Géorgie : Ivanishvili quitte la politique après avoir amené le pays au seuil de l’OTAN et de l’UE

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Bidzina Ivanishvili, leader du parti au pouvoir et ancien Premier ministre géorgien, se retire de la vie politique au moment où la république du Caucase est plus proche que jamais de l’OTAN et de l’Union européenne.

Par Guillaume Périgois.

La semaine dernière, la présidente géorgienne Salomé Zourabichvili était à Bruxelles pour rencontrer les dirigeants de l’UE au Parlement, à la Commission et au Conseil ainsi que le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, qui a à nouveau souligné que la Géorgie était sur la voie de son adhésion à l’OTAN.

Suite à une précédente réunion en décembre 2020, la Géorgie a vu son partenariat avec l’OTAN renforcé par des capacités de défense accrues, ce qui rapproche encore plus la Géorgie d’une éventuelle adhésion à l’OTAN.

Les efforts soutenus de Tbilissi pour rejoindre l’Alliance atlantique se comprennent aisément. La principale tension sous-jacente à la politique géorgienne est en effet issue des efforts incessants de la Russie pour faire pression sur son voisin méridional afin qu’il reste dans son orbite.

L’ancienne république soviétique a mené une guerre de cinq jours contre la Russie en août 2008, déclenchée par l’ancien président géorgien Mikheil Saakashvili, en dépit des mises en garde de hauts fonctionnaires américains, dont Condoleezza Rice, à son encontre. Douze ans après, Moscou occupe toujours l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, soit un cinquième du territoire géorgien.

Au cours de la dernière décennie, les dirigeants politiques géorgiens ont ainsi travaillé à une adhésion à l’UE et à l’OTAN, de la mise en œuvre d’un accord d’association avec l’UE à l’accueil d’exercices multinationaux de l’OTAN en 2019 et 2020.

Cette relation toujours plus étroite, patiemment tissée entre la république du Caucase et l’Ouest, est principalement à mettre au crédit de son ancien Premier ministre Bidzina Ivanishvili, qui a récemment décidé de passer le témoin à la nouvelle génération pour se consacrer à la philanthropie.

L’homme le plus riche de Géorgie a en effet déclaré, le 11 janvier dernier, qu’il avait décidé de quitter définitivement la vie politique après la victoire du parti Rêve géorgien aux élections législatives d’octobre 2020. Monsieur Ivanishvili a déclaré :

« J’ai décidé de me retirer complètement de la politique et de lâcher les rênes du pouvoir. Je quitte mon poste de président du parti, ainsi que le parti lui-même »

Bidzina Ivanishvili, dont le patrimoine est estimé à 5 milliards d’euros, a fait fortune dans la Russie post-soviétique en rachetant un ensemble d’exploitations minières, d’usines sidérurgiques, de banques et de biens immobiliers au cours des années 1990. Il en a vendu la majorité avant son élection au poste de Premier ministre en octobre 2012 en tant que chef du parti qu’il a créé, Rêve géorgien. Outre son départ, il a annoncé qu’il consacrerait plus de 90 % de sa fortune à ses activités philanthropiques.

Au-delà de cette plus grande proximité avec l’OTAN, la Géorgie semble avoir franchi un cap au cours des dernières années.

La pauvreté a été réduite de moitié, passant de 32,5 % en 2006 à 16,3 % en 2017, les moins favorisés bénéficiant des politiques du gouvernement et des nouvelles opportunités économiques.

Depuis 2012, le pays est aussi devenu l’un des meilleurs endroits au monde pour faire des affaires.

Le classement annuel Doing Business dressé par la Banque mondiale place la Géorgie à la septième place, devant le Royaume-Uni (huitième place), loin devant la France (32ème place) et bien au-dessus de 26 des 27 États membres de l’UE.

Dans son rapport 2020 sur la liberté économique dans le monde, le think tank libéral canadien Fraser Institute place la Géorgie parmi les leaders mondiaux en termes de liberté économique : « La Géorgie est classée au huitième rang des pays les plus libres économiquement, derrière Hong Kong, Singapour, la Nouvelle-Zélande, la Suisse, l’Australie, les États-Unis et l’île Maurice ».

La démocratie de cet ancien État satellite de l’URSS est maintenant solidement ancrée, comme en témoignent trois élections libres et équitables consécutives.

Le Parlement européen a ainsi fait l’éloge des élections législatives d’octobre 2020, déclarant que « les candidats ont pu faire campagne librement, ce qui a donné aux électeurs un véritable choix entre plusieurs plateformes ».

Un processus démocratique stable, un ancrage politique et stratégique à l’ouest et une économie libre : l’ancien Premier ministre laisse en héritage un pays qui peut se tourner vers l’avenir avec optimisme.

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