Hidalgo : sous les pavés, les taxes !

Anne Hidalgo by Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier,

Autant les finances parisiennes étaient présentées comme « parfaitement saines » pendant la campagne électorale autant Anne Hidalgo admet maintenant que « les marges de manœuvre budgétaires sont extrêmement réduites ». 

Par Nathalie MP Meyer.

Je crois que je l’ai déjà écrit ici à plusieurs reprises : la politique très en vogue actuellement du « quoi qu’il en coûte » financé par de la dette publique à gogo accompagnée de la promesse juré craché qu’il n’y aura pas de hausse d’impôt se traduira inéluctablement un jour par l’augmentation de la pression fiscale.

Et quand je dis « un jour », je ne parle nullement des élusives calendes grecques mais du Conseil de Paris de demain (17 novembre 2020) qui doit se prononcer sur la « création de recettes budgétaires » quatre mois après la réélection d’Anne Hidalgo sur la promesse de geler les impôts lors de son nouveau mandat.

Il y aurait bien aussi la solution de la planche à billets, mais comme madame Hidalgo n’a pas encore décidé de « parexiter », de battre sa propre monnaie et de la dévaluer au gré de ses envies de grande prêtresse mondiale de l’ère urbaine post COP21, il ne lui reste plus que l’impôt.

La solution qui consisterait à faire le tri dans un amoncellement de dépenses allant du dogmatique à l’inutile en passant par une foultitude de petits arrangements inlassablement dénoncés par la Chambre régionale des Comptes – cette solution-là n’entre évidemment pas en ligne de compte.

Si l’on veut changer le monde, pas question de mégoter, il faut voir d’emblée les choses en grand : à peine réélue – pas très brillamment d’ailleurs, compte tenu d’une concurrence sans relief et d’une abstention record de 63,3 % – la maire de Paris s’entourait de 37 adjoints et de trois conseillers délégués, soit dix de plus qu’à la fin de son précédent mandat. Et bim pour la masse salariale municipale.

Quelques jours plus tard, elle faisait voter sa grande mesure de campagne, à savoir la gratuité des transports en commun pour les moins de 18 ans. Car bien sûr, à Paris, changer le monde consiste surtout à bouter les véhicules thermiques hors de la capitale :

« La question de la gratuité des transports est une des clefs de la mobilité urbaine dans laquelle la place de la voiture polluante n’est plus centrale. » (Anne Hidalgo, Les Échos, 2018)

La piétonisation des voies sur berge conçue spécialement dans ce but n’avait pas été un franc succès à tel point qu’elle avait été annulée par le tribunal administratif au motif que l’étude d’impact préalable aurait été un peu rapide, voire inexacte, voire légèrement mensongère par omission. Mais rassurez-vous, l’écologisme municipal a plus d’un tour dans son sac.

Il n’est donc pas très étonnant de voir l’adjoint parisien à l’écologie David Belliard (EELV) s’extasier sur les immenses possibilités des vélos à assistance électrique pour convoyer… des tonnes et des tonnes de pavés des berges du Rhin jusqu’au lieu des travaux du nouveau pôle scientifique de l’Université de Strasbourg :

Travailler dans un entrepôt Amazon, c’est évidemment l’horreur économique absolue, mais faire le cycliste pour traîner des pavés, quel magnifique exemple de libération par le travail qui fait du bien à la planète !

Rien n’arrêtera la marche triomphante du progressisme et de l’écologisme. Si Strasbourg le fait, pourquoi pas la capitale ? Parisiens, vous n’avez encore rien vu !

Il n’empêche que tout ce bonheur vert prodigué sans compter par Anne Hidalgo à ses administrés semble avoir un coût que tout le monde avait oublié mais qui refait soudainement surface maintenant que les élections sont passées et qu’il va falloir voter un budget 2021 pas trop bancal.

Autant les finances parisiennes étaient présentées comme « parfaitement saines » pendant la campagne électorale et autant l’adjoint aux finances de l’époque estimait qu’il ne fallait pas trop titiller le consentement à l’impôt des Parisiens, autant Anne Hidalgo admet maintenant que « les marges de manœuvre budgétaires sont extrêmement réduites ». 

Par chance, la pandémie de Covid-19 tombe à merveille pour faire passer cette réalité structurelle pour une petite gêne temporaire dont deux ou trois mesures fiscales à peine sensibles viendront facilement à bout. Car qui dit Covid-19 dit aussi confinement, ce qui signifie d’un côté baisse des recettes (sur les transactions immobilières, notamment) et de l’autre mesures de soutien économiques et sanitaires tous azimuts avec création compulsive de pistes cyclables rebaptisées « coronapistes ».

C’est ainsi que la maire souhaiterait relever dès 2021 le niveau des frais de notaire, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, ainsi que la taxe de séjour sur les locations Airbnb. Pour l’attractivité de la ville, on repassera.

Mais admirez la subtilité : ne touchant pas à la taxe foncière des Parisiens et se limitant à des taxes qui ne concerneraient que les touristes, les acquéreurs de logement et les propriétaires de résidences secondaires dans la capitale, Mme Hidalgo pourrait presque faire croire qu’elle tient sa promesse de ne pas augmenter les impôts.

Une subtilité qui ne peut cependant masquer le fait que la Ville de Paris n’a pas attendu le Coronavirus pour être épinglée à de multiples reprises par la Chambre régionale des Comptes d’Ile-de-France pour des dépenses inconsidérées et une propension répétée à la mauvaise gestion.

Exemple récent et emblématique, l’augmentation des tarifs d’entrée à la Tour Eiffel (de 47 % entre 2015 et 2019) devait servir à financer la construction d’un centre d’accueil digne de ce nom. Pour ce dernier, les touristes attendent toujours et boudent la Tour.

En revanche, pointe la Chambre, cette hausse a servi à financer la croissance des effectifs de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel et la hausse des salaires « déjà d’un niveau élevé »… No comment.

Sans surprise, le mix entre une gestion anarchique de la ville et une vision dirigiste et idéologique de l’avenir à base d’écologisme radical ne pouvait que déboucher sur une dette colossale que la pandémie de Covid ne fait qu’accentuer. Prévue pour atteindre 6,1 milliards d’euros à la fin de l’année, elle grimperait à 7,1 milliards au 31 décembre 2021 en dépit de l’augmentation envisagée de la pression fiscale.

Et encore, n’est-ce que la partie visible de l’iceberg. Par une habile martingale dénoncée dès 2016 par la Chambre régionale des Comptes, la municipalité encaisse par avance certains loyers perçus par les bailleurs sociaux. Et hop, un milliard de dette « cachée » en plus !

C’est pourquoi Anne Hidalgo se tourne maintenant vers le gouvernement dans l’espoir de le voir accroître ses dotations dans sa direction :

« Les collectivités locales comme Paris sont abandonnées par l’État, qui ne cesse de se désengager. Nous avons besoin de son soutien. Le plan de relance ne relancera rien du tout si l’État n’aide pas les collectivités à investir. » (Paul Simondon, adjoint parisien aux finances)

Autrement dit, la cigale Paris demande à la cigale État français de l’aider. C’est cocasse.

Mais la morale de la fable parisienne, c’est que de toute façon, le contribuable paiera, et peu importe que ce soit à l’échelon national ou à l’échelon parisien. Le consentement à l’impôt n’intéresse nos édiles que lorsqu’ils font la promesse de ne pas accroître la pression fiscale. Le reste du temps, ils s’en fichent et suivent leur petit agenda constructiviste pseudo-moderne.

Il est tellement plus intéressant de se lancer dans l’élaboration d’un « budget sensible au genre » que de faire montre de responsabilité et de sobriété dans l’utilisation des fonds publics ! Lyon a peut-être lancé la mode des « budgets genrés », mais il ne sera pas dit que Paris va se laisser distancer. Ça promet !

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