Laisser-faire, pour laisser passer la Covid ?

Photo by Liuba Bilyk on Unsplash — Liuba Bilyk,

Face à la Covid, la meilleure réponse n’est pas l’intervention étatique.

Par Romain Lefèvre.

En France, la maxime « laissez-faire, laissez passer » est souvent tournée en ridicule, victime de la domination d’une idéologie antilibérale dans les médias principaux. En période de pandémie, nous mesurons les conséquences de cette idéologie antilibérale, alors que les libertés individuelles ne cessent d’être bafouées de manière autoritaire. La déclaration d’Emmanuel Macron sur le reconfinement, le 28 octobre, est caractéristique de cette hostilité vis-à-vis de la liberté :

« Nous pourrions, certains le préconisent, ne rien faire, et assumer de laisser le virus circuler. C’est ce qu’on appelle la recherche de l’immunité collective, c’est-à-dire lorsque 50, 60 % de la population a été contaminée. […] À très court terme, cela signifie le tri entre les patients à l’hôpital. Et d’ici quelques mois, c’est au moins 400 000 morts supplémentaires à déplorer. Jamais la France n’adoptera cette stratégie. »

« Ne rien faire », est-ce nécessairement provoquer 400 000 morts, comme le prétend le président ?

Autorégulation par la population

Imaginons l’évolution de la situation, si un gouvernement libéral, fermement décidé à « ne rien faire », affirme à sa population qu’il ne la confinera pas. La population est d’abord informée par les médias que les hôpitaux commencent à saturer, et que si la maladie continue de progresser, on risque de devoir trier les patients.

Comme la population ne s’attend pas à un confinement dans cette configuration, on assiste à une prise de conscience des dangers en cas d’infection à la Covid, par crainte d’être victime du tri des patients à l’entrée des hôpitaux, c’est-à-dire de ne pas être pris en charge si on développe une forme grave.

De cette prise de conscience des dangers, il résulte un changement de comportement : la population devient plus prudente par rapport au virus. Ce changement de comportement est rationnel, puisque les personnes savent qu’elles sont plus exposées si elles contractent une forme grave de Covid.

Dans le détail, on peut estimer que ce changement de comportement se manifesterait de deux manières.

D’une part, les personnes à risque s’inquiéteraient, et réduiraient au maximum leurs relations sociales, par exemple en passant en télétravail, et en évitant les réunions en famille.

D’autre part, les proches des personnes à risques feraient attention à ne pas leur transmettre le virus, tout simplement pour éviter de les mettre en danger. Si vous devez impérativement rendre visite à vos parents ou grands-parents, vous n’allez évidemment pas leur faire des câlins, mais rester à distance pour les protéger ! La combinaison de ces deux actions provoquerait une chute du nombre de contaminations parmi les personnes plus fragiles.

Ainsi, on assisterait à une chute des admissions en réanimation, et les hôpitaux se désengorgeraient, recommenceraient à tourner à un rythme normal. Un non-confinement n’entraînerait certainement pas la catastrophe sanitaire annoncée par le gouvernement : la population s’autorégule, par l’agrégation des intérêts individuels.

Le modèle que nous venons de construire est tout à fait réaliste. Ce modèle correspond à ce qu’il s’est passé en Suède où, malgré l’absence de mesures restrictives, on ne compte que 610 morts de la Covid par million d’habitants, soit significativement moins qu’en France, avec environ 685 morts par million d’habitants (cf tableau ci-dessous).

Source : OMS (https://covid19.who.int/table)

Inefficacité de l’intervention étatique

Revenons à la situation en France. Une majorité de la population considère que l’État lui est liée par un contrat, par lequel il s’engage à assurer la sécurité sanitaire, ce qui implique de fournir un lit d’hôpital à quelqu’un tombant gravement malade. Avec cette assurance, les Français se croient couverts des risques liés au virus.

Ce sentiment est d’ailleurs renforcé dans notre pays par la croyance en un État  providence omnipotent qui serait censé par son intervention résoudre tous les problèmes, ici éliminer le coronavirus. En résumé, l’État doit nous guérir, quoi qu’il en coûte, ce qui implique que le pays soit confiné si le gouvernement anticipe une saturation des hôpitaux.

Ce sentiment d’invulnérabilité qui atteint la population provoque un effet pervers : les personnes ne prennent plus les précautions nécessaires par rapport au virus, elle sont déresponsabilisées par l’État.

Nous sommes ici dans un cas d’école d’aléa moral, c’est-à-dire dans une situation où les risques sont supportés par l’État, la collectivité, alors que les bénéfices, à savoir la non-renonciation au confort d’une vie normale, sans gestes barrières, sont privatisés.

Mais mutualisation des risques et privatisation des bénéfices ne font pas bon ménage… Les individus ne supportent plus les coûts liés à leurs comportements individuels, alors ils prennent des risques pour maximiser leur bénéfice et font comme si le virus n’existait pas.

Les Français n’ont aucun intérêt à appliquer les gestes barrières, à ne pas se rassembler en famille et entre amis : eux et leurs proches sont assurés d’être soignés quoi qu’il arrive. À l’échelle nationale, l’accumulation de ce type de comportement entraîne une propagation du virus plus forte que si le gouvernement affirmait sa détermination de ne pas confiner. En déresponsabilisant les Français par le confinement, le gouvernement mène une politique résolument inefficace.

Ce qu’il y a d’ironique dans tout cela, c’est que le gouvernement a répété pendant tout l’été que les Français devaient se responsabiliser s’ils voulaient éviter un reconfinement. Mais pourquoi les Français renonceraient-ils au bénéfice de leurs vacances, aux fêtes en famille et entre amis, alors que le gouvernement leur assure qu’il reconfinera en cas de besoin ?

Tant que les hôpitaux ne sont pas sur le point d’être saturés, que la menace du tri des patients ne plane pas, les Français se sentent invulnérables et ne sont pas prêts à se sacrifier pour le groupe ! Au début de l’automne, avec l’augmentation des cas, c’est même en faisant planer la menace d’un reconfinement que le gouvernement a accéléré la deuxième vague.

Nous sommes ici en présence d’une prophétie autoréalisatrice. Comme le gouvernement annonce un reconfinement, les Français, se savant assurés d’une place en réanimation en cas de maladie, et voulant mettre à profit leurs derniers moments de relative liberté, ignorent les risques de la maladie.

Cela conduit à une minimisation du danger, et entraîne le non-respect des gestes barrières, lesquelles constitueraient sinon un coût pour les individus. Ce processus se répétera pour chaque nouvelle tentative faite par l’État de reconfiner la population : après avoir endigué l’épidémie temporairement, le relâchement est inévitable car chacun pense qu’il n’y a plus de risques ; et lorsque la situation devient grave, aucun changement de comportement ne se produit car on sait que l’État reconfinera, qu’il n’y a donc pas de danger.

L’absurdité de la politique gouvernementale

Ainsi, l’État nous a entraîné dans un cycle infernal de confinements et de reconfinements, que seule la découverte d’un traitement pourra stopper, sans rendre tous les sacrifices consentis jusqu’ici inutiles.

Ce que l’État omet de dire, c’est que rien ne garantit qu’un remède efficace soit trouvé un jour. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a expliqué en conférence de presse le 3 août qu’il est possible qu’on ne trouve jamais de vaccin.

Les expériences du VIH et de la grippe saisonnière montrent qu’en dépit d’investissements massifs les recherches de vaccin peuvent échouer, quand les virus mutent trop. Or le coronavirus a la réputation de muter très facilement : de nouvelles souches apparaissent fréquemment, ce qui rendrait les vaccins déjà développés obsolètes. Qui plus est, les vaccins prévus pour 2021 auront été développés en un temps extrêmement court, moins de 2 ans. En temps normal, obtenir un vaccin efficace et sûr prend entre 15 et 20 ans, pour s’assurer de l’absence de risques à long terme notamment.

Sur le plan logique, nous en arrivons à l’absurdité suivante : l’État nous confine pour notre sécurité sanitaire, mais s’apprête à autoriser la commercialisation de vaccins dont l’efficacité et les effets indésirables à long terme ne peuvent être connus, mettant en péril la sécurité sanitaire de la population.

En plus d’être inefficace, l’action du gouvernement est contradictoire. En voulant éliminer les risques liés à la maladie, elle en crée de nouveaux, liés au vaccin. Nos libertés, notre économie, notre moral, sont sacrifiés de manière absurde.

Le laissez-faire, un programme solidaire

Peut-être même que par son intervention, l’État ne fait que prolonger la durée d’une épidémie qui aurait pu décroître avec l’acquisition d’une immunité par les populations ne présentant pas de risques véritables.

La vraie solidarité, n’aurait-ce pas été que les jeunes continuent de vivre normalement, pour qu’un grand nombre d’entre eux contracte le virus, développe des anticorps, laissant les personnes âgées se protéger en évitant les contacts le temps que l’épidémie soit enrayée ?

C’est ce qu’il semble s’être passé en Suède, où l’épidémie ne reprend pas, contrairement à ce à quoi on assiste en France. Si on reprend le tableau de données de l’OMS vu plus haut, on constate que la Suède n’a enregistré que 26 décès Covid ces sept derniers jours, contre 4054 pour la France. Soit environ 23 fois moins de morts en Suède, rapporté à la population.

Devant ces chiffres saisissants, une conclusion s’impose : il faut « laisser faire », pour « laisser passer » la pandémie.

 

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