Présidentielle US : 95% du recompte fait en Géorgie, pressions des Républicains

Tump and Biden by Emma Kaden(CC BY-SA 2.0) — Emma Kaden, CC-BY

La justice américaine continue à rejeter les plaintes républicaines tandis qu’après 95 % de recompte manuel la Georgie est toujours donnée gagnante pour Joe Biden sans changement majeur.

Par Alexis Vintray.

L’élection présidentielle américaine a eu beau être achevée depuis maintenant 15 jours, la bataille médiatique continue à se dérouler, sur fonds d’accusations répétées de fraude de la part de Donald Trump, et de débuts incertains de présidence Biden ; les premiers choix ont été annoncés pour occuper des rôles clefs dans la future administration Biden, sans grande surprise jusqu’à présent.

Ron Klain, un avocat et haut fonctionnaire démocrate ayant occupé de nombreux postes dans les administrations démocrates (au service de Gore ou de Biden) a ainsi été choisi comme directeur de cabinet de la Maison Blanche, tandis que les autres postes annoncés ont été surtout attribués à des vétérans de la campagne Biden. Dans le même temps, des premières rumeurs de mesures plus que critiquables commencent à circuler, sur les student debts par exemple.

L’opinion américaine commence elle à se cristalliser : de trois Américains sur cinq à quatre Américains sur cinq considèrent désormais que Joe Biden a gagné, tandis que de 8 à 29 % des Américains, républicains de manière écrasante, considèrent que Donald Trump a gagné.

Selon Léger, le principal sondeur canadien, 60 % des Américains ne « croient pas Donald Trump quand il dit avoir gagné ». Plus précisément, 23 % des républicains ne croient pas le président sortant, tandis qu’environ 80 % des démocrates, indépendants et autres ne le croient pas. Une situation plus polarisée que jamais mais toujours au désavantage de Donald Trump.

Si la majorité des élus républicains continue à faire bloc autour de Donald Trump, au moins tant que ses recours judiciaires sont en cours, de plus en plus de républicains de premier plan lâchent le président sortant.

Le président du National Security Council et conseiller de Donald Trump sur la sécurité Robert O’Brien a ainsi déclaré lors d’un colloque que : « il semblait évidemment que Joe Biden avait gagné » (« if the Biden-Harris ticket is determined to be the winner — and obviously, things look that way now »). Cela fait  suite aux déclarations également de John Bolton, de Karl Rove, et d’autres.

La Géorgie toujours pour Biden après 95 % du recount

Cette polarisation de l’opinion en faveur de Joe Biden doit en partie aux résultats officiels qui, après recompte (recount en anglais), semblent confirmer la victoire de Joe Biden. Ainsi de la Géorgie qui, après avoir recompté à la main 95 % des voix hier soir, ne voit pas de changement significatif du résultat.

L’avance de Joe Biden a diminué d’un millier de voix, sur une avance initiale de 14 000 voix devenue 13 000 à l’issue de ce recompte quasi complet. Dans cet État républicain,  l’audit mené dans la grande majorité des comtés n’a pas révélé de problèmes selon les responsables de l’élection, tandis que deux comtés ont pris en compte 5 600 bulletins supplémentaires (sur 5 000 000) non comptés initialement suite à une erreur humaine (une carte mémoire non uploadée), expliquant la variation d’un millier de voix.

La Géorgie a jusqu’à vendredi inclus pour certifier ses résultats, selon toute probabilité en faveur de Joe Biden. La campagne Trump peut demander un nouveau recount à l’issue de la certification, car l’écart est de moins de 0,5 %.

S’il ne semble toujours pas y avoir de preuves de fraude, le Secretary of State de Géorgie, républicain, Brad Raffensperger, s’est plaint de manière récurrente de pressions organisées par le reste des républicains pour influer sur les résultats en faisant invalider des bulletins qui n’avait pas de raison de l’être.

Il a dénoncé en particulier le sénateur républicain Lindsey Graham, très proche allié de Donald Trump, qui a tenté selon lui de lui faire invalider tout le vote par correspondance (favorable à Joe Biden) dans certains comtés. Lindsey Graham a qualifié ces accusations de ridicules. Raffensperger a surenchéri dans une interview au Daily Beast ce lundi, en parlant expressément de mensonges pour caractériser les accusations de fraude de la campagne Trump.

Le gouverneur républicain de Géorgie, Geoff Duncan, a réaffirmé que l’État faisait tout pour que tous les votes soient comptés conformément à la loi, mais s’est plaint de la pression de ceux qui cherchaient à perturber l’État de droit.

Edit 16h30 : erreur potentielle de saisie qui réduirait l’avance de Biden à 3 000-4 000 voix environ, selon le président du Parti Républicain en Géorgie

Edit 17h30 : nouvelle fake news en fait, puisque l’erreur en question n’a été faite que dans le recount. L’avance de Biden ne change donc pas, à 13 000 voix environ

Edit 20/11 : le recompte final confirme la victoire de Joe Biden avec 12 000 voix d’avance.

Un limogeage peu rassurant

Aucune preuve de fraude significative n’a toujours été apportée, en Géorgie ou ailleurs, mais les accusations régulières sur les machines de vote continuent, dernières cibles de la campagne Trump.

Pourtant là aussi les accusations sont à ce stade toujours dénuées de preuves, comme le souligne, entre autres, le journal libéral de référence aux États-Unis, Reason : « pour être clair, les accusations de Trump sont totalement non prouvées. »

L’argumentaire de Donald Trump ou Rudy Giuliani semblent essentiellement être à ce stade de dire que l’une des sociétés fournissant des machines de vote serait liée à l’extrême gauche américaine (voir cet article).

Cela n’a pas empêché le président sortant Donald Trump d’annoncer sur Twitter le limogeage de Chris Krebs, nommé pourtant à son poste sous la présidence Trump en 2018. Krebs était à la tête de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA, l’agence gouvernementale en charge en particulier de la sécurité informatique de l’élection).

Dans une déclaration commune avec de nombreuses autres agences gouvernementales américaines, CISA, l’agence gouvernementale dirigée par Chris Krebs avait publiquement remis en cause les affirmations de fraude de Donald Trump et affirmé que l’élection avait été la plus sûre de l’histoire du pays. Chris Krebs avait été envisagé par l’administration Trump comme ministre en charge de la Homeland Security en 2019, mais avait refusé. Dans un tweet envoyé après l’annonce de son limogeage, Krebs a réaffirmé qu’il « avait fait les choses bien » (we did it right).

Cette annonce de limogeage du directeur en charge de la garantie de sécurité informatique du scrutin semble un nouveau point bas pour la campagne Trump, critiqué jusqu’au sein du parti républicain : le sénateur républicain du Nebraska Ben Sasse a ainsi déclaré publiquement « Chris Krebs a fait un très bon travail, comme tous les responsables locaux des élections peuvent le confirmer, et il n’aurait évidemment pas du être renvoyé ».

Sasse est membre du comité du Sénat sur l’espionnage. L’ancien conseiller républicain à la sécurité Thomas P. Bossert a pour sa part déclaré : « Chris Krebs a rendu les États-Unis et notre système électoral plus sûrs. Merci Chris ».

De nouvelles défaites en justice pour la campagne Trump

En Pennsylvanie, Joe Biden continue à mener par 75 000 voix d’avance et les différents recours de la campagne de Trump semblent toujours mal engagés, avec plusieurs nouvelles défaites.

Rudy Giuliani s’est ainsi fait sèchement reprendre par le juge républicain en charge de sa plainte consistant à demander l’annulation de près de 7 millions de votes car deux votants n’ont pas vu modifier leur vote comme le permet la loi :

You’re alleging that the two individual plaintiffs were denied the right to vote, but at bottom, you’re asking this court to invalidate more than 6.8 million votes, thereby disenfranchising every single voter in the Commonwealth. Could you tell me how this result could possibly be justified?

Le juge a donné 24 heures à Giuliani pour présenter des preuves et annoncé une décision pour vendredi. Giuliani n’avait pas plaidé en justice depuis près de 30 ans.

La Cour suprême de Pennsylvanie a dans le même temps infligé une nouvelle défaite aux républicains. Ceux-ci contestaient la décision prise par l’État dans le contexte de Covid, pour maintenir une distance plus élevée que d’habitude entre les tables de dépouillement et les observateurs démocrates comme républicains (voir cet article).

Un juge avait annulé cette décision mais la Cour suprême de Pennsylvanie a confirmé la décision prise initialement par les autorités. Cette (désormais) défaite judiciaire était jusqu’à présent la seule victoire judiciaire significative de la campagne Trump, qualifiée alors par le président sortant de :

Dans le même temps, le comté de Wayne County (Détroit) au Michigan a validé ses résultats, garantissant une victoire au niveau de l’Etat pour Joe Biden. La certification des résultats doit avoir lieu le 23 novembre au plus tard.

Dans le Wisconsin, où Biden a 20 000 voix d’avance sur Trump, les Républicains n’ont toujours pas demandé de recount et ont jusqu’à ce soir pour le faire.

Enfin, en Arizona, l’écart est de 10.500 voix en faveur de Joe Biden. Il n’y a pas de recount automatique dans l’Etat. Un responsable de la commission électorale, Républicain, a déclaré qu’il n’y avait « aucune preuve de fraude ou d’irrégularité ». La certification des résultats doit être faite le 30 novembre au plus tard.

Alors que la campagne Trump a promis depuis maintenant plusieurs jours de « relâcher le Kraken« , la situation semble toujours identique avec des accusations de fraude non prouvées, et des défaites judiciaires systématiques pour la campagne Trump. Les États ont jusqu’au 8 décembre pour finaliser les résultats.

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