Procès de Julian Assange : Trump veut-il criminaliser le journalisme ?

Julian Assange et Chelsea Manning paient aujourd’hui le prix fort pour que le droit à l’information reste protégé. Jusqu’à quand ?

Par Frédéric Mas.

Lundi 7 septembre, le procès visant à extrader Julian Assange vers les États-Unis a repris à Londres. Le lanceur d’alerte australien encourt une peine de 175 ans de réclusion pour avoir rendu publics des documents secrets appartenant à l’administration américaine en collaboration avec plusieurs grands médias internationaux.

Dans une tribune récente, l’avocat de Julian Assange revient sur l’acte d’accusation des États-Unis :

« Il ne concerne en réalité qu’une seule publication de Wikileaks, celle des câbles diplomatiques, qui remonte donc à près de dix ans. En substance, Julian Assange est accusé d’avoir prétendument fourni une assistance technique à Chelsea Manning, mettant potentiellement en danger la vie de plusieurs ‘sources’ américaines. Sauf que le gouvernement n’a jamais caractérisé ni les éléments de cette prétendue assistance, qui n’a jamais été confirmée par Chelsea Manning en dépit des atroces traitements dont elle a été l’objet, ni même la réalité du risque que la publication aurait fait courir. »

L’inculpation est récente, puisqu’elle date du 24 mai 2019 et se fait sous l’autorité du Espionage act de 1917. Cette loi, à l’origine écrite, comme son nom l’indique, pour lutter contre l’espionnage, a servi ces dernières décennies à persécuter les sources des journalistes et les lanceurs d’alerte, mais jamais les journalistes eux-mêmes.

Criminaliser le journalisme

Pour Trevor Timm, directeur exécutif de la Freedom of the Press Foundation, une ONG dédiée à la protection de la liberté de la presse, la condamnation d’Assange risque donc de créer un précédent :

« [Le président Donald] Trump s’apprête à criminaliser explicitement le journalisme spécialisé dans le domaine de la sécurité nationale, et si cette poursuite est autorisée, des dizaines de reporters du New York Times, du Washington Post et d’ailleurs seraient également en danger ».

Le climat de guerre froide qui règne entre la Maison-Blanche et les médias pourrait-il faire de Julian Assange une victime collatérale ?

Les débats au sein d’Old Bailey, la haute cour criminelle de Grande-Bretagne située à Londres, ont fini par soulever la question centrale de la protection des sources journalistiques.

Condamner Julian Assange ne revient-il pas à condamner le journalisme d’investigation au plus grand profit du pouvoir politique ? Pour Mark Feldstein, qui témoignait en tant qu’expert sur le journalisme au procès, la réponse est claire :

« Si vous criminalisez la collecte d’informations, vous criminalisez le journalisme. C’est un devoir moral pour les journalistes de protéger leurs sources. Beaucoup sont allés en prison pour protéger ce principe ».

Julian Assange et Chelsea Manning paient aujourd’hui le prix fort pour que ce droit à l’information reste protégé. Jusqu’à quand ?

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