Interdire les sites pornos aux mineurs ? Impossible !

databending porn by wheresaddie (CC BY-NC-ND 2.0) — wheresaddie , CC-BY

À compter de six mois à partir du 20 novembre 2019, les fournisseurs d’accès à Internet devront bloquer l’accès des sites pornographiques aux mineurs. Le plus grand danger reste un texte évasif sujet à interprétations qui permettra de juger à la tête du client et selon l’humeur du juge. Une loi bien française en somme.

Par Diagoras l’Athée.

La nouvelle est tombée. Cette fois ça y est, on ne rigole plus, Macron a posé un ultimatum clair et précis. À compter de six mois à partir du 20 novembre 2019, les fournisseurs d’accès à Internet devront bloquer l’accès des sites pornographiques aux mineurs.

L’armée des fonctionnaires sera mise en branle (si j’ose dire) pour les attaquer si jamais ces entreprises refusaient de se soumettre à cette décision unilatérale de notre président de l’exécutif démocratique qui menace avec une mesure législative… (cherchez les erreurs) !

C’est quoi, la pornographie ?

Par où commencer ? Tout d’abord par la définition. Je sens que nous allons bien rire pour définir la pornographie. Arrêtons-nous à la nudité !

Une femme nue, jambes écartées est-ce de la pornographie ? Si oui, L’Origine du monde est-elle une œuvre pornographique ? La pornographie concerne-t-elle uniquement les photos et films ou aussi les dessins animés ? Quid du Hentai japonais ? Quid du sexe des hommes ? Un pénis flasque ou en érection est-il plus ou moins pornographique ? Le film de 1986 Le diable au corps est-il acceptable ?

La pornographie décrite textuellement est-elle acceptable ? Quid du Marquis de Sade ou du recueil Les Mille et Une Nuits ? Nous n’avons pas fini de parler du sexe des anges en évoquant le sexe des autres. Le texte de loi promet d’être moins rébarbatif que d’habitude s’il se veut précis.

Cela peut sembler anecdotique, mais c’est en fait crucial : selon la définition adoptée de la pornographie, il y aura soit une interdiction digne de la pudibonderie victorienne, soit un texte vide qui finalement ne changera pas grand-chose. Ne pas considérer qu’il sera difficile de distinguer la pornographie de l’érotisme est bien la preuve que cette mesure n’est absolument pas réfléchie.

Pour rappel, sur les murs de Pompéi, des fresques représentent des scènes parfaitement dignes de Rocco Siffredi et ses copines (pour rester dans une thématique italienne).

Le plus grand danger reste bien entendu un texte évasif sujet à interprétations qui permettra à chacun d’être jugé à la tête du client et selon l’humeur du juge. Une loi bien française en somme.

Prouver son âge

Passons ensuite à l’idée d’un blocage de facto qui obligera les majeurs à prouver leur âge avant de pouvoir consulter le site.

Quelle sera la procédure ? Pour être efficace une telle barrière se doit d’être nominale. Comment garantir la sécurité des données des individus souhaitant consulter ? Ferons-nous confiance à la technologie dont nous entendons quotidiennement qu’elle est piratée à des fins frauduleuses de chantage, de revente des données et autres joyeusetés ? Nous fierons-nous à des surhommes dont la probité est indubitable (j’ai nommé les super Saiyans faisant office de fonctionnaires de la république) ?

Que nenni ! Pour vous, il ne s’agira en aucun cas de faire confiance à qui que ce soit, mais juste d’accepter la soumission à la chose publique. Vous n’imaginez quand même pas que vous aurez voix au chapitre ! Je peux vous garantir que ces données seront à terme utilisées contre vous. Cela servira d’abord à vous taxer symboliquement sur la pornographie afin de lutter contre la pédopornographie. Enfin sur le papier…

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Cette taxe servira surtout à payer des fonctionnaires qui pondront des rapports à la chaîne à propos de la pédopornographie, ce qui ne changera rien à ce qui se passe ;  mais ils auront prélevé de l’argent, et auront acheté des postes de fonctionnaires supplémentaires. Ensuite, quand on verra que rien n’aura changé, les taxes seront augmentées et transformées en mesures punitives qui viendront juste gonfler le budget de l’État.

Un procès d’intention assumé

On va m’accuser de procès d’intention, et je ne peux nier que c’est bel et bien l’exercice auquel je me livre… Mais je vais me permettre de donner quelques exemples : où la pornographie est-elle interdite en ce moment ?

Par exemple on peut citer toutes les dictatures islamiques et tous les régimes communistes totalitaires, sans exception. Du Bangladesh au Pakistan, en passant par l’Arabie Saoudite, l’Iran les Émirats arabes unis etc. La Chine communiste, la Corée du Nord, le Venezuela ont tous des lois très fortes sur l’interdiction de la pornographie. Et dans tous les cas cela ne fonctionne pas. On trouve de la pornographie très hard à Pyong Yang…

Mais il ne s’agit QUE de l’interdire aux mineurs… Est-il inimaginable qu’un enfant de 14 ans, motivé par une puissante poussée d’hormones, puisse utiliser un serveur proxy pour le téléchargement de porno comme il le fait déjà pour télécharger des séries ? L’échec flagrant de Hadopi n’est-il pas suffisant pour démontrer la nullité abyssale des mesures étatiques dans ce domaine ?

La vérité c’est que toute personne qui s’intéresse vraiment au sujet doit admettre qu’il ne sera pas vraiment possible d’empêcher la pornographie de manière sélective puisque même les pays procédant au flicage généralisé ne parviennent pas à l’interdire intégralement. Celui qui voudra de la pornographie en trouvera.

Au collège de mon temps, il était déjà impossible d’empêcher les cassettes VHS de gros porno bien gras de s’échanger sous le manteau. Alors autant dire tout de suite qu’un flux numérique immatériel passera encore plus facilement entre les mailles du filet. Un petit proxy et hop : finie la loi française et bienvenue la villa de Marc Dorcel.

Protéger nos enfants

Là, les bien-pensants autoritaires divers et variés, larmoyants pour certains, colériques pour d’autres, vont taper du poing sur la table, les yeux remplis de larmes pour me lancer l’argument invincible et indépassable de la maman en colère : « Mais, snif, avez vous pensé aux enfants ? »

J’y pense aux enfants… Et s’il existe bien un institution à laquelle je ne fais pas confiance pour les protéger, c’est bien le système politico-judiciaire. On ne m’a jamais expliqué de manière convaincante pourquoi les armées de bureaucrates qui créent du chômage, de la dette, des faillites d’entreprises, de la criminalité, des gaspillages d’argent publics, et des lois liberticides, seraient plus à même de protéger les enfants que leurs propres parents.

C’est le boulot des géniteurs, ou des tuteurs, non seulement de restreindre l’accès à internet comme bon leur semble, mais aussi de préparer mentalement leurs enfants à l’inévitable : la pornographie existe non seulement en vidéo mais aussi en littérature et surtout dans l’esprit des humains qui pensent beaucoup au sexe, qu’on le veuille ou non.

Par ailleurs les enfants ne sont pas une masse homogène. Bien que non pénalement responsables, ils sont des individus et non pas du bétail. Certains auront davantage besoin d’être protégés. D’autres vivront mal de se savoir fliqués en permanence pour des actions qu’ils n’ont même pas l’intention de commettre. Et d’autres encore verront des films pornographiques en comprenant bien ce qui s’y passe, tout en préférant le sport ou les études. Certains seront fascinés, il y aura ceux que ça interrogera, ceux qui en auront peur, et ceux qui seront choqués…

Il sera probablement judicieux de s’y prendre différemment avec chacun d’entre eux. Je ne sais pas de manière absolue ce qui doit être fait pour les enfants. En revanche, ce qui doit être fait n’est certainement pas identique d’un enfant à l’autre, ni même d’un parent à l’autre. L’éducation est une une relation bilatérale parent/enfant. Vouloir légiférer à ce propos, au-delà des sévices corporels, c’est s’aventurer sur un terrain glissant.

Ce ne sera sûrement pas le gouvernement qui trouvera la solution miracle convenant à tout le monde. Si je sais mal connaître ce qui doit être fait pour tous les enfants, je sais aussi que ceux qui le prétendent sont des tartuffes.

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