Affaire Olivier Duhamel : Finkielkraut touche deux cordes sensibles

La culture de l’excuse à la base comme au sommet exaspère, Alain Finkielkraut nous en est témoin, car elle rappelle l’inégalité de traitement moral, politique et médiatique entre citoyens.

Par Frédéric Mas.

Les commentaires de l’essayiste Alain Finkielkraut sur les accusations de viol dont a été victime Victor Kouchner lui ont valu sa place sur LCI.

Ses propos sur le consentement de la victime ont fait bondir les téléspectateurs car ils semblaient minimiser le crime du beau-père incestueux, ce dont le polémiste se défend.

Il disparaît des chroniqueurs de l’émission quotidienne de David Pujadas, sans autre forme de procès. Alain Finkielkraut a touché deux cordes sensibles qui, une fois emmêlées, déchaînent les passions populaires : la pédophilie et la vie privée des élites.

On a pu constater à quel point ces thèmes peuvent alimenter le ressentiment populaire aux États-Unis, avec le développement des théories du complot sur les élites pédophiles apparues dans le sillage de QAnon.

Au cœur du pouvoir

Dans un livre signé de sa belle-fille, La Familia Grande, Olivier Duhamel est accusé d’inceste sur son beau-fils Victor à l’époque où celui-ci était encore adolescent. Olivier Duhamel n’est pas n’importe qui : constitutionnaliste réputé, ancien député européen socialiste, président de la prestigieuse Fondation nationale des sciences politiques et du très select club « Le siècle », il était au cœur de la galaxie du pouvoir et surtout de la fabrication des élites du pays.

Si les révélations de Camille Kouchner, par ailleurs fille de l’ancien ministre Bernard Kouchner et d’Évelyne Pisier, ont choqué, c’est aussi parce que beaucoup trop de monde semblait au courant depuis longtemps. Et que personne n’a rien dit.

Élisabeth Guigou, réputée proche d’Olivier Duhamel, et surtout à la tête d’une commission de lutte contre les violences sexuelles commises contre les enfants, affirme n’avoir rien deviné ni rien vu.

Après avoir appris que l’actuel directeur de Science Po aurait été informé des accusations sordides portées contre le mandarin depuis 2018, des élèves du prestigieux établissement d’enseignement ont réclamé sa démission. Mais des dizaines d’autres membres de l’entourage du politologue semblent avoir été dans le secret, hélas.

L’affaire est sordide, et porte une lumière crue sur la manière dont fonctionne la nomenklatura française. L’omerta et l’entre-soi y règnent en maître, et les leçons de maintien de la gauche morale qui constituait le cœur de ces réseaux sonnent désormais un peu faux aux oreilles des citoyens ordinaires.

La culture de l’excuse à la base comme au sommet exaspère, Alain Finkielkraut nous en est témoin, car elle rappelle l’inégalité de traitement moral, politique et médiatique entre des citoyens qui en démocratie libérale exigent l’égalité en droit comme en reconnaissance. Une victime de viol, qu’elle naisse dans les quartiers chics de Paris ou ceux populaires de Dunkerque, mérite qu’on lui fasse justice. La crédibilité de l’État de droit en dépend.

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