Et maintenant, le CSA va bloquer le porno aux mineurs !

Trois associations viennent de saisir le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel ) pour obtenir le blocage de huit sites pornographiques.

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Et maintenant, le CSA va bloquer le porno aux mineurs !

Publié le 2 décembre 2020
- A +

par h16

En 2018 et suite à une enquête totalement neutre et ficelée avec un art consommé de la recommandation musclée, nos parlementaires se penchaient (ENFIN !) sur l’impérieuse question des addictions des jeunes et comment (ENFIN !) les en écarter : alcool, drogue, cigarette, et même pornographie, il était (ENFIN !) temps d’agir.

En juin de cette année, le projet est présenté et la loi votée : alors que la plupart des Français se déconfinent gentiment en tentant d’oublier les douloureuses amendes pour oubli de cerfa autosigné, le pays, piloté de main de maître par une phalange de redoutables génies multidimensionnels, est maintenant largement débarrassé de ses plaies économiques et sociales, et les parlementaires peuvent donc mettre en commun leur considérable turbo-intelligence pour formuler une solide proposition de loi dont l’objet porte sur les violences conjugales. Et donc paf sites pornos, évidemment : l’amendement (un tout petit peu cavalier législatif) de l’époque, voté en juillet, permet de bloquer l’accès de ces sites aux mineurs au travers d’un filtrage qu’on imagine déjà aussi bien foutu qu’efficace, avec blocage d’accès des sites récalcitrants à la clé, non mais alors.

Et voilà donc que trois associations viennent de saisir le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel ) pour obtenir le blocage de huit sites pornographiques, puisque, selon elles, ils ne comportent pas les mesures indispensables de filtrage pour en restreindre l’accès aux seuls majeurs.

Pour ces associations et pour nos parlementaires, c’est très simple : comme la loi impose ce filtre, pif, paf, pouf, il suffit de mettre un filtre, et pif, paf, pouf, l’internaute sera filtré. L’internet, les subtilités techniques et les réseaux informatiques, pour ces gens, pif, paf, pouf, ça n’existe pas vraiment et tout est résolument plus simple que la réalité de terrain.

Et en tout cas, tout le monde semble persuadé que si le CSA y met un peu de bonne volonté, les sites désignés auront 15 jours pour se mettre en conformité (fastoche). Et s’ils ne le font pas, ils pourraient voir leur accès bloqué sur décision de justice (encore plus fastoche).

Oui, vraiment fastoche : se mettre en conformité ne sera probablement envisagé que pour les sites français. Les autres ne s’inquiéteront pas trop des gesticulations de l’autorité française. Ensuite, quinze jours pour construire une vérification de majorité promet quelques moments croustillants : devra-t-on enregistrer une carte de crédit pour surfer sur le site coquin ? S’agira-t-il plutôt d’un document officiel ?

Entre les fausses cartes disponibles à foison sur internet, la réticence naturelle des internautes à laisser leurs coordonnées bancaires, la facilité de présenter une carte d’identité bidon à une entreprise qui n’aura en réalité aucun moyen d’en vérifier la véracité effective, tout ceci n’aura qu’un effet : déplacer à l’étranger les sites encore hébergés dans l’Hexagone, point. Le reste ne sera qu’une vaste blague.

Du côté des internautes, l’obtention d’un logiciel permettant de les localiser hors de France (via un VPN par exemple) étant à la fois triviale et même parfois gratuite, on comprend rapidement que ceci sera très rapidement contourné.

Quant à bloquer les accès sur décision de justice, c’est une aimable blague : si le site est étranger, il restera toujours disponible. Si le site est français, le nom de domaine et la localisation peuvent être changés de façon très rapide (quelques jours à quelques heures voire quelques minutes pour les plus préparés). C’est aussi grotesque qu’inefficace et inapproprié.

Du reste, tout ceci est parfaitement en ligne avec ce qui a déjà été tenté, et qui a déjà amplement foiré dans d’autres pays. Ainsi, l’Islande a du abandonner en 2013 l’idée d’interdire la pornographie en ligne. En Inde c’est en 2015 et après avoir tenté de bloquer plus de 800 sites que les autorités ont été obligées de faire marche arrière.

La dernière tentative en date fut en Angleterre et les Anglais ont depuis amplement renoncé à ce projet idiot : évoquées en 2015 puis mises en places à partir de 2017, les restrictions ont été rapidement abandonnées en 2018 devant les difficultés techniques et les effets de bords nombreux et indésirables.

Autrement dit, tout indique que la réaction des autorités va aboutir à un magnifique fiasco qui se terminera, dans le meilleur des cas, en jus de boudin inopérant auquel on devra mettre fin sans tambour ni trompette dans quelques mois ou, dans le cas le plus probable, qu’on verra s’agiter de nombreuses années, au frais du contribuable, ces associations et cette institution pour faire appliquer une loi mal boutiquée écrite par des incultes techno-challengés, le tout en pure perte.

Comme d’habitude en République du Bisounoursland, on cherche à tout prix à résoudre un problème sociétal, du ressort de la responsabilité individuelle (ici, clairement parentale) par un artifice technique. De surcroît, la solution technique proposée n’en est pas une tant elle est à la fois incompatible avec l’existant et fait fi des capacités techniques moyennes disponibles à l’internaute moyen, surtout lorsqu’il est jeune, inventif et jamais en retard pour contourner lois et règlements. En fait, tout ceci donnera à ces jeunes l’occasion de tester de nouveaux produits techniques de contournement, ce qui – au passage – incitera les fournisseurs de ces logiciels à encore plus de convivialité et à s’adapter directement à un nouveau segment de marché.

Et pendant que ces jeunes apprendront à contourner les censures et interdictions gouvernementales (ce qui est finalement un simple entraînement à ce qu’ils devront faire pour survivre dans l’enfer liberticide qui se met en place dans ce pays, loi idiote après loi débile), les législateurs, toujours aussi obtus, continueront à la fois de s’interroger sur l’inefficacité de leurs mesures et d’ignorer à peu près tout du fonctionnement réel de la société, l’internet n’étant ici que la partie la plus visible de leurs lacunes.

Refusant de renvoyer ces associations et les parents à leurs tâches essentielles de formation, de prévention, d’accompagnement des progénitures, refusant en fait de responsabiliser ces parents en reportant la charge de la vérification des contenus consultés aux entreprises fournisseuses, nos brochettes de parlementaires démontrent encore une fois pourquoi ce pays s’enfonce : comme il n’y a plus de responsabilité, il n’y a plus de liberté.


—-
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  • Bah , Cedric O va résoudre le problème avec son équipe de brillants informaticiens.. Peut être avec l’aide des chinois ou de la Corée du nord ?
    Sinon, j’ai la solution, déconnecter l’internet français du monde libre, une ligne maginot, personne ne rentre, personne ne sort.

    • J’avoue suivre ce genre de gesticulations numériques ou digitales d’assez loin (même l’humour requiert un minimum de finesse).

      Cependant, il me semble avoir vu Cedir (histoire d’) O tenter d’expliquer à l’assemblée ce qu’est un VPN ? Ce qui voudrait dire pour moi que même un ministre sachant utiliser un mulot ne change rien à l’affaire.

      Si la compétence du ministricule dépassait l’usage du mulot, il rendrait son tablier car les « barrières » mises en place vont provoquer une contre-réaction technologique qui va le dépasser largement.

    • Il faudra mettre des brouilleurs partout aux frontières ainsi que vers tous les satellites.
      Belle entreprise…

  • et comme ça ne va pas résoudre ce non problème, on peut s’attendre à une « suite »..

  • Je me demande sincèrement s’il y a une seule utilité concrète morale ou autre au CSA. A mon avis ce truc ne mérite qu’une chose: D’être dissout, avec tous les employés virés (s’ils sont si bons que ça ils retrouveront du taf ailleurs n’est ce pas?…), ses locaux vendus, et ses prérogative non pas transférées mais abolies. La simple existence de cet étron est contraire à la liberté d’expression. Cette institution doit crever, et sa fin doit être suffisamment brutale (financièrement et légalement j’entends, je ne parle pas d’y poser une bombe, que ce soit bien clair!) pour servir d’exemple à ceux qui voudraient prendre la suite.

    A ceux qui pensent qu’il faut des « garde fous » à le liberté d’expression, je réponds qu’il faut DEUX gardes fous au despotisme et l’un des deux est la totale liberté d’expression. J’ajouterai que le risques de dérives despotique d’une institution dont l’objet est de censurer, est infiniment plus dangereux que des ados qui se touchent en regardant du porn, n’en déplaise aux « mamans en colère » qui voudrait que leur rejeton fasse une carrière pro d’enfant de coeur en ne grandissant jamais.

    • Vous avez totalement raison. On a toujours surestimé l’influence des images sur le comportement des hommes. Dans ma jeunesse, on incriminait le cinéma et les « illustrés » (bandes dessinées) dans les violences et crimes commis puis cela a été la télévision puis les séries TV… En fait, ni Gengis Khan ni Attila ni Jack l’Eventreur ni Hitler ou le Dr Mengele n’ont eu besoin de visionner des séries TV pour commettre leurs assassinats de masse

    • Bien dit.
      Signé par une « Maman pas en colère » ?

  • Est-ce que ces mesures visent aussi les vidéos réalisées par Benjamin Griveaux?

  • Comment ça ?

    Le CSA voudrait interdire les « minitels roses » du propriétaire du Monde, gendre d’Arnaud et financeur de Macron.

    On en a embastillé pour moins que ça.

  • H16 n’a toujours pas compris qu’en France, on s’en moque des autres pays, c’est des nuls, des minables, que dis-je, des charlatans ! Si chez eux ça n’a pas marché, ça marchera forcément chez nous ! tsss… (merci encore pour cet excellent article) 😀

  • Le vote de cet amendement m’avait échappé. Sans doute un effet de la crise sanitaire. Comme sans doute a échappé à beaucoup de gens un autre texte, paru il y a peu, rendant obligatoire pneus neiges ou chaînes dans toutes les communes de montagne. Texte gelé pour cause de Gilets jaunes et passé en catimini pendant que les esprits sont tournés ailleurs.
    Ce gouvernement est vraiment retors.
    Je soupçonne donc que ces 3 assoces, soient comme les rois mages de la légende : des apporteurs de cadeaux pour le petit Jésus qui vient de naître…

  • Tout ceci alors que certains parlementaires européens viennent d’être « choppés » sur le fait d’une orgie à Bruxelles https://www.nicematin.com/amp/faits-divers/la-police-intervient-sur-une-covid-partouze-a-bruxelles-un-depute-europeen-senfuit-611055 Alors peut-être que ce ne sont pas les mêmes qui ont été attrapés dans cette « sauterie » que ceux qui veulent interdire le porno, mais ça en dit long sur leur morale. Moi je m’en fiche, ils font ce qui leur chantent, mais qu’ils arrêtent de vouloir contrôler la vie privée de tout le monde. Enfin ce qui est cocasse dans cette histoire, c’est qu’un des parlementaires européens pris sur le fait, a utilisé son immunité diplomatique pour ne pas se farcir une amende pour ne pas avoir respecté le confinement.

    • Une partouze gay, en réalité, à laquelle a participé un politicien du parti de Orban, vous savez, celui qui n’a de cesse de stigmatiser les LGBT !…
      Belle bande de tartuffes…

  • Cela promet ❗ TVP ❗

  • Comme toujours, le pays est au bord du gouffre, social économique politique terroriste et on s’occupe du sexe des anges (c’est le cas de le dire)
    Exactement comme les Byzantins quand les ottomans assiegaient Constantinople

  • @Vavavoum
    Bonjour,
    Je suis d’accord avec vous sur tout votre commentaire.
    « Je préfère un gamin qui regarde un site coquin que celui qui s’initie à l’art de la guerre, explosifs et autres éléments festifs ! » là aussi. J’émets un bémol toutefois sur « site coquin ». Les gamins ne regardent pas de « sites coquins ». Ils vont directement vers des sites « hard », où le soft, le « coquin » n’existe pas. C’est semblable au fait qu’ils regardent des vidéos qui les initient à la guerre aux explosifs et autres éléments festifs pour reprendre vos termes, au lieu de regarder un bon vieux Chuck Norris.
    Je travaille pour l’Ednat avec les élèves de collège. J&M leur sont très familiers.
    Avec 50% d’élèves de 6ème ne comprenant rien en français et pas plus en maths, leurs cerveaux ne sont pas préparés pour ce qu’ils regardent (et font partager, parfois même en plein cours).

    • J’allais commenter dans le même sens que vous, il faut préciser que maintenant les gamins/adolescents ne vont plus regarder Emmanuelle le dimanche soir sur la 6 en cachette ou piquer un magazine coquin.
      Ils vont directement dans les catégories plus hard avec facilité, il suffit d’avoir un smartphone, et n’ont pas le recul nécessaires pour faire la différence entre le réel et ce qu’ils voient en vidéos. Il ne faut nier ce phénomène qui peut faire passer certaines pratiques comme normales, alors que non, sans tomber dans le puritanisme.

      Pour revenir au sujet de l’article et sur la partie dédiée à la responsabilité des parents, c’est effectivement ce qui pèche. Une partie des parents laissent facilement une tablette numérique à leurs enfants, parfois jeune (8/9 ans) dans la chambre des dits-enfants, sans regarder ce que ces derniers regardes. Mais c’est sûr que c’est plus facile de faire ça (laisser les enfants se débrouiller tout seul) que de s’occuper d’eux.

      • @Eric
        Bonsoir,
        « Mais c’est sûr que c’est plus facile de faire ça (laisser les enfants se débrouiller tout seul) que de s’occuper d’eux. »
        Certes, c’est le même principe que celui qui consiste à laisser son enfant devant la télé et ses séries abrutissantes (Johnny Test, Peppa Pig, etc…) en pensant avoir la paix, pour au final avoir des enfants pas du tout structurés, sans cadre, laissés à eux-mêmes, sans une once de discipline basique, ni de savoir-vivre/bonnes manières, C’est comme pour la Justice sociale et la paix sociale : au final, malgré tout ce qu’on aura cédé, on a rien du tout.

        Dans la charte des droits de l’enfant, il est dit que le manque d’instruction est un mauvais traitement. Il devrait aussi être inscrit la même chose pour leur éducation.

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