Dans un monde complexe, la centralisation politique est inefficace

Screenshot_2021-02-10 Déclaration du Premier ministre Jean Castex à l’issue du Conseil de défense Covid-19 - YouTube — Élysée on Youtube,

La centralisation, la puissance procurée par les prélèvements obligatoires les plus élevés du monde, la règlementation et l’armée des 7 millions de fonctionnaires devraient nous permettre d’anticiper les crises, sinon de les résoudre au mieux.

Par Jean-Philippe Feldman1.

Droite, gauche, centre, peu importe : nos gouvernants sont fréquemment accusés d’être plus ou moins déconnectés de la réalité. Leurs analyses semblent hors-sol, les normes qu’ils prennent dépassées ou inefficaces.

La planification comme panacée ?

Pourtant, à partir du milieu du XXe siècle, le développement des ordinateurs avait laissé croire à certains que la planification centralisée serait la panacée et que, conséquemment, les pays du socialisme… réel, dont nos intellectuels ne manquaient de chanter si souvent les louanges, écraseraient de leurs performances les contrées où l’ignoble capitalisme subsistait encore.

Hormis quelques attardés, plus personne ne défend officiellement ce type de position, mais notre nation s’enorgueillit encore de l’existence d’un Haut commissaire au Plan

La centralisation, puissance ou impuissance de l’État ?

La gestion calamiteuse de la pandémie actuelle par nos gouvernants amène à s’interroger sur les raisons de l’inefficacité, parfois de l’incompétence, des hommes politiques français au pouvoir depuis quelques décennies.

Valéry Giscard d’Estaing n’a ainsi jamais réussi à surmonter les deux crises pétrolières, François Mitterrand a fait en 1981 le contraire de ce qu’il fallait faire et leurs successeurs ont été dans l’incapacité de répondre aux crises financières successives.

Pourtant, la centralisation, la puissance procurée par les prélèvements obligatoires les plus élevés qui soient au monde, la règlementation foisonnante et l’armée des sept millions de fonctionnaires devraient nous permettre de gérer avec brio, d’anticiper les crises, sinon de les résoudre au mieux.

Les leçons de l’épistémologie

Malheureusement, les leçons que l’on peut tirer d’une épistémologie bien entendue nous montrent que plus le monde est complexe, moins une autorité centralisée est en phase pour le gérer.

Cependant, l’excuse habituelle des hommes au pouvoir est de dire, non que les politiques menées étaient une ineptie, mais qu’ils ont mal expliqué leur politique aux Français, décidément trop stupides pour l’avoir comprise.

C’est ce que l’on avait entendu de la bouche des ministres sarkozystes, puis hollandais, et c’est ce qui ne manquera pas de survenir dans les derniers mois de l’actuelle présidence.

La difficulté provient du fait que nos gouvernants en restent trop souvent, et paresseusement, aux idées du passé. Or, plus les frontières s’estompent, n’en déplaise à certains, plus la puissance des États se dilue. Le simplisme de nos hommes politiques ne résiste plus à la pensée complexe.

Prétendre régir la société avec quelques normes centrales comme sous Napoléon est de plus en plus voué à l’échec car les actions et les interactions des individus se mêlent d’un bout à l’autre de l’univers, et non plus seulement dans une aire limitée.

Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est incompréhensible. Cette boutade, comme toute boutade, recèle au moins un fond de vérité : contrairement à quelques apophtegmes, gouverner n’est ni simple ni facile.

Gouverner est complexe et c’est justement ce qui devrait inciter nos gouvernants à faire preuve d’un peu plus d’humilité. Cette humilité à l’égard du processus social si chère à Friedrich Hayek.

  1. Jean-Philippe Feldman vient de faire paraître Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron, Odile Jacob, 2020.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.