Élection américaine : incertitude sur le nouveau maître du monde

Donald Trump By: Matt Johnson - CC BY 2.0

La bataille électorale qui se joue en ce moment entre Joe Biden et Donald Trump ajoute au problème du poids de l’exécutif américain sur l’avenir du monde celui de sa légitimité.

Par Frédéric Mas.

Les commentateurs et les journalistes du monde entier ont passé la nuit devant leur écran pour savoir qui, de Joe Biden ou Donald Trump, allait emporter l’élection présidentielle aux États-Unis. Mais pour l’instant, le suspense demeure. Il se pourrait même que le résultat définitif de la bataille ne soit connu que dans quelques jours, au grand dam des militants et des éditorialistes.

Il faut dire que l’élection présidentielle n’est pas un événement anodin. En votant, les Américains ne font pas que désigner leur chef d’État, ils désignent aussi, très concrètement, le chef de file du monde occidental. Cela tient à deux choses :

  • d’abord la nature double de l’exécutif, à la fois pièce essentielle au sein de l’équilibre des pouvoirs à l’intérieur du pays et principal instrument de sa politique étrangère à l’extérieur ;
  • ensuite la montée en puissance de ce même exécutif tout au long du XXe siècle afin de faire face aux crises, aux guerres, puis aux exigences d’une domination mondiale sans partage, et cela au détriment d’un Congrès largement cantonné aux affaires internes.

Le problème que ce double aspect entraîne est ancien. La « présidence impériale » thème popularisé par un livre d’Arthur M. Schlesinger, Jr publié en 1973 en est la conséquence directe.

L’historien observait déjà que la concentration de pouvoirs à la Maison-Blanche provenait de son accès privilégié à la scène internationale. L’anarchie supposée des relations qui y règne n’est pas soumise aux contrôles du judiciaire et du législateur, et a justifié les incursions politiques des présidents qui prétendaient y mettre de l’ordre.

Croissance de l’exécutif impérial

Depuis 1973, la concentration de pouvoir aux mains du président des États-Unis n’a pas cessé de croître. On peut même remarquer qu’au moment de l’élection de George W. Bush, Jr, l’euphorie était telle que les soutiens de l’exécutif ont cru pouvoir déceler un moment unipolaire, c’est-à-dire le début d’une ère de domination sans partage de l’Amérique sur le monde, avec à sa tête bien sûr, un président américain délié de toutes les contraintes politiques et constitutionnelles. Ce moment d’euphorie n’a pas duré, mais la prétention impériale de la présidence américaine n’a pas disparu pour autant.

La bataille électorale qui se joue en ce moment entre Joe Biden et Donald Trump ajoute au problème du poids de l’exécutif américain sur l’avenir du monde celui de sa légitimité. À l’ère de l’extrême polarisation idéologique de la politique, peu importe le vainqueur, sa victoire sera contestée sur le sol américain.

Le face à face entre un démocrate qui incarne un establishment progressiste sclérosé et un républicain imprévisible, voire ignorant de la complexité, inquiète à juste titre et envoie des signaux contradictoires aux amis et alliés autant qu’aux adversaires et ennemis du monde libre.

La question libérale qui devrait se poser avec cette élection, surtout du point de vue non américain, n’est pas tellement de savoir qui va la remporter, mais comment rendre l’avenir libéral et démocratique du monde libre moins dépendant des péripéties d’une compétition électorale impériale aux résultats de plus en plus incertains. Cela passe sans doute par une cure d’amaigrissement de l’État fédéral, mais là encore, ce sera aux électeurs américains de décider.

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