La Grèce vers une nouvelle crise financière

Greece Flag By: Dalibor Tomic - CC BY 2.0

Le gouvernement de centre-droit arrivé au pouvoir en juillet 2019 n’a pas réussi à libéraliser l’économie et à mener des réformes orientées vers le marché et la pandémie n’a fait qu’empirer les choses.

Par Antonis Giannakopoulos.
Un article de Mises Institute

L’économie grecque a enregistré une chute record de 14 % au deuxième trimestre de 2020 et ce tandis que les efforts du gouvernement pour « assainir » l’économie dirigent le pays vers le franchissement de seuil de 200 % du ratio dette/PIB, comme prévu par le FMI. Pendant ce temps, les déficits budgétaires du gouvernement ont atteint de nouveaux sommets, environ 7 %.

La réponse gouvernementale à la récession

Le gouvernement grec a tenté de lutter contre la crise économique avec des politiques budgétaires et monétaires de relance, via la Banque centrale européenne. L’objectif initial était de financer à peu près tous les acteurs des secteurs publics et privés afin de passer les mois de confinement en attendant une reprise économique de la période estivale avec l’arrivée des touristes sauvant la mise.

Il est cependant rapidement devenu évident qu’il s’agissait d’un vœu pieux. Les professionnels du tourisme ont vite admis que le secteur prendrait des années à retrouver les niveaux des années passées. La situation semblait encore plus mauvaise lorsqu’on réalisa à quel point toute l’économie dépend du tourisme : il pèse 20 % du PIB et fournit 22 % des emplois en Grèce.

De plus, les solutions du gouvernement grec, comme la plupart des autres gouvernements en Europe, s’appuyaient principalement sur des politiques axées sur la demande.

Comme je l’avais prévu dans un de mes précédents articles, ces mesures ne peuvent que fournir un bol d’air temporaire en repoussant le problème à plus tard. Le chômage a augmenté de 1,2 % entre mars et avril, de 1,3 % d’avril à mai, puis a légèrement baissé pendant la période touristique. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a estimé que le taux de chômage atteindra environ 20 % à la fin de l’année.

En attendant, le fait que le PIB se soit contracté de 14 % dans le deuxième trimestre signifie que l’économie grecque va mettre de nombreuses années à retrouver les chiffres d’avant la pandémie et en particulier compte tenu des taux de croissance anémique de ces dernières années.

Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Le bilan de la BCE a massivement augmenté, passant de 39 % du PIB à 54 % durant l’été. À titre de comparaison, le bilan de la Fed se situe autour de 32 % du PIB. Les injections de liquidités via la BCE ont zombifié un nombre considérable d’entreprises dans l’Union européenne, en accroissant leurs dettes à des niveaux jamais vus.

Concernant la Grèce, le gouvernement a exploité de nouvelles marges de manœuvres budgétaires, qui lui ont été accordées par l’UE, ce qui a permis de perpétuer les problèmes structurels de son économie en plus de déficits abyssaux. Pendant la saison touristique, les coûts étaient tellement importants qu’une frange considérable de l’industrie touristique a décidé de ne pas travailler cet été pour ne pas perdre d’argent.

L’intervention du gouvernement n’a fait qu’empirer les choses en évitant de résoudre le plus grand problème de l’économie, à savoir la rigidité du Code du travail. Plutôt que de partiellement libéraliser ce code, l’État l’a rendu encore plus rigide et restrictif.

C’est pour cette raison que les patrons n’ont pas réussi à ajuster leurs activités au choc issu de la crise du coronavirus. Rendre les embauches encore plus chères et risquées est le mode d’emploi pour assurer un désastre, en particulier dans le contexte d’une économie fragile manquant de capital et d’investissement comme c’est le cas pour la Grèce.

Bien que les dépenses n’aient pas stimulé l’économie, nous ne pouvons pas dire que cela a eu un effet négatif à court terme du moins, étant donné qu’elles étaient principalement financées par l’Union européenne. Par ailleurs, les crédits et les prêts à taux faibles rendus possible par la BCE et par la pression des politiques sur les banques, ont prolongé un autre problème structurel majeur de l’économie en général : le manque d’épargne et un endettement fort.

Les déficits budgétaires sont une problématique qu’il faut résoudre, car ils sont au plus haut, faisant des années 2010 une décennie perdue pour toute l’économie, sachant que le but de « l’austérité européenne » était de rendre la dette plus soutenable.

Comme l’a admis le ministre grec des Finances, les baisses d’impôts réalisées pendant les derniers mois ne dureront pas, puisque le nouvel objectif pour la Grèce est d’avoir la plus forte baisse du ratio dette sur PIB de la zone euro. Le secrétaire d’État aux Finances a récemment évoqué la possibilité d’un nouveau programme d’austérité similaire à celui de la décennie précédente. En apparence, les excédents budgétaires sont une bonne chose et sont nécessaires, mais on se doit de se demander s’ils peuvent devenir réalité.

Les baisses d’impôts ne seront pas permanentes, il semble donc que les Grecs adopteront bientôt la même stratégie perdante que celle essayée pendant une décennie, celle-là même qui a été poussée par les fonctionnaires de Bruxelles : des taux d’imposition élevés pour augmenter les recettes, mais avec des coupes minimes dans les dépenses publiques.

Le problème n’était pas les baisses d’impôts, mais les dépenses du gouvernement ainsi que les déficits publics. Les déficits ont un effet d’éviction bien plus important sur le secteur privé que les simples dépenses. À la fin, ces déficits devront être payés par les générations futures. De potentielles futures augmentations d’impôts auront un effet encore plus désastreux pour le secteur privé. Le traitement est pire que la maladie.

Le gouvernement de centre-droit arrivé au pouvoir en juillet 2019 n’a pas réussi à libéraliser l’économie et à mener des réformes orientées vers le marché et la pandémie n’a fait qu’empirer les choses. Le gouvernement n’a entrepris aucune réduction d’impôt majeure et définitive qui aurait pu avoir un impact réel pour alléger une partie de la pression sur le secteur privé.

La dérégulation a également été un problème primordial : l’économie grecque était et est toujours désespérément en besoin d’investissement étranger. Cependant la liberté d’investissement n’a pas connu d’amélioration significative et les principaux investissements ainsi que les programmes d’infrastructure sont très en retard. Les obstacles bureaucratiques s’étendent même à la justice, la rendant lente et inefficace avec une corruption généralisée.

L’indice de liberté économique donné par le Heritage Foundation nous donne un aperçu intéressant de l’état de la liberté économique en Grèce.

Le graphique suivant compare la liberté d’investissement en Grèce avec les pays voisins qui se disputent l’investissement régional.

Conclusion

Il faut que les gens comprennent que lorsque que vous avez une économie faiblement productive et fortement endettée, son arrêt à deux reprises en un an aura des répercussions qui dureront des années en fonction des politiques de relance. L’économie a besoin de réformes structurelles majeures. Le droit du travail doit être libéralisé.

Les excédents budgétaires sont bien entendu un bon objectif, en particulier en ce moment pour éviter une nouvelle crise de la dette, mais ces excédents doivent venir de coupures à réaliser dans le secteur public.

Les baisses d’impôts doivent devenir permanentes et même plus importantes encore pour que l’économie puisse croître et se développer. Enfin, rendre les investissements nationaux et internationaux plus simples, moins chers et minimiser leurs risques est une question d’urgence absolue, d’autant plus que la Grèce est dépassée par les pays qui l’entourent.

La Grèce a besoin de tirer tous les avantages de son potentiel. Un environnement propice aux affaires dans un marché libéralisé est la seule voie. Ceci peut réduire les effets négatifs de la crise du coronavirus puis consolider doucement mais sûrement la reprise, ce qui rendra le pays plus productif et donnera des perspectives pour sortir de ses problèmes économiques et devenir une puissance économique régionale.

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