Stopcovid devient TousAntiCovid : même fiasco

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StopCovid change de nom. Une habitude pour nos politiciens de nous refournir le même produit sous un autre emballage !

Par Marc André.

S’ajoutant à la liste proprement abyssale des plantages en série qui égayent, depuis le début de l’épidémie, notre quotidien de contribuables accablés, les ratés de l’application dite de traçage destinée à accompagner le déconfinement de juin ont été à la hauteur de tout ce que nous étions en droit d’attendre de notre gouvernement d’incapables patentés.

StopCovid était destiné à nous alerter si, par hasard, nous croisions une personne infectée. Entre son incapacité à générer les QR codes nécessaires aux bons citoyens infectés pour se signaler à ladite plateforme, son ergonomie douteuse et la promotion de son efficacité mise en cause par le Premier de nos ministres lui-même qui avouait ne pas l’avoir téléchargée, le résultat était couru d’avance.

L’efficacité de StopCovid a été telle que… nous sommes reconfinés et que dans la foulée, les pignoufs qui président à nos destinées ripolinent leur application foireuse en changeant son nom.

Feu StopCovid fait place maintenant à TousAntiCovid. Nous pourrions utilement économiser l’argent public qui va bientôt nous faire défaut, en la supprimant, car à ce rythme-là, nous serons de toute façon bientôt TousCovid.

Ce plantage en règle n’est que le dernier d’une longue série de catastrophes numériques d’État. À chaque fiasco retentissant, sa recette miracle consistant à donner un nouveau nom au machin branlant, en priant le Dieu des Bits que cela suffise à masquer l’incompétence crasse de nos décideurs.

Il en fut ainsi du célèbre APB (Admissions Post Bac) qui générait les billets d’entrée dans le supérieur pour nos chers bacheliers, en en laissant chaque année plusieurs milliers sur le carreau et quelques dizaines d’autres milliers frustrés par une affectation sans rapport avec leurs choix initiaux.

Exit APB et vive Parcoursup ! Mêmes génies à la manœuvre, mêmes résultats, avec cette fois en prime une dose d’opacité supplémentaire, les Universités étant un peu plus libres de sélectionner leurs impétrants (mais chut, c’est un secret bien gardé).

Ceci est du reste typique de la conception que la haute administration se fait du numérique. Un truc auquel elle ne comprend absolument rien, mais qu’elle voit comme le moyen d’introduire des changements, sans que l’opinion n’ait son mot à dire au travers, par exemple, de ses représentants au Parlement. En l’occurrence, dans ce cas précis, la sélection à l’entrée de l’Université, tabou de gauche s’il en est un.

Dans ces conditions, comment s’étonner du peu de succès de l’application StopCovid ou de son remplaçant ? Les Français sont tout sauf idiots et ils pressentent, parce qu’ils ne croient pas plus en BFM qu’aux Prophètes, caricaturés ou pas, que ladite application va faire bien plus que juste ce qu’elle est supposée faire.

Remettons-nous dans le contexte du lancement du bouzin. Les Français sont libérés. Pendant deux mois, ils ont dû remplir de la paperasse pour aller chercher leur pain ou promener Mirza. Ils se disent donc, à juste titre, que s’ils utilisent le gadget et qu’il plante (comme c’est gouvernemental, c’est assez probable que ça foire) ils vont se retrouver fliqués, tracés, voire reconfinés fissa fissa, sans autre forme de procès.

Conclusion, ils boudent le jouet qui perd ainsi toute utilité. Indépendamment des bugs de conception qui sont à l’informatique gouvernementale française ce que le racket est à la mafia : un code source, le problème principal demeure celui de la confiance.

Comment croire ceux qui nous expliquaient que les masques ne servaient à rien, pas plus que les tests, avant de nous enfermer pour deux mois ? Pourquoi avoir confiance, maintenant qu’ils nous disent le contraire, tout en nous réenfermant pour… à peu près autant, histoire de laisser passer le réveillon ?

Il n’y a pas de malédiction spécifiquement française pour expliquer ces échecs administratifs numériques retentissants. Certes comme nous sommes très peu regardants quand l’argent est public, les donneurs d’ordres ne sont pas très attentifs à ce que leur délivrent leurs fournisseurs.

Certes, les briefs de départ sont compliqués par tout un tas de réglementations et d’exceptions que personne n’a jugé utile de lister avant de lancer la production et qui viennent singulièrement compliquer le rendu, une fois le codage du programme commencé.

Mais le problème principal est celui de la confiance des utilisateurs. Dans un pays où l’État commence par taxer avant de poser des questions, où l’on préfère planter des PV plutôt que d’expliquer, le résultat est garanti.

À force d’être traités comme des enfants par l’État Nounou-Fouettard, les Français ont développé un juste sentiment de méfiance et des stratégies d’évitements, comme tout adolescent qui se respecte, face à un parent qui ne comprend pas qu’il n’a plus 6 ans. Six ans, c’est précisément l’âge à partir duquel il est maintenant devenu obligatoire de porter le truc qui ne servait à rien en mars dernier… Kafkaïen !

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