L’intolérance islamiste prend en otage la liberté d’expression

Au cœur du drame de Conflans-Sainte-Honorine, il y a la tragédie d’un enseignant assassiné pour avoir enseigné à ses élèves le sens de la liberté d’expression. Et de quoi rêvent nos gouvernants ? De la mettre encore plus sous tutelle.

Par Frédéric Mas.

Dans un entretien paru ce lundi dans Le Parisien, Éric Dupond-Moretti a assuré que la lutte contre le terrorisme islamiste allait se faire « dans le respect de l’État de droit ». Le garde des Sceaux, réagissant au meurtre de Samuel Paty, y rappelait que la primauté du droit était gage de justice :

« Toutes les réponses que nous pourrons apporter à cet acte odieux se feront dans ce cadre impérieux. S’en affranchir, sous le coup de l’émotion, signifierait que les terroristes ont gagné. »

Toutefois, parmi les pistes que le gouvernement se propose d’explorer, Éric Dupond-Moretti a évoqué le retour de la loi Avia au niveau européen, ainsi que la possibilité de lever l’anonymat en ligne, même s’il prend soin de préciser que la question est infiniment complexe :

« Le chemin de crête à trouver avec la garantie de la liberté d’expression est ténu. Il ne s’agit pas d’aller vers quelque chose qui ressemblerait à une censure, alors même que les terroristes cherchent précisément à attaquer notre liberté d’expression. »

Nouvelles menaces politiciennes sur la liberté d’expression

Éric Dupond-Moretti avait-il en tête les déclarations des politiciens et des journalistes qui, à peine le meurtre perpétré, réclamaient déjà davantage de contrôle des réseaux sociaux, de restrictions à la liberté d’expression et un encadrement des transactions financières de type bitcoin ?

Quelques jours avant les déclarations du ministre, c’est Laetitia Avia qui prenait la parole pour expliquer que l’assassinat tragique de Samuel Paty prouvait la nécessité de réguler les réseaux sociaux. Le retour programmé de la censure est dans les cartons, mais cette fois-ci avec la bénédiction européenne.

Bruno Le Maire, de son côté, estimait que des propositions devaient être faites pour « renforcer les flux financiers », et que les cryptomonnaies et la technologie blockchain posaient « un vrai problème de financement du numérique ».

Au cœur du drame de Conflans-Sainte-Honorine, il y a la tragédie d’un enseignant sauvagement assassiné pour avoir fait son travail, c’est-à-dire transmis à ses élèves le sens de la liberté d’expression. Et de quoi rêvent nos gouvernants ? De la mettre encore un peu plus sous tutelle.

Impossible de ne pas penser ici à l’excellente analyse de Nassim Nicholas Taleb dans son livre Jouer sa peau :

« Il suffit qu’une minorité intransigeante – qui met sa peau en jeu (ou, mieux encore, son âme) – atteigne un niveau relativement faible […] pour que la totalité se soumette à ses préférences. »

Comme par mimétisme, face à l’intolérance islamiste qui prend en otage l’Islam et menace la liberté d’expression, certains ont le réflexe de confisquer à l’intégralité de la population le droit de s’exprimer et de jouir de leur propriété.

Le combat contre le cancer islamiste est légitime, mais il ne doit pas être un prétexte pour faire disparaître à bas bruit ce pourquoi nous combattons, nos libertés chèrement conquises.

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