

La Nouvelle-Zélande a suspendu son confinement national à la mi-mai après un mois d’obligation de confinement et encore la moitié d’un mois à un niveau de rigueur qui a tout dépassé sauf les nations européennes les plus touchées. La police de Nouvelle-Zélande a poursuivi un total de plus de 600 contrevenants au confinement et a donné des avertissements à 5000 autres.

Pourtant, pour les médias en adoration, l’autorité d’Ardern s’est révélée un succès sans équivoque. Grâce aux mesures précoces de contrôle, la Covid n’a jamais vraiment décollé en Nouvelle-Zélande et le tout petit nombre de cas déclarés malgré le confinement se sont révélés gérables.

Ardern a annoncé en juin : « Nous disons avec confiance que nous avons éliminé la transmission du virus en Nouvelle-Zélande jusqu’à présent. »

La Forteresse Nouvelle-Zélande

Comme dans la plus grande partie du monde, les confinements ont réduit en miettes l’économie de la Nouvelle-Zélande. Le pays a enregistré pour le premier trimestre 2020 sa plus forte baisse de PIB en trois décennies. La plus grosse partie de cette baisse vient probablement du fort poids du tourisme dans l’économie du pays, qui ne pourra probablement pas reprendre de sitôt, puisqu’il est de fait prohibé par décret pour une durée indéterminée.

En effet, la stratégie d’Ardern pour lever les confinements internes reposait sur le maintien de la politique de contrôle des entrées aux frontières la plus restrictive du monde. Les frontières de la Nouvelle-Zélande restent fermées aux voyageurs étrangers quelles que soient leurs intentions ou leurs motivations, en dehors d’un tout petit nombre d’exceptions.

Les résidents de Nouvelle-Zélande qui se sont trouvés coincés à l’étranger au début de la pandémie – probablement des dizaines de milliers de personnes – ne peuvent rentrer qu’après avoir subi une quarantaine obligatoire de 14 jours sous bonne garde dans des locaux prévus à cet effet à la frontière.

Ceux qui ne peuvent pas bénéficier d’un des rares motifs d’exemption doivent aussi régler eux-mêmes la facture – qui s’élève à 4000 dollars néozélandais (2400 euros) pour avoir le privilège d’être mis en cage dans une chambre d’hôtel gérée par l’État.  L’administration d’Ardern a aussi volontairement réduit les vols à destination du pays, une stratégie pour gérer la pénurie des places de quarantaine disponibles.

En fin de compte, Ardern a créé la Forteresse Nouvelle-Zélande – une stratégie de bulle selon laquelle la réouverture à l’intérieur repose entièrement sur la capacité de l’État à ériger et maintenir une barrière d’entrée quasiment imperméable pour le reste du monde. De plus, une telle stratégie doit se poursuivre indéfiniment jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin ou un traitement contre le coronavirus.

« Ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite, et pendant que le fléau sévissait au-dehors avec le plus de rage, que le prince Prospero gratifia ses mille amis d’un bal masqué de la plus insolite magnificence. »

Festivité des cent jours et opportunité électorale

Ce devait être l’occasion d’une fête. La Nouvelle-Zélande a franchi le cap des « 100 jours sans COVID », a-t-on appris le 9 août. La Nouvelle-Zélande avait, semblait-il, repoussé et battu la maladie. Les commentateurs des médias autour du globe ont proclamé la stratégie victorieuse« un champion emblématique de prévention et de réaction pertinente à la pandémie de coronavirus 2019 ».

Les épidémiologistes ont profité de l’occasion pour proclamer que les confinements, les fermetures de frontières et les États progressistes « basés sur la science » étaient justifiés. « La Nouvelle-Zélande est un exemple pour le monde », a annoncé le Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé dans une déclaration du 10 août. Une combinaison de confinements stricts, de fermeture de frontières, de suivi de contacts et de discipline a rendu la Nouvelle-Zélande « sans Covid », et c’est pourquoi l’administration d’Ardern « ne ferait pas d’excuses ».

Les médias américains, qui avaient déjà vanté l’approche de la Nouvelle-Zélande pendant des mois, l’ont présentée comme un exemple de ce qui aurait pu se passer si les États-Unis et les autres pays avaient maintenu leurs stratégies de confinement.

« En Nouvelle-Zélande, la vie est de nouveau normale après 100 jours sans contamination dans la population », annonçait un reportage triomphaliste de NPR.

La barre de 100 jours avait aussi une signification politique forte pour Ardern, qui est arrivée au pouvoir en 2017 avec un accord de coalition fragile entre le parti travailliste de gauche et un parti nationaliste-populiste plus petit bien connu pour ses positions dures anti-immigration (Ardern avait réuni sa coalition à l’époque en adoptant elle-même des restrictions d’immigration en se basant sur l’idée qu’elles contribueraient à un « environnement durable »).

En temps normal, la coalition des travaillistes avec New Zealand First aurait pu s’attendre à affronter une forte opposition du National Party de centre-droit, qui détient nombre de sièges au Parlement de Nouvelle-Zélande.

Mais 2020 devait être l’élection Covid – un cri de victoire pour la coalition au pouvoir après qu’elle eut chassé la maladie de la nation insulaire, alors que le monde extérieur luttait encore pour contenir le virus. Ardern a utilisé la barre des 100 jours pour lancer sa campagne de réélection avec un calendrier plein d’actions militantes et de manœuvres politiques pour gagner l’élection.

« Lorsqu’on me demande si c’est une élection Covid, je réponds que oui, c’est le cas » a-t-elle expliqué lors d’une fête de lancement de campagne la veille de l’événement. De fait, les médias ont prévu que la réélection serait une partie de plaisir, emmenée par le succès dans la victoire contre le virus.

« Et ce fut peut-être aussi pour cela que plusieurs personnes parmi cette foule, avant que les derniers échos du dernier coup fussent noyés dans le silence, avaient eu le temps de s’apercevoir de la présence d’un masque qui jusque-là n’avait aucunement attiré l’attention. »

Reprise de l’épidémie et de la panique

C’est arrivé au 102ème jour, et cela a pris le monde par surprise. Les festivités de l’événement et de la campagne électorale associée ne s’étaient pas encore dissipées, mais la Covid-19 était de retour en Nouvelle-Zélande. Une famille de quatre personnes était testée positive à Auckland, déclenchant la panique dans l’administration pour contenir la propagation.

En 24 heures, la plus grande ville du pays était de nouveau confinée. Des barrages de police, des restrictions de déplacements internes, des policiers et des militaires dans les rues, des arrestations pour infraction au confinement, des ruées dans les supermarchés, des appels à dénoncer les contrevenants – une précipitation folle pour contenir la propagation par tous les moyens nécessaires.

Les autorités de l’État ne savent toujours pas comment le virus a franchi les fortifications de la frontière, mais il a bel et bien percé les murailles. À partir de là, le motif frénétique habituel s’est installé. Le confinement initial de trois jours à Auckland est passé à douze jours.

Alors que le terme approchait, Ardern a de nouveau frappé avec une prolongation en urgence qui devait se terminer le 30 août. Mais le coronavirus a l’étrange habitude de transformer les espaces qui étaient autrefois habitables en curiosités géographiques – elles sont à deux semaines partout ailleurs.

Les organes de presse qui fêtaient l’événement des 100 jours se sont retrouvés subitement à devoir expliquer ce qui avait déraillé, avec bien peu d’éléments pour donner une histoire plausible. Moins de 24 heures après l’avoir publié, NPR a même précipitamment amendé le titre évoqué plus haut afin de prendre en compte le changement de circonstances : « En Nouvelle-Zélande, la vie était de nouveau normale après 100 jours sans contamination, mais ça n’a pas duré ».

« Quand les yeux du prince Prospero tombèrent sur cette figure de spectre (qui, d’un mouvement lent, solennel, emphatique, comme pour mieux soutenir son rôle, se promenait çà et là à travers les danseurs) on le vit d’abord convulsé par un violent frisson de terreur ou de dégoût ; mais, une seconde après, son front s’empourpra de rage. »

Élection reportée et arguments électoraux à revoir

La reprise inattendue de l’épidémie a mis un coup d’arrêt aux prévisions de réélection facile d’Ardern, emportant avec elle la clef de voûte de son discours de campagne. Avec la preuve que l’efficacité de la politique de contrôle de l’épidémie était réduite en miettes, mais avec la résolution idéologique de doubler la mise pour rester dans la course, le Premier ministre se révèle maintenant à la fois paniquée, enragée et sur les nerfs.

Au beau milieu du chaos du confinement d’Auckland qu’elle a elle-même provoqué et sous la pression croissante des partis d’opposition, Ardern a fait usage de ses prérogatives de Premier ministre en reculant d’un mois la date des élections.

Il reste à voir comment les Néozélandais réagiront lorsqu’ils iront voter à la mi-octobre[1], mais on peut penser que cela s’articulera probablement avec l’incertitude sur le renouvellement des confinements et l’habileté des parties en concurrence à exploiter la reprise de l’épidémie à leur avantage électoral.

Sans négliger la reprise en cours, il reste vrai que la Nouvelle Zélande a mieux résisté que la plupart des autres pays aux retombées sanitaires de la pandémie de Covid-19. Le pays en est à un peu plus de 1700 cas et 22 décès2 – une toute petite fraction des ravages observés dans les points chauds du globe.

Mais ces statistiques médicales cachent une réalité gênante sur la manière dont l’administration d’Ardern a géré la crise.

Loin d’un parangon de politique guidée par la science, l’approche de la Nouvelle-Zélande rappelle l’époque des pestes médiévales et des superstitions associées – comme de s’emmurer dans une abbaye fortifiée à la campagne pendant cette période en espérant, en priant que la crise passe devant la forteresse en ravageant le monde extérieur, et en baissant inévitablement la garde lors d’un instant de frivolité et de fête.

Et, pour un temps, une telle stratégie peut réussir en apparence – en particulier si la forteresse est isolée – comme les îles lointaines du Pacifique peuvent l’être – et si on accepte un isolationnisme soutenu par des mesures autoritaires récurrentes et draconiennes pour le maintenir. Mais l’approche de la forteresse face à une pandémie n’est ni une stratégie durable pour la Nouvelle-Zélande, ni un modèle adaptable au reste du monde.

Comme le montrent les événements des trois dernières semaines, les victoires apparentes de l’administration Ardern au seuil des 100 jours étaient fugaces, renversées en un instant par une erreur humaine ou même un coup de hasard qui a permis au virus de se faufiler à travers le poste de garde.

Le faible nombre de cas obtenu par l’administration Ardern ne fait que dissimuler une vulnérabilité auto-infligée bien plus grande résultant de la stratégie de confinement. La politique qui consiste à éliminer la Covid-19 en se barricadant contre le reste du monde « fonctionne » seulement si on suppose qu’on peut maintenir parfaitement la bulle jusqu’à ce que quelqu’un au dehors découvre un vaccin ou que le virus s’évanouisse du monde en raison de l’immunité collective extérieure.

« On reconnut alors la présence de la Mort Rouge. »

Fragilité et arrogance des mesures de confinement

Mais la stratégie d’isolement moyenâgeuse imposée par le confinement est intrinsèquement fragile – si fragile en fait qu’elle peut s’effondrer dans le chaos à tout instant, précipitant une fuite en avant pour retrouver l’illusion de maîtriser la situation.

Mais si la plus petite chose déraille – si quelqu’un passe la frontière avec un virus non détecté, si un bureaucrate fait une erreur dans une tâche administrative, si un travailleur qui a été en contact avec une personne infectée en quarantaine oublie de se laver les mains, ou si des milliers innombrables de scénarios similaires se déroulent – alors tout le dispositif d’isolement et de contrôle s’effondre. C’est le retour aux confinements récurrents, imposés à tout moment sans préavis, et qui se poursuivent à perpétuité.

Bien loin d’adopter cette stratégie comme un modèle, le monde doit éviter de se retrouver coincé dans des confinements perpétuels, comme c’est à présent le cas en Nouvelle-Zélande. Et l’administration de la Nouvelle-Zélande serait sage d’abandonner sa prétention arrogante de contrôler et de maîtriser un virus par de l’auto-isolement moyenâgeux, en cherchant plutôt une autre stratégie, solide face à des revers inattendus et armée pour un redressement qui prendra du temps.

Sur le web – Traduction par Contrepoints

  1. L’article original a été publié le 28 août 2020 (NdT).
  2. 2372 cas et 26 décès au 27 février 2021 (NdT).
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