N’oublions pas que le confinement vient aussi de Chine

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Le fait que les mesures adoptées par ce gouvernement chinois aient été si facilement imitées par les gouvernements occidentaux devrait être choquant et inquiétant pour tout libéral.

Par Finn Andreen.

La réaction occidentale à la pandémie du coronavirus pendant l’année 2020 a été tout simplement hystérique. Les confinements auront des conséquences économiques, sociales et sanitaires si graves, qu’ils auraient dû n’être même jamais envisagés. Nous n’en voyons encore pas la fin, avec couvre-feux en place et menaces de confinements futurs. Il est difficile de trouver des exemples historiques de mesures aussi draconiennes adoptées par les nations occidentales, même en temps de guerre.

Qu’est-ce qui a changé ? Rappelons-nous que la pandémie a commencé en Chine. Il faut garder à l’esprit l’origine chinoise de la pandémie, afin de comprendre la réaction politique en Occident. Si elle avait commencé à n’importe quel autre endroit sur Terre, les politiques occidentales auraient probablement été bien plus respectueuses des libertés individuelles.

Lors de la pandémie de grippe porcine de 2009, par exemple, aucun confinement de la société n’a été envisagé, bien que ce virus ait contaminé près d’un milliard de personnes et tué des centaines de milliers dans le monde. Mais la pandémie de grippe porcine a commencé en Occident, pas en Chine.

Bien que la plupart des gouvernements occidentaux aient progressivement acquis, au cours du siècle dernier, un contrôle toujours plus sophistiqué de la vie des citoyens, il existe néanmoins une tradition occidentale de respect pour la liberté individuelle.

Si un tel idéal signifie encore quelque chose, aucune catastrophe naturelle, quelle que soit sa gravité, ne serait une raison suffisante pour permettre à l’État de restreindre si considérablement la liberté fondamentale de populations entières.

Une population paniquée

Si on imagine un instant une pandémie si mortelle qu’elle menacerait d’anéantir une partie significative de l’humanité, aucune directive gouvernementale ne serait nécessaire. Une population paniquée restreindrait automatiquement ses mouvements, s’isolerait d’elle-même, porterait des masques, et pratiquerait la distanciation sociale.

Et elle ferait cela de son propre gré, mais toujours à condition qu’elle soit convaincue que de telles mesures puissent réellement limiter la contagion. La majorité prendrait alors de telles mesures par elle-même, sans qu’aucun gouvernement ne lui dise que faire.

Mais la nocivité de la Covid-19 pour l’ensemble de la population a été fortement exagérée, même si son impact sur les systèmes de santé est réel. La volonté des gouvernements occidentaux d’aller jusqu’à détruire des secteurs entiers de l’économie et mettre en péril la santé (sic) physique et psychique de millions de citoyens, afin de sauver des patients de la Covid dont l’âge moyen de décès est de 82 ans, est absurde.

La seule manière d’expliquer ce zèle est de considérer ces actions comme des moyens pour le gouvernement de se couvrir, aux dépens de la société dans son ensemble. Il s’agit pour la classe dirigeante d’éviter la retombée politique de l’incapacité des systèmes de santé occidentaux, essentiellement publics, à gérer une grave pandémie de grippe. L’État est l’ennemi de l’Homme, comme disait Herbert Spencer.

La politique de la Chine dans les têtes

Un gouvernement imaginaire qui serait à la fois économiquement responsable et  constitutionnellement obligé de respecter la liberté individuelle, n’aurait ni la volonté ni la possibilité d’imposer un confinement ou un isolement forcé à la chinoise à l’ensemble de la population.

Pourtant, un tel gouvernement aurait encore eu à sa disposition de nombreuses mesures non liberticides. Il aurait pu prendre des mesures d’urgence pour augmenter la capacité des unités de soins intensifs au moment où il était clair que le coronavirus allait se propager en dehors de la Chine (janvier 2020).

Les personnes âgées auraient pu recevoir rapidement des conseils sur les moyens de se protéger et des avertissements ciblés sur les risques qu’elles encouraient si elles ne se confinaient pas. Les visites dans les maisons de retraite publiques auraient pu légitimement être strictement réglementées dès le début.

Le manque scandaleux de masques de protection et les recommandations contradictoires à propos de leur utilisation n’auraient même pas dû avoir lieu. Une capacité de dépistage du virus aurait pu être développée bien plus tôt.

Bien sûr, même si toutes ces mesures avaient été prises, la Covid-19 aurait néanmoins eu un impact significatif sur les systèmes de santé en Occident, et peut-être plus qu’en Chine.

Mais la société occidentale doit se débarrasser de l’idée erronée mais omniprésente qu’un État-providence gonflé et inefficace peut et doit protéger la population contre tous les fléaux possibles. Cela n’a jamais été le cas et ne pourra jamais l’être. Espérons que cette pandémie aura au moins l’effet de convaincre de cela une partie de la majorité étatiste.

Mais même ces mesures respectueuses de la liberté, comme celles dont disposait le gouvernement imaginaire ci-dessus, n’ont pas été prises par les gouvernements occidentaux réels, en grande partie à cause de leur incompétence.

Au lieu de cela, en janvier 2020, les politiciens, les bureaucrates et les médias occidentaux se sont contentés de regarder avec fascination la propagation du coronavirus en Chine, et la façon dont des villes entières, comme Wuhan, étaient complètement verrouillées, sur ordre du gouvernement central de Pékin, avec une panoplie d’autres politiques autoritaires.

Ces actions autoritaires typiques de l’Empire du Milieu semblent avoir été une belle inspiration pour les décideurs occidentaux sur la manière de répondre à la pandémie. En effet, cela fait longtemps que de nombreux politiciens et experts occidentaux envient la manière dont l’État chinois « gère » sa population.

Ils ont tant admiré le système politique chinois pendant la crise financière de 2008-2010, quand ils ont vu la facilité avec laquelle l’État chinois pouvait mettre en œuvre la politique économique de son choix, sans avoir à être soumis à aucune sorte de critique médiatique ou de débat démocratique.

Mais ces « experts » occidentaux ont oublié que la Chine n’est pas l’Occident. La Chine n’a pas de tradition ni d’expérience en matière de démocratie, de liberté politique ou de droits de l’Homme.

Bien que la Chine ait aujourd’hui mis en place une sorte d’économie de marché, avec davantage de succès que les pays occidentaux si lourdement taxés et réglementés, politiquement elle reste une dictature communiste. Son succès ces dernières décennies est dû en grande partie à sa population résiliente et travailleuse, une fois que Pékin a abandonné l’étau qu’était la planification centrale de l’économie.

Les Chinois connaissent leur gouvernement ; ils le respectent et le craignent. Ils ont bien compris que leur contrat social consiste à être autorisé à s’enrichir dans un système quasi-capitaliste, à condition qu’ils obéissent strictement au gouvernement et ne se mêlent pas de politique.

Il ne faut pas oublier que le gouvernement chinois est héritier de l’armée révolutionnaire de Mao Zedong. Après avoir remporté la longue et brutale guerre civile en 1949, il imposa au peuple chinois une culture martiale, ascétique, paysanne et nationaliste. C’est une culture du sacrifice de l’individu pour le bien-être général et pour la grandeur de la Chine.

Cette culture est toujours sollicitée de nos jours et surtout en période de crises nationales, comme celle du Coronavirus. Le gouvernement chinois actuel est le descendant direct de celui qui a conçu le Grand Bond en avant et déclenché la Révolution culturelle. Ces deux périodes ont conduit à la mort de dizaines de millions de Chinois et créé des souffrances et une pauvreté extrêmes pour la majorité de ceux qui ont survécu.

C’est le même gouvernement qui a abattu des milliers de manifestants sur la place Tiananmen il y a 30 ans, et n’hésiterait probablement pas à le faire à nouveau à Hong Kong si cela avait été une solution au problème. Actuellement, ce même gouvernement est en train de mettre en œuvre un système de surveillance de toute la population à l’aide de caméras, de drones, et d’intelligence artificielle, à nouveau suscitant l’intérêt de gouvernements occidentaux.

Ce système orwellien a été mis à profit lors des confinements de 2020, et il n’est pas surprenant d’apprendre que pendant les premières phases de la pandémie, le gouvernement chinois a dissimulé et manipulé l’information concernant le coronavirus.

Agression contre son propre peuple

Bref, un gouvernement avec un bilan aussi horrible d’agression contre son propre peuple n’a évidemment aucun problème à ordonner à ses citoyens de faire tout ce qu’il juge nécessaire, quelles que soient les conséquences.

Le fait que les mesures adoptées par ce gouvernement chinois aient été si facilement imitées par les gouvernements occidentaux devrait être choquant et inquiétant pour tout libéral. Cela montre à quel point l’Occident s’est éloigné des valeurs libérales qui dominaient l’Europe pendant le XIXe siècle. Il n’est pas possible de continuer à donner son support à des gouvernements qui ont abandonné le peu de respect pour la liberté individuelle qu’il leur restait. Chacun doit se rappeler que tout pouvoir politique repose avant tout sur le consentement de la majorité.

 

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