7 conseils de lecture en économie autrichienne

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Marius-Joseph Marchetti nous livre ses conseils de lecture avisés : sept ouvrages sur le thème de l’économie autrichienne.

Par Marius-Joseph Marchetti.

 

1) Big Players and The Economic Theory of Expectations, de Roger Koppl (2002)

J’ai terminé récemment la lecture de cet ouvrage, que je conseille ardemment à tout un chacun.

Méthodologiquement, Koppl part de deux fondements qu’il qualifie de misésiens, inspirés de Friedrich Hayek et Alfred Schultz. Il construit par la suite une théorie des anticipations cognitives (subjectives) et a-cognitives (objectives), plus ou moins fiables selon la nature des institutions.

Basant sa théorie sur des jeux de langage (Ludwig Wittgenstein) exploités par les entrepreneurs, Koppl nous donne des clés supplémentaires pour interpréter les modèles mentaux (Denzau et North) de manière plus juste et poussée.

Les grands joueurs (big players) sont également présentés et développés comme étant des acteurs monopolisant, n’étant pas affectés par les mécanismes de pertes et de profits, et pouvant agir arbitrairement en toute discrétion.

Un régime keynésien, où les big players ont un rôle important, a tendance à créer des anticipations keynésiennes, c’est-à-dire un environnement instable où les anticipations sont toutes psychologiques. Au contraire, des anticipations formées dans un cadre stable auront plutôt tendance à être néoclassiques, c’est-à-dire rationnelles et maximisatrices.

2) Cost and Choice : An Inquiry in Economic Theory, de James M. Buchanan (1969)

Je pense, sans exagération, que c’est le livre où Buchanan est le plus visiblement subjectiviste. Il aborde un grand nombre de thématiques liées à la théorie du coût, celle de Smith, Ricardo, Malthus, Marx. Il enchaîne sur la révolution marginaliste (avec les errements de Marshall par la suite) et la théorie des coûts formulés, de manière totalement subjectiviste, par Wicksteed, Mises, Hayek, Robbins (the London-Austrian, comme il les nomme). Il montre que les erreurs des vieux classiques se remanifestent dans les errements de son époque, à savoir l’économie pigouvienne du bien-être et l’économie socialiste.

Si vous ne deviez lire qu’un seul ouvrage de James Buchanan, je vous conseillerais ce celui-ci.

3) The Capitalist and The Entrepreneur, de Peter G. Klein (2010)

Je me retrouve beaucoup dans ses écrits, et notamment dans son intérêt pour les économistes autrichiens (Rothbard, Mises, Hayek, Kirzner) et les néo-institutionnalistes (Coase, Williamson, Simon, Demsetz…).

Le livre est une succession des différents articles que Klein a écrit sur deux décennies et dont un bon nombre en économie organisationnelle. Il existe une véritable théorie des organisations et des marchés chez Klein, combinant à la fois les apports des Autrichiens (chez qui on retrouve une forme précurseur de théorie organisationnelle, notamment Murray Rothbard) et l’approche des coûts de transaction (TCE).

Klein rappelle un certain nombre de convergences et de compatibilités entre l’École autrichienne et les théories organisationnelles de Williamson et Coase : il soulève notamment la question de l’impossibilité de grands cartels soulevée par Rothbard (qui étend l’argument de l’impossibilité du socialisme de Mises), ou encore le capital comme un ensemble de plans (Kirzner) caractérisé par sa multi-spécificité (Lachmann), qui fait écho aux théories de l’asset specificity de Williamson.

Klein nous fournit une théorie de l’entrepreneur différente de celle de Kirzner, et qui découle également des travaux de Ludwig von Mises : la théorie de l’acte entrepreneurial comme jugement. L’entrepreneur n’est pas juste un individu alerte aux opportunités de profit ; il doit fournir des jugements sur ce que sera l’avenir.

4) Prices and Knowledge, d’Esteban Thomsen (1992)

Le livre de Thomsen est important à plus d’un titre. Il revient sur la théorie du processus de marché développé par Hayek, notamment dans Competition as a Discovery Procedure et The Meaning of Competition, et mentionne les travaux de Kirzner sur la théorie de l’entrepreneur-alerte et la notion de coordination.

Thomsen revient ensuite sur les différentes observations faites par les critiques de Friedrich Hayek, et notamment celles de Grossman et Stiglitz, Herbert Simon, et  Richard R. Nelson. Thomsen en profite ainsi pour soulever les trois rôles informationnels que les prix fournissent :

  • ils permettent aux individus de prendre des décisions comme s’ils possédaient plus d’informations qu’ils n’en possèdent réellement (Hayek).
  • ils sont des dispositifs dont les individus se servent pour en déduire des connaissances (Grossman et Stiglitz).
  • ils fournissent, en situation de déséquilibre, des opportunités de profit motivant l’activité d’un processus entrepreneurial permettant de découvrir une connaissance insoupçonnée (théorie du processus de marché).

5) Dynamics of the Mixed Economy : Toward a Theory of Interventionnism, de Sanford Ikeda (1996)

Le livre de Sanford Ikeda traite de la notion d’interventionnisme. Je noterais ci-dessous les principaux points de celui-ci :

Ikeda revient sur la notion d’interventionnisme de Ludwig von Mises (utilisation des moyens politiques), en pointe les contradictions (la non-appréhension des subventions de la nationalisation) et lui préfère celle de Rothbard (interférence violente dans les transactions de marché), ainsi que la typologie de Rothbard (intervention autistique/binaire/triangulaire).

À cette notion d’interventionnisme, il ajoute les notions d’ignorance radicale, d’information dispersée (Hayek), de rationalité limitée (Simons) et d’alerte (Kirzner). Il met en parallèle l’école du choix public (avec des hypothèses de connaissance parfaite et d’intérêt personnel politique) et ce qu’il nomme l’économie politique autrichienne, avec sa caractérisation de connaissance imparfaite et de bienveillance.

Il aborde également le paradoxe de Mises, à savoir pourquoi un État minimal ne pourrait pas tomber dans un processus interventionniste. L’ignorance radicale dans laquelle se trouvent les décideurs publics lorsqu’ils fixent les impôts peut avoir des conséquences inattendues, et actionner le processus interventionniste (caractérisé comme un ordre spontané par Ikeda). Cela n’est pas mentionné, mais l’incidence fiscale soulevée par plusieurs auteurs comme Pascal Salin et Philippe Lacoude, est une des nombreuses choses que l’ignorance radicale des décideurs publics ne peut entrevoir.

L’anarcho-capitalisme est peu abordé, mais l’auteur n’est pas fermé sur la possibilité qu’il soit la meilleure manière d’empêcher le déclenchement du processus interventionniste. Également, une défense idéologique, jusnaturaliste, de l’État minimal, est la plus à même que contenir le processus interventionniste, comparé à une défense conséquentialiste.

6) Microfoundations and Macroeconomics, by Steven Horwitz (2000)

Le livre de Steven Horwitz traite de la micro-économie de l’économie autrichienne : le rôle informationnel des prix, la coordination des plans des agents, le subjectivisme des moyens et des fins, le calcul économique monétaire. Grâce à la théorie du capital de Bohm-Bawerk, revisitée par les idées de Israel Kirzner dans Essays on Capital, celle-ci est reliée au point de vue macro-économique : la théorie du capital est ce qu’il manque précisément à l’économie keynésienne pour faire la jonction entre la micro-économie et la macro-économie.

Steven Horwitz aborde un certain nombre de thèmes oubliés ou peu traités par les Autrichiens :

  • la rigidité des salaires (wage-stickiness) qui est la base des théories des post-keynésiens comme Joseph Stiglitz, est replacée dans un approche de marché, notamment par les travaux de William H. Hutt sur les syndicats.
  • la théorie du déséquilibre monétaire, par le companion Leland Yeager, selon laquelle l’offre de monnaie nominale doit s’ajuster à la demande de monnaie.

7) Discovery, Capitalism, and Distributive Justice, de Israel Kirzner (1989)

Ce livre de Kirzner relie le rôle de la fonction entrepreneuriale à l’éthique du profit. L’auteur aborde tout d’abord un certain nombre de théories du profit, comme celle de Clark (le profit comme rémunération de l’organisation des facteurs de production) ou Knight (le profit comme découlant de l’endossement de l’incertitude par l’entrepreneur), avant de présenter celle de Ludwig von Mises.

Après l’exposition des différentes théories du profit, Kirzner relie sa théorie du profit à celles de John Locke, Robert Nozick, sur le droit du premier occupant (Finders-Keepers Rule), en corrigeant certaines erreurs de la philosophie de John Locke, comme le proviso lockéen. En découvrant des poches de profits inexploitées par des actes entrepreneuriaux, l’individu agissant (homo agens) crée ex-nihilo une source de valeur, puisque inconnue de tous.

 

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