Parc naturel régional du Luberon : exemple à ne pas suivre pour le Ventoux ?

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OPINION : ne s’agirait-il pas pour les partis politiques d’accroître leur rayon d’action et le nombre de leurs obligés par des créations de postes de quasi fonctionnaires ?

Par Max Falque.

Depuis 2010 un projet de Parc Naturel Régional concernant 39 communes localisées autour du massif du Ventoux a opposé adversaires et partisans.

Après avoir refusé cette nouvelle structure, le Conseil Régional PACA a changé d’avis pour des raisons d’équilibre politique, et par décision du 12 décembre 2019 a opté pour sa création. Le Conseil de Défense Écologique du 27 juillet 2020 l’a présenté comme exemplaire.

Le PNR du Luberon : un exemple à ne pas suivre

Peut-être avez-vous lu l’excellent ouvrage de Jean-Pierre Le Goff  La fin du village (à savoir Cadenet) qui, en quelque sorte, complète et actualise Un village du Vaucluse (à savoir Roussillon au cœur du Luberon) de Laurence Wylie ?

Dans son ouvrage Wylie ouvrait des perspectives intéressantes sur le passage à la modernité de la France rurale (en l’occurrence provençale) dans les années 1950 alors que celui de Le Goff  est marqué par l’incertitude sinon par le pessimisme.

Un des chapitres les plus pertinents pour ceux qui s’interrogent sur l’utilité du projet en cours de Parc naturel régional du Ventoux est celui intitulé « Au nom du développement durable ».

Je conseille vivement à toutes les personnes responsables du projet de lire ce texte qui met en évidence les risques et objectifs cachés de cette institution qui ajouteraient une couche à notre millefeuilles administratif.

Un discours prétentieux au service de quelques-uns

La critique de Le Goff a porté d’abord sur le principe du développement durable « constamment mis en avant pour justifier des pratiques et des discours confus ». Ce concept creux est d’autant plus utilisé qu’il permet à un nouveau type de bureaucratie d’intervenir dans de nombreuses activités.

Les textes du Parc Naturel Régional du Luberon sont confus et souvent ridicules, rivalisant avec ceux du pédagogisme pédant. Ainsi le développement durable permet de prendre en compte « les différentes échelles de temps et d’espace ; la complexité du domaine dont les multiples composantes, agissant entre elles, appellent une approche systémique ; les différents axes d’analyse scientifique qui fondent le développement durable ; la complexité des questions et des réponses envisagées »… Ou encore « inciter les apprenants à engager une analyse et une réflexion systémiques, critiques et  récréatives […] Recourir à un vaste éventail de méthodes éducatives participatives adaptées à l’apprenant qui sont axées sur les processus et des solutions. »

Comment se fait-il que des élus, généralement de bon sens, ne sanctionnent pas ce sabir prétentieux, ridicule mais politiquement correct et digne de Orwell ?

J’ai une explication, due à ma connaissance de longue date des publications concernant l’environnement et l’urbanisme qui sont trop souvent du même tonneau.

Le processus est le suivant : comme c’est incompréhensible, les hommes politiques n’osent pas l’avouer, d’autant plus qu’ils pensent que cela est sans conséquences. Dès lors les auteurs de ces textes peuvent agir à leur guise, poursuivre leurs objectifs et obtenir des financements, et ensuite des postes pour eux-mêmes et leurs amis.

La solution serait d’avoir le courage de poser la question de savoir ce que cela veut dire ? Question subsidiaire : qui est à l’origine de cette novlangue ? Des bureaucrates, des militants, des idéologues, des faibles d’esprit ?

La fin du simple bon sens

Je pense que cette question du langage est au cœur de la destruction du simple bon sens. Imprécis et souvent stupide et typique de la France depuis une quarantaine d’années, 1968 ne faisant qu’accentuer le phénomène.

À ce titre, les sciences sociales et au premier rang la sociologie, l’urbanisme et bien entendu l’écologie politique sont largement responsables.

En fin de compte, comment arrêter la fin du village auquel a participé le PNR du Luberon qui illustre et préfigure éventuellement la fin de la France ? En tout cas il convient d’être vigilant et méfiant à propos du projet de Parc Naturel du Ventoux et bien évaluer les résultats concrets de celui du Luberon.

Ne s’agirait-il pas pour les partis politiques d’accroître leur rayon d’action et le nombre de leurs obligés par des créations de postes de quasi fonctionnaires ? Assurément, mais ce serait moindre mal.

Car Jean-Pierre le Goff découvre que :

Une nouvelle avant-garde militante et bureaucratique s’est mise en place qui entend façonner les générations nouvelles selon sa propre conception du bien… Le PNR du Luberon est en fait une des parties visibles d’un mouvement général qui depuis plus de 30 ans entraîne les sociétés démocratiques européennes dans un angélisme moralisateur dont les effets sont délétères.

Tocqueville avait bien mis en garde ses concitoyens :

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur mais veut en être l’unique et le seul agent…

Il me semble qu’il serait imprudent de troquer nos libertés locales résiduelles contre des discours confus et les incertaines subventions qui ne peuvent que se tarir.

Je partage la recommandation de Roger Scruton, philosophe britannique et auteur d’un remarquable essai :

Éviter que l’État s’occupe des tâches qui peuvent être mieux gérées par les citoyens : à savoir autorisant et libérant les initiatives privées et le volontariat, donner la préférence aux solutions locales et déréglementant partout où la réglementation est le problème.

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