« L’économie ou la vie » ? Le faux dilemme

Choices by Kyle Pearce(CC BY-SA 2.0) — Kyle Pearce, CC-BY

« L’économie ou la vie » est un slogan détaché de toute réalité : qui dit augmentation de la richesse, dit augmentation de sa diversification pour satisfaire des besoins nouveaux.

Par Marius-Joseph Marchetti.

En ces temps de Covid, voici donc que réapparaît cet énième reproche adressé aux libéraux : ils préfèrent l’argent à la vie. Rien que ça. Quiconque ne pense qu’à l’avenir de son petit confort est un égoiste. Rien que ça.

Tâtez donc de cet altruisme qui vous invite à mourir pour la cause, si vous avez l’horreur d’imaginer qu’il vous reste une parcelle de responsabilité à exercer.

Les laissés-pour-compte : les pays du tiers-monde

« Lorsque les riches maigrissent, les pauvres meurent de faim. » Proverbe chinois

« L’économie ou la vie » : un slogan bien éloigné, par exemple, de la réalité des populations des pays en développement et sous-développés.

Rappelons que selon un article du journal Le Monde datant de juillet 2020, la grande pauvreté, qui concernait 42,5 % de la population mondiale en 1981 et 9,1 % de la population mondiale en 2017, risque d’atteindre 50 millions de personnes en Afrique.

Selon la Banque Mondiale, ces chiffres seraient plutôt de l’ordre de 68 à 135 millions de personnes à l’horizon 2030, et elle voit compromis ses objectifs de diminution de l’extrême pauvreté sous la barre des 3 %.

Une incompréhension de l’économie, comme science de l’action humaine

« L’économie ou la vie » est un slogan détaché de toute réalité : qui dit augmentation de la richesse, dit augmentation de sa diversification pour satisfaire des besoins nouveaux, ou l’utilisation de celle-ci pour allonger les processus de production et gagner en temps et en argent (détour de production, ou roundaboutness), et dans le cas de ces pays, en années de vie1.

Ces pays n’ont pas ce dilemme moral semblant étrange aux étatistes de tout bord. Pour eux, l’économie, c’est la vie, la promesse d’un avenir qui commençait à être moins sombre, mais qui promet de l’être de nouveau avec l’arrêt décidé des pays développés.

L’économie n’est pas qu’une question d’argent. C’est une science de l’action, une science du choix dans un monde caractérisé par la rareté des ressources, l’incertitude et une connaissance imparfaite.

L’économie, c’est aussi ce qui explique la coopération sociale et pas seulement les détestables échanges marchands. C’est ce qui explique les organisations, les institutions, la monnaie émergeant d’un processus régressif entre un nombre incalculable d’individus déterminant une commodité à même de faciliter les échanges.

L’économie n’est pas une science mercantile mais au contraire une science profondément humaine et neutre en valeur, car ne s’intéressant qu’aux moyens les plus adéquats à la disposition des hommes et des femmes pour atteindre leurs fins.

Laissez-moi, si vous le voulez bien, réitérer des propos que j’avais alors publiés dans un statut Facebook, il y a de cela quelques mois :

« Quand les gens parlent d’économie, ils s’imaginent de grosses structures, de grands entrepôts avec beaucoup de machines-outils et de caisses en bois. Ils se font une image de l’économie analogue au gigantisme, un monstre antique qui s’élève au-dessus de tout un chacun.

Et bien naturellement, ayant en vision cette image tronquée, certains déclarent : « qu’elle crève, l’économie », « vous dépenserez moins », « vous ferez plus vos voyages de merde », j’en passe et des meilleures.

Et d’autres s’inquiètent (on leur donnera difficilement tort), car ils sentent que cela les impactera, et peut-être plus que certains l’imaginent.

Mais retournons sur ce premier groupe. Si les individus ne se sentent pas concernés, c’est parce qu’ils s’imaginent que l’économie est quelque chose d’extérieur à eux. Le terme employé est mauvais car il renvoie simplement à la gestion de ce que serait un ménage.

J’en introduirai donc un autre, la catallaxie, qui est simplement la sphère des échanges. C’est la somme de tous les liens que les individus tissent entre eux du fait de leurs interactions directes et indirectes, d’une part du fait des transactions qu’ils opèrent avec d’autres, et d’autre part du fait qu’ils expriment une demande pour des biens qu’ils désirent.

Certains désirent des fromages produits par un producteur local et d’autres désirent du fromage industriel. Chacun a des goûts différents et les exprime, et d’autres cherchent à répondre à ces demandes. Tous ne sont jamais que des individus.

Exprimé ainsi, on comprend que la catallaxie n’est pas une créature divine qui supplante tout, mais que c’est vous, c’est moi. Même le moine bouddhiste reclus dans une grotte par pur ascétisme exerce une influence sur les phénomènes émergents des prix, des quantités produites, les phénomènes de marché.

De ce fait découle ce que l’on nomme la connectivité du marché. Chaque influence, chaque décision d’un producteur ou d’un consommateur (d’un individu comme vous et moi), prend part dans la catallaxie, est relié aux autres. C’est un phénomène complexe, où chacun prend part, qu’il le veuille ou non.

Quand les gens font un choix, ils le font toujours afin d’améliorer leur situation. Ils agissent pour écarter la gêne résultant de leur situation. Et une fois la gêne immédiate repoussée, ils s’attellent au besoin suivant, à repousser une gêne de moindre envergure.

C’est ce qui explique que la valeur est subjective et ordinale, car elle ne peut se mesurer, mais peut cependant placer les besoins du plus immédiat au moins immédiat. Chacun cherche à répondre à ses fins en utilisant les moyens, économiques ou politiques, à sa disposition.

La Covid, un autre exemple de faillite de l’État ?

La Covid-19 ne change rien à cet état de fait. De la même manière que les faillites de l’État se manifestent dans bien des domaines, il semble de plus en plus clair que nous assistons à une énième de ces faillites, potentiellement plus durable que nos fonds de réserve tandis que ceux des pays où certains habitants se demandent encore ce qu’ils vont manger le lendemain. Mais jusqu’à quand ?

« L’un des privilèges de quelqu’un qui est riche, c’est qu’il peut s’offrir le luxe de se comporter sottement beaucoup plus longtemps qu’un pauvre. » – Ludwig von Mises, Politique économique.

  1. « Le paradoxe apparent de la pauvreté autochtone au milieu de ressources naturelles apparemment abondantes disparaît lorsque l’on se souvient de la nécessaire complémentarité entre les ressources naturelles et le capital. Sans la coopération du capital sous forme de transport, d’équipement et, ce qui est peut-être le plus important, sans la connaissance de ce qu’il faut en faire, ces ressources naturelles seraient pour la plupart dépourvues de caractère économique.
    Menger a déjà souligné, et le professeur Hayek nous l’a récemment rappelé, que l’une des principales fonctions de l’accumulation du capital est de créer des possibilités d’utilisation économique de ressources naturelles pour lesquelles il n’y en avait pas jusqu’à présent, et donc de convertir des objets sans valeur économique en ressources économiques. »
    Lachmann, Ludwig. Expectations and the Meaning of Institutions (Routledge Foundations of the Market Economy) (pp. 141) Taylor and Francis. Édition du Kindle.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.