La Chine après le virus et l’économie mondiale

Presiden China Hadiri APEC 2013 By: APEC 2013 - CC BY 2.0

Le virus semble maintenant vaincu en Chine : la deuxième vague a été stoppée net. On peut maintenant analyser la situation interne et son impact sur l’économie mondiale.

Par Yves Montenay.

La Chine a pris une place croissante dans l’économie mondiale de mille façons. Elle est notamment un des plus gros importateurs de matières premières. Elle est aussi un grand exportateur, notamment de produits bon marché, ce qui a fait disparaître l’inflation dans le monde depuis plusieurs années.

Ce n’est pas un miracle ni un scandale. C’est tout simplement naturel pour un pays sérieux faisant 20 % de population mondiale

Et puis, le Covid est arrivé, la Chine s’est confinée et son économie s’est brusquement beaucoup ralentie. Pékin a alors exporté non seulement le virus mais aussi une récession mondiale.

Le virus semble maintenant vaincu en Chine : la deuxième vague a été stoppée net. On peut maintenant analyser la situation interne et son impact sur l’économie mondiale.

N’oublions pas que si le virus monopolise les commentaires, d’autres évolutions étaient en cours et vont continuer. Je pense notamment à la reprise en main des entreprises chinoises et étrangères par des cellules du parti, et plus généralement au tour de vis politique extrêmement brutal.

L’économie chinoise après le confinement

Les chiffres globaux semblent montrer que la Chine semble redémarrer normalement après un choc qui lui coûtera en gros sa croissance annuelle, c’est-à-dire qu’au lieu de croître d’environ 6%, elle ne devrait croître (ou décroître) que peu en 2020 par rapport à 2019. Ne cherchons pas à être précis dans ce pays où les statistiques globales sont imparfaites ou insincères.

Mais si on regarde plus en détail, on s’aperçoit que la consommation n’a pas complètement repris et que les exportations sont ralenties par la récession due au confinement dans le reste du monde. Le gouvernement a réagi comme les fois précédentes en décidant de lancer de nouvelles infrastructures.

À court terme ces dépenses d’investissement remplacent la consommation manquante, mais reste à savoir si les investissements une fois terminés seront vraiment utiles, sachant que le pays est déjà couvert d’autoroutes, de TGV, d’aérodromes, de gratte-ciel…

Pourquoi la consommation reste-t-elle faible ?

  • D’une part pour des raisons habituelles aggravées par la crise sanitaire : les particuliers épargnent massivement pour faire face aux dépenses de santé et de retraite faute de système général de sécurité sociale (ce qui a contribué au bas coût du travail). Et puis les gouvernants ont pris l’habitude d’utiliser ce qu’ils peuvent piloter : l’investissement. L’économie est donc construite autour de lui et non autour de la consommation comme en Occident. C’est l’occasion de rappeler que la consommation du Chinois moyen est encore très faible par rapport à celle d’un Occidental.
  • D’autre part pour des raisons liées à la pandémie : les travailleurs « migrants intérieurs » ont souvent perdu leur travail et ont été renvoyés chez leurs parents campagnards où leur productivité et leurs revenus sont faibles. De plus une part des nouveaux diplômés ne trouve pas de travail, notamment dans les branches exportatrices.

Les conséquences à court terme pour le reste du monde

Les chaînes d’approvisionnement

La Chine s’est confinée alors que la pandémie n’avait pas gagné le reste du monde. C’est donc la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement qui est apparue en premier pour les entreprises étrangères à la Chine. Beaucoup ont été privées de certains composants, de produits semi-finis, d’usines de montage, tandis que les États s’apercevaient qu’ils dépendaient de la Chine pour les approvisionnements notamment en terres rares ou en composants essentiels pour les médicaments.

Mais on ne peut dans l’immédiat qu’analyser la situation, une éventuelle réaction étant renvoyée au moyen terme

Les déplacements, dont le tourisme

Les Chinois cessèrent de voyager, et n’acceptèrent plus les étrangers. L’énorme manne touristique correspondante s’arrêta, frappant par exemple les palaces parisiens et suspendant de multiples transactions notamment immobilières dans le monde entier.

Dans un deuxième temps les cadres étrangers des entreprises chinoises, par exemple ceux des multinationales implantées dans le pays, ainsi que les cadres chinois se trouvant à l’étranger ne pouvaient plus rejoindre leur poste, aggravant la paralysie. Il semble que de nombreuses exceptions aient été négociées discrètement.

Là aussi, la pandémie n’a fait qu’accélérer une tendance existante : les étrangers ainsi que les Chinois éduqués en Occident ont du mal à supporter l’ambiance politique, la pollution, la brutalité des déclarations publiques, l’espionnage obligatoire, comme signalé incidemment dans de nombreux témoignages et notamment dans The Economist du 29 février 2020.

Les conséquences à terme pour la Chine

Un départ des multinationales ?

Les multinationales vont-elles oublier cet accident de parcours ou vont-elles quitter la Chine pour sécuriser leur chaîne d’approvisionnement ? À mon avis elles vont se désengager petit à petit. D’abord parce que les salaires chinois ont beaucoup augmenté, mais aussi à cause de la mainmise du parti communiste sur la gestion des entreprises, le danger de voir les cadres étrangers pris en otage et le pillage technologique.

Depuis la mise au pas de Hong Kong cette année, Pékin menace les entreprises dont la communication lui déplaît de leur interdire toute activité en Chine. Frédéric Schaeffer, correspondant du journal Les Échos dans ce pays a particulièrement creusé cette question mais son étude est maintenant introuvable.

Samsung a abandonné la Chine pour le Vietnam. Bien d’autres entreprises font de même, dont Nintendo, et Google pour ses smartphones Pixels. Foxcom, fabricant taïwanais de l’iPhone ira en Inde. À cette occasion ces entreprises échappent aux droits de douane imposés par Trump aux produits chinois.

Celles qui resteront seront les filiales des groupes pour lesquels le marché intérieur chinois est important… mais ce n’est plus une question de chaîne d’approvisionnement.

The Economist du 5 septembre rappelle que si jusqu’à présent les États-Unis encourageaient les entreprises chinoises à être cotées aux États-Unis, alors que Pékin était réticent à les voir aux mains de l’étranger, les rôles sont brusquement inversés : les États-Unis ferment leurs portes, voire tentent de refouler les entreprises chinoises, tandis que Pékin supprime les quotas limitant les investissements financiers étrangers dans la bourse chinoise, et avec succès pour l’instant. Bref, il s’agit de refaire avec les entreprises financières étrangères ce qui a été fait jusqu’à la pandémie avec des entreprises industrielles : bénéficier d’un apport puis apprendre ou copier…

Tout cela est une première raison du ralentissement de l’osmose entre la Chine et le reste du monde, osmose qui explique en grande partie son développement récent.

La perte de confiance envers la Chine

Cette perte de confiance était déjà présente parmi les facteurs ci-dessus, mais elle gagne d’autres domaines. Par exemple la ruée des étudiants chinois vers les États-Unis s’est arrêtée, car ils sont suspectés d’être des espions technologiques. C’est certainement injuste pour beaucoup, mais il suffit qu’une minorité le fasse pour que la suspicion se répande, d’autant que le devoir de tout citoyen chinois est d’informer son gouvernement.

Cela s’ajoute au constat que beaucoup de produits chinois ne sont pas fiables au point de vue sanitaire, notamment pour l’alimentaire ou plus récemment pour les masques de protection. Déjà les riches Chinois font venir leur nourriture de Hong Kong ou du Japon. C’est peut-être un stade transitoire du développement, comme on l’a constaté pour le Japon de naguère, mais pour l’instant c’est un handicap.

Enfin la perte de confiance vient également la crise d’orgueil des « loups combattants » chinois, ces cadres qui donnent à l’étranger de virulentes leçons de morale visant la politique étrangère ou les compétences de leur pays. À mon avis, la Chine fait une crise d’orgueil.

Cet orgueil vient d’être nourri par des découvertes archéologiques récentes, permettant aux officiels de proclamer que la Chine aurait eu une culture propre et donc une unité depuis 5 à 6000 ans (The Economist du 1er août 2000, apparemment légèrement sceptique). Faut-il comprendre : donc supérieure à la culture occidentale ?​

À long terme, les deux parties du monde vont diverger

Commençons par quelques exemples

Le Monde du 7 septembre constate l’échec de la tournée en Europe des officiels chinois : à toutes les offres chinoises de coopération, ou de menaces dans le cas de la Tchéquie qui faisait une visite officielle à Formose, ont été opposées des demandes de démocratisation et de respect des droits de l’Homme, tant à Hong Kong qu’au Tibet et au Xinjiang.

Il existe une relative exception française avec une réception très aimable mais ça n’empêche pas notre pays d’aider matériellement Taïwan avec la modernisation des frégates que nous lui avons vendues et d’avoir autorisé l’ouverture d’un deuxième bureau de représentation de ce pays à Aix-en-Provence.

La presse chinoise a néanmoins titré : « Rapprochement avec l’Europe ». Est-ce délibéré ou des officiers chinois n’osent-il pas dire la vérité au président ? Il est classique qu’un autocrate finisse par croire à sa propre propagande.

Parmi les autres exemples de séparation en deux de la planète, remarquons qu’un des immenses succès populaires chinois à l’étranger, l’application TikTok, va être rachetée par des Indiens en Inde et des Américains aux États-Unis. C’est une vente forcée, ces deux pays ayant interdit l’application pour empêcher l’envoi de données privées en Chine et les concurrents locaux se ruant pour combler le vide.

Remarquons également l’insistance sur la médecine traditionnelle chinoise « au service de Xi Jinping ». Elle serait maintenant enseignée concurremment avec la médecine occidentale. Rappelons que les scientifiques occidentaux ne voient aucun fondement à cette tradition. Une séparation de plus entre les deux mondes, dans un domaine qui devrait rester rationnel.

Enfin, The Economist du 29 août nous rappelle qu’en 2013, Boris Johnson encourageait l’apprentissage du mandarin y compris pour ses propres enfants. Depuis, le nombre d’apprenants a chuté, passant d’un modeste maximum de 3700 diplômés niveau A à un peu plus de 2000.

Encore une illustration de la dégradation de l’image de la Chine, ainsi que des perspectives d’y faire une carrière intéressante. On ne dit plus « c’est très difficile, mais ça vaut la peine », mais « en quelques mois on peut apprendre le langage informatique Python et gagner beaucoup plus ».

Parallèlement, on se rend compte des difficultés pour les Chinois d’apprendre les langues occidentales. Encore deux indices confirmant l’isolement croissant de la Chine.

Allons-nous en arriver à la guerre froide de mon enfance ?

À moins qu’il n’y ait un changement au sommet.

Les spécialistes notent par exemple les divergences entre le Premier ministre Li Keqiang et le président Xi. Tous les Chinois ont certes un amour propre très sensible après les humiliations du XIXe siècle, mais de là à provoquer le monde entier…

Les Chinois ayant participé au rattrapage national grâce à leurs études en Occident ou en coopérant avec des cadres occidentaux sur le terrain sont probablement gênés et inquiets pour la suite.

 

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