LOL et WTF : les sénateurs s’occupent du porno sur internet

Comme pour HADOPI, les jeux vidéos ou la lutte antiterroriste, les sénateurs vont faire des étincelles en s'occupant de la pornographie en ligne...
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Porn for cats by woodletwonderworks (CC BY 2.0)

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LOL et WTF : les sénateurs s’occupent du porno sur internet

Publié le 12 juin 2020
- A +

par h16

Juin 2020, ça y est, c’est bon : la situation économique, aux perspectives rutilantes, est maintenant bien carrée comme il faut, la situation sociale est redevenue propre, claire et bien définie avec une société résolument « en marche » à petits pas guillerets, et la situation politique, évidemment apaisée, permet de garantir un avenir républicain serein et plein d’excellentes surprises. C’est pour cela que les sénateurs se sont goulûment penchés sur les sites pornographiques.

Bien évidemment, on comprendra ici que nos augustes parlementaires de la Chambre Haute n’ont pas été fricoter sur ces sites interlopes ou sulfureux mais ont consacré une partie de leur temps pour déterminer ce qu’on allait devoir mettre en place dans le pays pour en réguler (enfin !) l’activité. Et comme le rappelle l’introduction, leur emploi du temps le leur permettait d’autant plus que le pays, dirigé de main de maître par une redoutable phalange de génies, vit probablement ses heures les plus claires, les plus joyeuses au point de baigner maintenant dans une véritable opulence budgétaire insouciante.

Dès lors, nos sénateurs ont mis à contribution toute la redoutable puissance de leur intelligence collective pour formuler une solide proposition de loi dont l’objet porte sur les violences conjugales. Et donc paf sites pornos, évidemment.

Par le truchement habile d’un amendement, cette proposition de loi entend donc imposer une vérification pointilleuse de l’âge des utilisateurs qui viendraient à se rendre sur les sites pornographiques. La lecture des petits paragraphes justifiant l’amendement donne un aperçu du raisonnement minimaliste qui a poussé les sénateurs LR à l’insérer dans cette proposition de loi : comme le texte initial (sur les violences conjugales vous dit-on) tente de protéger les mineurs, ajoutons-y cet amendement, d’autant plus qu’il concerne ces sites d’une méchanceté inouïe qui, non content de stocker des contenus que la morale réprouve, s’installent dans des paradis fiscaux inatteignables pour la loi française (ah bon ?).

Bilan : si cette proposition de loi trouve grâce aux yeux des députés, si, de surcroît, cet amendement quelque peu cavalier est accepté, la France pourra s’enorgueillir d’imposer ce qu’aucun autre pays démocratique n’est parvenu à imposer ailleurs, à savoir un filtrage d’accès aux mineurs des sites pornographiques ; il suffira de rappeler que la tentative identique, au Royaume-Uni, s’est soldée par un échec cuisant, tout comme pour l’Islande qui a abandonné en 2013 l’idée d’interdire la pornographie en ligne, ou l’Inde qui, en 2015 et après avoir tenté de bloquer plus de 800 sites, a été obligée de faire marche arrière.

Sans même aller plus loin et en regardant simplement les gamelles que se sont prises les autres pays comparables, on se doute déjà que ces magnifiques tentatives législatives aboutiront surtout à de nouvelles dépenses indues, des tracasseries ridicules et un contournement de la loi aussi rapide qu’impossible à endiguer.

Il faut en effet comprendre que, du point de vue d’un site, quel qu’il soit, la localisation d’un internaute se fait sur la base de son adresse internet, qui peut, par construction même du réseau mondial, être relayée depuis n’importe quel site, y compris étranger. En somme et par l’utilisation d’un logiciel de VPN, n’importe qui pourra accéder à n’importe quel site en plaçant son adresse en dehors de France et, de fait, en dehors de ces restrictions grotesques. Si, d’aventure, ces restrictions devaient voir le jour en France, on peut raisonnablement parier qu’il ne faudra pas plus d’une ou deux semaines pour que les fournisseurs de ces VPN (dont certains, gratuits) enregistrent un afflux de nouveaux utilisateurs français…

Epic Fail

Cet échec largement prévisible n’est guère étonnant de la part de nos sénateurs dont le passif, en matière d’internet, est déjà fort lourd : on parle ici de champions du monde des lois intertubes, d’athlètes surentraînés du décret numérique qui bouscule du lolcat, de médaillés du sprint législatif anti-GAFA avec bombes à sous-munitions. On se souvient en effet qu’ils nous avaient déjà régalés avec la sécurisation obligatoire des lignes internet pour mieux choper du pirate, qu’ils avaient tenté l’olympiade du LOL gras avec un (énième) rapport sur les jeux vidéo avec la clairvoyance qui les caractérise, qu’ils s’étaient lancés dans un pentathlon de la grosse déconne en notant finement que « Google favorisait ses propres services » et qu’il fallait donc entraver tout ça bien vite, et avaient même poussé la performance artistique jusqu’à barbouiller de leur incommensurable pertinence la lutte contre le terrorisme sur les intertubes…

Est-il enfin besoin de revenir sur l’Expérience Hadopi, ce véritable feuilleton d’épouvante fiscale en 10 saisons sanglantes dans lequel 88 millions d’euros furent brûlés vifs, sous les yeux de l’internaute, pour parvenir à faire condamner deux ou trois gugusses à de simples amendes ?

Mais le plus beau reste que, conformément au concept « Bootlegers & Baptists » qui montre que, souvent, les lois sont autant poussées par ceux qui chérissent le but affiché que ceux qui recherchent exactement l’effet inverse, cet amendement ridicule a été discrètement propulsé par des lobbies anti-porno (on s’y attend)… et par Marc Dorcel, le pornographe.

Eh oui : nos sénateurs roulent sans le savoir (ou en feignant de l’ignorer) pour tous ces sites porno à accès payant qui imposent déjà, de fait, une vérification de majorité par carte bancaire. Et ces derniers trouvent un intérêt direct à pousser cet amendement qui représente une petite épine dans le pied des sites gratuits…

Petite épine qui sera, on l’a vue, facilement contournée techniquement, aussi sûrement et rapidement que les sénateurs se sont copieusement plantés à chaque fois qu’ils ont tenté de prendre position dans le monde numérique.

Autrement dit, l’objectif initial de protection des mineurs ne sera pas rempli, loin s’en faut. Quant aux majeurs, contribuables qui recevront immanquablement la facture de ces dérapages législatifs, tout indique qu’ils seront à nouveau les acteurs non consentants d’une énième production pornographique de Bercy sur le thème « Oh oui, prends moi fort mon pognon » dans laquelle ils subiront les outrages d’un fisc fucking toujours plus violent.

—-
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Voir les commentaires (24)

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Créer un compte Tous les commentaires (24)
  • claude henry de chasne
    12 juin 2020 at 9 h 46 min

    ils ont vraiment du temps a perdre , quelqu’un pourrait leur dire qu »‘avec un proxy leur loi sera sans effet?

    • Jerémy Lapurée
      12 juin 2020 at 10 h 13 min

      Ils vous répondront qu’il faut donner un signal à la société… En d’autres termes : de la pure gesticulation politique !
      Même si l’expérience des autres pays chez qui le projet de loi s’est avéré rapidement foireux aurait du inciter notre « élite » à ne pas gaspiller l’argent du contribuable…

    • Sans subodorer que la plupart des papys du Palais doivent penser que « proxy » est une marque d’électroménager, ce genre d’amendement est le type même de législations que les politiciens affectionnent : on fait mine de faire quelque chose de fort à moindre coût (direct). Ce qui évite de s’atteler au véritable problème, qui demanderait plus d’efforts et de moyens. Puis crée un nouveau problème qui va s’ajouter à la pile. C’est du même acabit que la prohibition ou le Comics Code américains.

    • Ils sont dans la posture. Ne pas être mais paraître.

    • Oui, du temps à perdre. Vous savez bien que tout ceci va encore faire pchittt, comme à l’accoutumée. Vous croyez franchement que des grosses machines comme Pornhub vont se plier aux injonctions ridicules de nos Dupont-Dupond nationaux. Mais je suis d’accord avec les autres commentaires: ils tentent de nous faire croire à leur utilité. Je remarque aussi qu’encore une fois un politocard est avant tout un mec qui est là pour vous faire c… mais rarement pour vous aider.

  • Jerémy Lapurée
    12 juin 2020 at 10 h 08 min

    « … fermer les yeux sur l’influence que PEUT exercer sur de jeunes esprits, un genre qui fait de la sexualité un théâtre d’humiliation et de violences faites à des femmes qui passent pour consentantes » (Sénatrice Marie Mercier)

    Eh bien, Madame, vous reviendrez nous voir quand vous en serez sûre !

  • Pour le fisc fucking, Bercy a le bras long.

  • Ca rappelle la Porn War menée par Tipper Gore (épouse de Al) et le PMRC qui voulait mettre des stickers sur les disques de Prince et Madonna entre autre. Guerre combattue avec talent par Frank Zappa qui fit rearquer que ces stickers constituaient de fait une publicité clandestine qui produirait l’effet inverse à celui souhaité. Et l’amendeent sur la liberté d’expression a prévalu.

  • Tient ! R.enault a sorti une version concurrente de la J.eep R.enegade ?

    (C’est beau la réindustialisation !)

  • Si y a plus de porno gratuit… Le traffic internet s’écroule et les sociétés du numérique font toutes faillites, bien joué messieurs dames les sénateurs !

  • bah , tout ces vieux messieurs libidineux qui s’occupent du porno , ça mange pas de pain ; ils sont déjà battu d’avance ; et puis il faut bien les occuper ; justement parce qu’ils ne servent à rien ;

  • Laurent Lenormand
    12 juin 2020 at 13 h 21 min

    En 1453, les autorités chrétiennes orthodoxes de Constantinople débattaient du sexe des anges alors que leur ville était assiégée par les Turcs.
    Cinq siècles et demi plus tard, la définition de « sexe des anges » a un peu changé mais la situation est la même.
    Constantinople vivait ses derniers jours avant la domination ottomane…

  • Dans le « monde d’après » il faut donc faire son propre stock de masques, gel et autres produits sanitaires pour palier à notre état défaillant mais maintenant il va falloir aussi faire le stock de films de cul ! 🙂 et bé …

  • Sur la dernière photo, ce ne serait pas Mia Khalifa ? Je ne sais plus où j’ai vu cette dernière, d’ailleurs.

  • la tentative identique, au Royaume-Uni, s’est soldée par un échec cuisant,

    Noa aimables voisins ne doivent pas connaître la cuisson à point ont du se dire nos géniaux sénateur dans leur petit train.

    un fisc fucking toujours plus violent

    Stockez de la Vaseline. Ce n’est pas l’état qui vous la fournira.

  • Mais non H16 c’est pas pour lutter contre les violences conjugales c’est pour éviter que d’autres parlementaires ne se fassent surprendre la main dans le slip à se tripoter la nouille comme le petit polisson de Griveaux ..

  • Aucune loi n’est parfaite ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés devant un vrai problème . Les sénateurs ont raison. Cette loi protégera au moins les plus jeunes contre ces sites envahissant qui ne respectent rien.

    • A l’attrait du porno en lui-même pour les jeunes, ils viennent de rajouter l’attrait de l’interdit. Bravo, le porno n’en demandait pas tant.
      Les jeunes étant nettement plus doués en informatique que les (grands) ainés, vous croyez vraiment que les mesures étatiques les arrêteront?? 🙂

    • Une autre approche serait de prendre le problème dans l’autre sens, mais cela est bien sur impossible tant que la bien-pensance valorise le mensonge et le tabou.

  • jacques lemiere
    14 juin 2020 at 13 h 43 min

    et comment vont ils réussir à savoir si leur loi » a marché »…
    sinon voyons voyons on aune forte population de jeunes adultes ;;peu attirant pour diverses raisons pour les jeunes femmes donc avec une vie sexuelle en panne, et on interdit la prostitution et on interdit le porno.. donc on va avoir une population de frustrés sexuels sans soupape de sécurité…

  • Les commentaires sont fermés.

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