Persécution des Ouïghours : le régime chinois est bien communiste

lenin by dave shea (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Le traitement inhumain infligé aux Ouïghours reflète la nature véritable du communisme.

Par Lionel Chanel.

Les Ouïghours, cette population turcophone et musulmane de la province chinoise du Xinjiang, sont assujettis au pouvoir communiste de Pékin depuis 1950. Les camps de rééducation, lieux d’enfermement et de tortures physique et psychologique, représentent l’aspect le plus répugnant du totalitarisme à l’œuvre en Chine contre cette minorité.

Des témoignages, comme celui de Gulbahar Haitiwaji, une rescapée de ces camps qui vient de sortir un livre sur son expérience de détenue, permettent de se faire une idée de l’enfer que subissent les Ouïghours.

En plus des camps, les attaques contre la religion musulmane, contre le patrimoine architectural et l’isolement forcé auquel sont forcés les Ouïgours représentent d’autres méthodes de ce qui peut s’apparenter à un nettoyage ethnique. Le système de surveillance repose sur un « quadrillage » (wange en langue chinoise) qui permet de récolter des informations sur la population par plusieurs canaux : écoutes téléphoniques, interceptions électroniques, perquisitions… Mais également, dans les régions où se manifeste une forte contestation du pouvoir communiste, ce dernier impose le rationnement de l’eau et des taxes supplémentaires.

Le but de Pékin est de réduire à presque rien, sinon d’éliminer totalement, la culture ouïghoure. D’ailleurs le nom même de Xinjiang, « nouvelle frontière » traduit cette volonté de transformer cette région en une province parfaitement chinoise où elle envoie, parfois par wagons entiers, depuis des décennies, des colons chinois pour y faire grossir la population han.

L’Autre, ennemi du régime

La répression de populations pour des motifs ethniques n’est pas une nouveauté dans l’histoire du communisme. De la « décosaquisation » initiée par Lénine en 1919 aux persécutions, par les Khmers rouges, de la minorité musulmane cambodgienne des Chams, en passant, en URSS, par l’extermination des Ukrainiens par la faim (Holodomor) dans les années trente et la déportation des « peuples collaborateurs » durant la Seconde Guerre mondiale, nombreux furent les victimes des bouchers communistes assassinées en raison de leur appartenance à une nation ou une ethnie différente.

Comment une doctrine fondée sur la « lutte des classes » et la « guerre contre la bourgeoisie » a-t-elle pu guider ses répressions et ses meurtres de masse par des impératifs ethniques ? C’est Thierry Wolton qui nous donne la réponse, dans le troisième volume de son Histoire du communisme.

Les pouvoirs communistes, explique-t-il, dans leur désir de bâtir la cité idéale, devaient faire table rase du passé et détruire tout ce qui rattachait les hommes à l’ancien monde.

La culture et la religion, évidemment, faisant partie de ces obstacles à éliminer, il n’est pas étonnant que l’utopie communiste se soit muée en « national-communisme » : la diversité des peuples formait un barrage sur la route menant à l’avenir radieux, il fallait donc l’éliminer. Il écrit :

« Le national-communisme, […] est la seule voie possible que peut emprunter l’idéologie si elle veut trouver une concordance a minima avec la réalité1».

Ce décalage constant entre utopie et réalité trouvait, aux yeux des communistes au pouvoir, un élément d’explication chez l’Autre, considéré comme un ennemi du régime. Ce dernier étant totalitaire, il devait fatalement trouver des boucs-émissaires chez des peuples « étrangers ».

Thierry Wolton écrit :

« Le nationalisme est devenu prépondérant dans les régimes communistes dès que ceux-ci ont été en butte à des difficultés. Tous ont fini par s’y adonner car tous ont connu l’épreuve de vérité, l’inadéquation entre théorie et pratique, quand l’idéologie s’est brisée sur les écueils de la réalité. Le repliement sur soi des régimes totalitaires, qui est une obligation pour s’assurer une totale emprise sur la population, a provoqué un complexe obsidional qui a alimenté cette fuite en avant nationaliste2. »

La véritable nature du communisme

L’obsession ethnique, voire raciale, est-elle étrangère aux fondateurs du marxisme ? À lire certains de leurs écrits, non.

La correspondance de Marx et Engels nous fournit des perles que la revue Histoire et Liberté, en 2006, avait mis en lumière3.

Marx, ainsi, parlait des Espagnols : « Les Espagnols sont déjà des êtres dégénérés. Mais un Espagnol dégénéré, un Mexicain, voilà l’idéal. »

Commentant un livre de l’anthropologue Pierre Trémaux, Marx dit à Engels que la preuve est faite « que le type nègre n’est qu’un type bien supérieur dégénéré ».

À propos de la nation polonaise, Engels explique à Marx que « tout ce que les Polonais aient jamais fait dans l’histoire, ce sont des sottises », et la qualifie même de « fainéante ». Il la compare à la Russie qu’il juge supérieure, malgré « toute sa vulgarité et sa malpropreté slave ».

Le traitement inhumain infligé aux Ouïghours reflète la nature véritable du communisme.

  1. Thierry Wolton, Une histoire mondiale du communisme, tome 3, Les victimes, Paris, Grasset, 2015, p. 192.
  2. Ibid., p. 223.
  3. Histoire et liberté, printemps-été 2006. Toutes les citations qui suivent en sont extraites.
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