Marion Maréchal à l’assaut du monopole nationaliste de Marine Le Pen

Marion Maréchal-Le Pen (Crédits : Rémi Noyon, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Il n’est pas certain que le travailleur précaire du bassin minier lensois ou le riverain excédé par les rodéos urbains accepte de troquer le produit sécuritaire Marine contre celui identitaire Marion.

Par Frédéric Mas.

C’est la rentrée politique à l’extrême droite, et les esprits commencent déjà à s’échauffer en pensant à la présidentielle. Vendredi dernier, Marion Maréchal a fait quelques apparitions médiatiques pour présenter son nouveau projet de « cercle de pensée », égratignant au passage sa tante Marine Le Pen, actuelle présidente du Rassemblement national.

Pour Marion Maréchal, elle-même ancienne adhérente et députée de la formation nationaliste, certains proches de Marine Le Pen seraient partis en « croisade » contre elle.

Dimanche, Marine Le Pen lui a répondu : « Il n’y a ni croisade, ni chapelle au Rassemblement national. » Et l’a invitée à revenir faire de la politique au sein du Rassemblement national qui, malgré sa discrétion dans le débat public, continue à séduire les électeurs.

Le nationalisme a le vent en poupe

Avec la récession économique consécutive à la crise sanitaire, les passes d’armes entre Trump, Poutine et Xi Jinping, et l’effondrement du régalien, les pires scénarios nationaliste, sécuritaire et protectionniste ont le vent en poupe sur le marché politique, très largement au-delà des frontières de l’extrême droite traditionnelle. Emmanuel Macron lui-même s’est transformé sous la pression de l’air du temps en apôtre de la relocalisation, de la souveraineté économique et de la lutte contre le « séparatisme ».

Marion Maréchal peut-elle pour autant contester le monopole que Marine Le Pen conserve sur les idées nationales-populistes ?

Marine Le Pen a hérité d’une marque politique puissante qui lui assure un quasi-monopole sur les votes populistes. À gauche, La France insoumise s’est effondrée, et à droite, les tentatives de LR de braconner sur les terres du RN pour survivre ne marchent pas.

Depuis la dernière élection présidentielle, le RN semble cependant avoir atteint un certain plafond de verre ou du moins un taux de progression trop lent qui l’empêche d’accéder à la magistrature suprême. Il ne reste plus à sa présidente et à ses cadres qu’une solution, profiter de la « marque Le Pen » pour s’assurer une rente électorale régulière à certaines élections nationales et européennes tout en acceptant son rôle d’éternel faire-valoir de la formation social-démocrate dominante.

Un peu de concurrence idéologique ?

Dans ce contexte, la rentrée médiatique de Marion Maréchal peut apparaître comme une tentative pour introduire un peu de concurrence face au monopole RN. Se plaçant sur le terrain du débat d’idées plus que sur le terrain immédiatement électoral, Marion Maréchal se veut une offre plus « droitière », centrée sur la question de l’identité plus que sur celle de la souveraineté, et plus ouverte aux alliances avec la droite, en particulier à l’échelon local, que ne l’est sa tante. Force de proposition, elle a d’ailleurs appelé ce matin même Marine Le Pen à s’ouvrir aux alliances pour la présidentielle de 2022.

Le « conservatisme » revendiqué par Marion Maréchal, aux antipodes du « ni droite, ni gauche » de Marine Le Pen, semble cependant plus porteur médiatiquement qu’électoralement.

La synthèse qu’elle propose est tout aussi anti-libérale et anti-économique que celle du RN, et s’adresse en priorité à une minorité de consommateurs d’idées informés via les revues, think tanks et autres médias séduits par une offre droitière plus classique que le populisme RN.

Il n’est pas certain que le travailleur précaire du bassin minier lensois ou le riverain excédé par les rodéos urbains accepte de troquer le produit sécuritaire Marine contre celui identitaire Marion. Séduire le peuple en s’adressant à la fraction réactionnaire de ses élites, c’est peut-être ce qui freine l’ascension de Marion Maréchal, et promet encore de beaux jours à Marine Le Pen.

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